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Prestations de conseil : les cabinets marocains tapent du pied

Les grands cabinets de conseil internationaux causent aujourd’hui du tourment aux structures nationales de taille plus modeste. Ils sont déclarés «personae non gratae» par ces concurrents, qui souhaitent une remise à plat des conditions liées à l’accès aux marchés publics.

Que ce soit dans la presse ou sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix de patrons de cabinets marocains spécialisés dans le conseil s’élèvent pour s’insurger contre ce qu’ils considèrent comme une concurrence déloyale de la part des gros cabinets.

«On nous considère comme des petits cabinets, or, nous sommes des cabinets de taille humaine. C’est un choix de business model», fustige Fatimzahra Mziouad Bennis Layadi. Vent debout contre ce qui est désormais considéré comme «un fléau», la présidente de l’Association des bureaux de conseil et de formation du Maroc (ABCF) alerte depuis plusieurs années sur le «clientélisme, le favoritisme et la corruption dans les marchés publics» au Maroc.

Des pratiques qui mettent à mal les entreprises locales, lesquelles sont confrontées à toutes sortes de barrières pour accéder aux marchés publics, souligne notre interlocutrice, estimant que dans le même temps, les concurrents internationaux implantés décrochent des appels d’offres sans effort.

«Au sein des ministères, ce sont le plus souvent les grands cabinets qui décrochent les appels d’offres», soutient Fatimzahra Mziouad Bennis Layadi approchée par les Inspirations ECO.

Aujourd’hui, poursuit-elle avec amertume, il devient possible d’anticiper et de pronostiquer par avance sur l’identité du grand cabinet qui remportera tel ou tel marché. Selon elle, ce qui doit primer c’est le principe de la liberté d’accès à la commande publique voulant que tout opérateur économique peut se porter candidat à l’attribution d’un marché public et que la concurrence loyale voudrait qu’on ne discrimine pas «une catégorie» dès le départ.

Or, défend-elle mordicus, les cabinets marocains sont victimes «d’une éviction irrégulière et quasi systématique» au regard de termes de référence «discriminatoires» dans les cahiers de prescription des appels d’offres. Souvent, explique Layadi, les termes de référence contenus dans le cahier des charges exigent des candidats de justifier d’un chiffre d’affaires minimal, qui demeure astronomique.

Dès lors, la procédure de passation des marchés publics «exclut» de fait les cabinets de taille moyenne. Résultat: alors que les marchés se raréfient, les fermetures des entreprises de conseil locales se banalisent. Et les cabinets qui essaient encore de faire face à «la concurrence déloyale» ont déjà licencié 70 voire 80% de leur personnel, soutient la présidente de l’ABCF. Pourtant, ce ne serait certainement pas la compétence locale qui fait défaut.

«Nous avons essayé, depuis plus de 15 ans, de promouvoir l’expertise nationale et la préférence nationale mais nos politiciens ont un autre avis… J’ai eu l’occasion de travailler sur des stratégies élaborées par de “grands cabinets habituels” et je peux vous assurer sans exagérer que nos experts peuvent faire mille fois mieux», estime pour sa part Hassan Chouaouta, directeur général chez Impact Plus.

Un avis qu’il affiche publiquement, jusqu’à considérer par exemple dans un post publié sur sa page Linkedin, que ce «fléau dépasse toute imagination et a battu tous les records au cours des dernières années».

Verrouiller davantage les textes
Pourtant au Maroc, la commande publique a grandement bénéficié de l’indéniable mutation économique, constatait déjà le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans l’un de ses rapports. En valeur, la commande publique qui comprend les dépenses engagées par l’État, les établissements publics et les collectivités locales, a crû de 6%, en moyenne annuelle, entre 2002 et 2006, puis de 30% entre 2007 et jusqu’à aujourd’hui.

Dans les faits, les réformes dans ce sens n’ont jamais été appliquées, martèle Layadi. Hassan Chouaouta, lui, avance des exemples, parlant de bureaux d’études plombés par le délit d’initié, de montants de certaines études nettement supérieurs au coût réel, de monopoles de certains cabinets et d’adjudications en faveur de consultants sans expertise…

Il indique, par ailleurs, que plusieurs consultants et bureaux d’études marocains se sont adressés aux gouvernements précédents avec des propositions concrètes pour verrouiller davantage les textes régissant les marchés publics contre toute forme de corruption ou favoritisme.

Aujourd’hui, ces professionnels souhaitent voir une commission se pencher sur «les marchés douteux et les textes régissant les marchés publics pour assurer la qualité dans les prestations et la transparence dans le cadre de la primauté de la loi et de la consolidation des principes de la justice et de l’équité(…)».

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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