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Régionalisation : Les «projets de territoire», une nécessité !

Une nouvelle vision de gouvernance est à développer pour rendre les territoires attractifs et impliquer les entreprises dans la vie économique et sociale sur le plan local et régional. Aujourd’hui, plus que jamais, il s’avère nécessaire de mettre en place des projets de territoire, levier d’accélérateur de développement.


La réussite du chantier de la régionalisation est tributaire de la mise en place d’un système de gouvernance basé sur non seulement le volet politique mais aussi le développement économique territorial. Or, jusque-là, le débat public sur les défis économiques à l’échelle locale ne bénéficie visiblement pas encore d’un grand intérêt. «On manque de débat public autour des facteurs de compétitivité sur les territoires», selon l’économiste Larbi Jaidi, qui s’exprimait hier lors d’une rencontre organisée par l’institut CDG et l’institut CDC pour la recherche sur le thème : «Territoires, gouvernance, entreprises et compétitivité».

Cette thématique est d’une actualité brûlante au Maroc en raison du processus en cours ayant trait au changement de la politique territoriale. Les responsables locaux sont appelés à mettre en place des projets de territoire pour gagner le pari du développement local et régional. C’est plutôt le Conseil de la région qui devra assumer cette responsabilité pour pouvoir atteindre les objectifs escomptés en fédérant toutes les synergies locales (responsables, entreprises, société civile, citoyens) autour d’un projet commun. Le projet de territoire doit reposer selon Jaidi sur plusieurs attributs.

Fondé sur la mobilisation des différentes composantes du champ de développement, il devra s’inscrire dans la durée, être partagé par les acteurs institutionnels, l’entreprise et les citoyens et être basé sur l’approche transversale de développement. Le projet de territoire est basé sur une démarche qui s’inscrit en rupture avec le schéma traditionnel de développement du Maroc dans lequel l’État joue le rôle central de concepteur des politiques publiques et de leur mise en œuvre territorial, comme tient à le souligner Jaidi.

Approche d’action globale
En dépit des efforts entrepris au cours des dernières années, c’est toujours l’administration centrale qui détient les commandes. Le projet de charte de la déconcentration administrative se fait toujours attendre. Cette charte définira le rôle de chaque acteur tant au niveau central que régional (wali, gouverneur, élus, administrations régionales). L’idée est de mettre en place une organisation efficace qui permettra d’élaborer des politiques sectorielles régionales tout en respectant les orientations nationales. Des projets territoriaux importants pourront voir le jour à travers une approche d’action globale qui met l’accent sur plusieurs volets dont les incitations aux entreprises, la gestion foncière, la mise à niveau des agglomérations urbaines, l’amélioration des conditions de vie des citoyens, la formation des ressources humaines, la mise en valeur du patrimoine territorial…Où en sont nos régions à l’heure actuelle ? «Aujourd’hui, on n’est pas encore dans une logique de projet de territoire», précise Larbi Jaidi en soulignant que des expériences ont déjà eu lieu au Maroc, mais sans pour autant s’inscrire dans la durée. Il cite notamment les systèmes productifs localisés (des projets de territoires dans le monde rural portés par le ministère de l’aménagement du territoire). Pour qu’ils soient pérennes, les futurs projets devront s’inscrire dans la durée. Tous les acteurs locaux doivent y participer à commencer par l’entreprise qui est appelée à s’ouvrir sur son environnement territorial. Il faut dire que le phénomène est assez récent au Maroc. La demande de la part des entreprises aux pouvoirs territoriaux centraux ou locaux se résumait dans l’accès à un foncier aménagé et à des infrastructures efficientes. Les entreprises minières sont les seules qui ont une logique territoriale depuis quelques années, selon Jaidi.

Partage des ressources
Il s’agit notamment de l’OCP qui devient un acteur de l’urbanisme. «On assiste à une inversion des rôles. C’est l’entreprise publique qui aide les institutions locales à mettre en place des mécanismes d’aménagement du territoire qui rendrait plus facile l’attractivité économique du territoire», dit-il. Un autre point fondamental est soulevé par Saad Ghazaoui, administrateur directeur général d’Avilmar (SDL de Marrakech) : l’accès à l’information. Cet élément peut, selon lui, contribuer au développement de l’entreprise. «Parfois, des opportunités d’affaires sont traitées dans les couloirs. Ce qui pénalise bon nombre d’entreprises locales. Les autorités locales doivent instaurer des plans stratégiques locaux à court et moyen termes pour que l’entreprise locale ait une visibilité au niveau de son business plan», relève-t-il. À cela s’ajoute la nécessité de mettre en place des mesures collectives pour inciter les entreprises à développer leur coopération au niveau local, d’après Nadine Levratto, enseignante universitaire et chercheur au CNRS, France. L’idée est de mettre en œuvre des politiques systémiques ajustées au territoire d’intervention axées sur le renforcement des liens entre les entreprises et de faciliter le partage des ressources spécifiques. Les acteurs locaux sont également appelés à développer leurs propres moyens d’action en fonction des caractéristiques propres aux territoires pour lancer des appels à projets pour les filières importantes. 


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