Éco-Business

Paiement mobile : un démarrage assez poussif

Moins de 300.000 transactions d’une valeur globale de 11 MDH ont été effectuées auprès des commerçants. Malgré les incitations fiscales, l’obligation de transparence refroidit certains. Par ailleurs, pour les faire adhérer,  il y a certains blocages techniques à lever.

Les Marocains sont, aujourd’hui, plus prompts à se servir de leur carte bancaire pour régler leurs achats. La crise sanitaire est venue donner un peu plus de crédit à l’utilisation de la monnaie numérique, déjà en forte croissance ces dernières années.

L’année dernière, plus de 105 millions de transactions (+32%) ont été effectuées par carte bancaire pour un montant de 40 milliards de DH (+26%). Avec le mobile c’est une tout autre histoire. Le smartphone occupe une place importante dans notre quotidien, mais sert beaucoup moins lorsqu’il s’agit d’effectuer des paiements.

Certes, en l’espace d’une année, le nombre de wallets (portefeuille électronique) a doublé passant de 2,5 millions en 2020 à 5,4 millions à fin janvier 2022. Les transactions ont été multipliées par 3,5 pour un montant global en hausse de 147% à 1,1 milliard de DH.

Malgré ces progressions (l’on part de très bas), le sentiment général est globalement mitigé. «Le marché est relativement petit et le niveau d’engagement des acteurs, en termes d’investissement et de promotion de cette solution de paiement, n’est pas le même. Il faut un investissement plus marqué de la part de l’ensemble des parties prenantes pour impulser une vraie dynamique», relève un expert.

Il faudra aussi beaucoup de pédagogie auprès des utilisateurs et des commerçants pour assurer le décollage de cette solution de paiement. En dépit des avantages, les gens restent prudents et méfiants. «Le fait que Bank Al-Maghrib autorise et supervise les opérateurs de portefeuilles électroniques provoque un sentiment de crédibilité et de fiabilité mais ne suffit pas à inciter à l’adoption des portefeuilles électroniques, qui reste avant tout liée à une bonne compréhension du fonctionnement de l’outil et à sa maîtrise», relèvent les auteurs d’une étude conjointe de Bank Al-Maghrib et de la Banque mondiale.

Le règlement des factures concentre 73% des transactions réalisées avec le mobile, loin devant les transferts (18%). En valeur, ils pèsent chacun 44%. Quant aux paiements auprès des commerçants, ils ne représentent que 6% du total des opérations, moins de 300.000 transactions en 2021 et 1% en valeur, soit seulement 11 millions de DH.

L’un des principaux challenges est de convaincre les commerces de proximité à adopter cette solution de paiement. Malgré les incitations fiscales, l’obligation de transparence refroidit certains. Par ailleurs, pour faire adhérer les commerçants, il y a aussi certains blocages techniques à lever.

«Il faudrait que le commerçant puisse accepter avec un même terminal le paiement par carte bancaire et par mobile», indique un spécialiste. Cette possibilité existe dans certaines enseignes de la grande distribution où les fonctionnalités des TPE sont plus avancées.

Dans ces environnements où les TPE sont reliés à un système central, le Centre monétique interbancaire peut déployer le paiement mobile. Pour les TPE autonome, il y travaille. Bank Al-Maghrib pousse fortement le marché à faire véritablement décoller le paiement mobile. «Nous militons notamment pour que les aides publiques passent par le mobile banking. Cela a démarré avec le programme Tayssir».

Dans les principales économies du continent, le Maroc est l’un des pays où la pénétration d’Internet est parmi les plus élevées, soit 84% contre 72% en Égypte et 68% en Afrique du Sud, selon le Global Consumer Survey de Statista. En revanche, la part des internautes utilisant le téléphone mobile pour effectuer des paiements y est le plus faible avec seulement 9%, contre 19% en Égypte, 21% en Afrique du Sud, 60% au Nigéria et 84% au Kenya.

Ce dernier constitue un modèle pour de nombreux pays, le taux d’adoption du paiement mobile y étant bien plus élevé qu’en Europe.

Frank Fagnon / Les Inspirations ÉCO

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