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Politique monétaire : creusement du déficit de liquidité bancaire

Malgré le ralentissement enregistré en ce début d’année, le déficit de liquidité bancaire devrait continuer de se creuser à moyen terme. Une progression estimée par Bank Al-Maghrib sur la base d’une hausse attendue de la monnaie fiduciaire atténuée par l’évolution des réserves de change.

Le déficit de liquidité bancaire devrait se creuser davantage à l’horizon 2022. Il devrait passer, selon Bank Al-Maghrib (BAM), de 67 MMDH en 2020 à 84,1 MMDH fin 2021 puis à 92,6 MMDH fin 2022. Il faut dire qu’au cours de l’année 2020, le besoin de liquidité bancaire s’était accentué à 90,2 MMDH en moyenne hebdomadaire contre 76,6 MMDH en 2019. Un creusement porté par la hausse de la circulation fiduciaire, s’élevant ainsi à 44 MMDH en moyenne après 18,5 MMDH un an auparavant. Il faut dire que la masse monétaire en 2020 a été marquée par la forte progression de la circulation fiduciaire qui a augmenté de 50,4 MMDH contre 16,6 MMDH en 2019 et 14,2 MMDH en moyenne durant les cinq dernières années. Elle a également été marquée par l’expansion de 62,3 MMDH des dépôts à vue, soit le double du rythme moyen depuis 2015. Par principale contrepartie, l’évolution de la masse monétaire recouvre notamment des décélérations de 22,3% à 19,3% pour les avoirs officiels de réserve, de 25,8% à 22,4% pour les créances nettes sur l’administration centrale et de 5,3% à 4,7% pour le crédit bancaire. Pour y remédier, la Banque centrale a renforcé ses opérations d’injection tout au long de l’année avant de réduire son effort au cours du quatrième trimestre 2020.


Bank Al-Maghrib a réduit le montant de ses injections à 101,9 MMDH, dont 40,7 MMDH sous forme d’avances à 7 jours, 24,9 MMDH à travers les opérations de pensions livrées, 30,4 MMDH au titre des opérations de prêts garantis accordés dans le cadre des programmes de soutien au financement de la TPME et 5,8 MMDH servis sous forme de swap de change. Parallèlement, le déficit de liquidité bancaire a pu être atténué par l’évolution des réserves de change de BAM qui ont grimpé à 29,2 MMDH en moyenne hebdomadaires après 2,9 MMDH un an auparavant.

À noter que les conditions monétaires ont également été marquées en 2020 par un recul annuel du taux débiteur moyen de 49 points de base, avec en particulier une baisse de 119 points pour les TPME, reflétant les réductions opérées de 75 points de base au total du taux directeur, ainsi que par une appréciation du taux de change effectif. Il faut dire que, dans ce contexte, la Banque centrale a procédé à la réduction de 75 points de base du taux d’intérêt directeur, entre mars et juin 2020, afin de le ramener à 1,5%. À cela s’ajoute la libération du compte de la réserve obligatoire au profit des banques, ce qui a permis d’injecter pas moins de 12 MMDH dans le système bancaire et, ainsi, de soulager leurs trésoreries, fortement impactées par les mesures liées à la lutte contre les effets de la pandémie de Covid-19. BAM a aussi mis en place plusieurs mesures pour faciliter le financement de l’économie et renforcer la capacité du système bancaire à répondre aux besoins des entreprises et des ménages tels que les reports d’échéances de crédits ou encore les produits Damane Oxygène et Damane Relance…. Dans ce contexte, l’encours du crédit bancaire au secteur non financier a clôturé l’année 2020 avec une hausse de 3,9% contre 5,5% en 2019, supporté par les mesures de soutien et de relance mises en place.

Cette politique monétaire très accommodante a ainsi permis à la Banque centrale d’assurer des conditions de financement adéquates, ce qui n’est pas du goût de certains professionnels de la place. «L’absence de pressions inflationnistes à horizon 2022 offre à Bank Al-Maghrib une marge de manœuvre confortable pour assouplir davantage sa politique monétaire, dans le cas où les conditions de financement de l’économie s’avèrent peu suffisantes», soutiennent les analystes d’Attijari Global Research. Or, en termes de perspectives, et tenant compte des prévisions de la croissance économique et des anticipations du système bancaire, il devrait s’accroître de 3,6% en 2021 et de 3,7% en 2022. Dans ces conditions, et prenant en considération l’évolution des autres contreparties de la masse monétaire, la progression de l’agrégat M3 devrait ralentir à 3,2% en 2021 avant de s’accélérer à 4,3% en 2022.

Pour sa part, et sous l’effet d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires et concurrents, le taux de change effectif réel devrait se déprécier sur l’horizon de prévision. Après une appréciation de 0,8% en 2020, le taux de change effectif réel devrait se déprécier de 0,8% en 2021 et de 0,6% en 2022.

Aida Lo / Les Inspirations Éco

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