Éco-Business

Monnaies digitales: la capitalisation a presque quadruplé en 2020-2021

La prise de conscience des implications de la monnaie digitale sur les paiements transfrontaliers a renforcé la collaboration entre banques centrales pour identifier les axes d’une politique commune vis-à-vis de ces futures nouvelles monnaies. Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a institué un comité pour étudier l’opportunité, les modalités et les conséquences de l’émission d’une MDBC. 

L’année 2021 a été marquée par une forte accélération du développement et des échanges des crypto actifs.

La capitalisation de ces derniers ayant presque quadruplé entre fin 2020 et fin 2021 pour atteindre près de 3000 milliards de dollars.

Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib s’est inscrit dans une perspective proactive, puisqu’il a institué depuis début 2021 un comité pour étudier l’opportunité, les modalités et les conséquences de l’émission d’une Monnaie Digitale Banque Centrale (MDBC).

Au regard de l’étendue des implications de ce projet, un large processus de concertation est mis en place avec toutes les parties prenantes.

C’est ainsi que des sous-groupes de travail ont été constitués, des thématiques ont été identifiées et des réunions sont tenues régulièrement avec des instances internationales pour, d’une part, mieux cerner la problématique, et, d’autre part, tirer les conclusions des expériences déjà avancées en la matière.

L’évolution que connaissent les crypto actifs ces dernières années a largement contribué au changement d’attitude des banques centrales vis-à-vis de leur développement qui a commencé en 2009. Alors qu’elles étaient réticentes au début, elles ont, devant l’enjeu grandissant de ces actifs, commencé à s’y intéresser progressivement et certaines d’entre elles envisagent même l’émission d’une Monnaie Digitale Banque Centrale (MDBC).

En effet, selon la Banque des Règlements Internationaux (BRI), qui réalise une enquête annuelle sur le sujet, 90% des banques centrales ayant répondu à l’édition 2021 ont déclaré avoir des projets à des stades plus ou moins avancés pour explorer l’opportunité de mettre en place une MDBC.

Ce pourcentage était de 65% en 2017 et de 86% en 2020, sachant qu’en 2014, seule la banque centrale d’Uruguay avait initié une telle réflexion.

En outre, la prise de conscience des implications d’une telle monnaie sur les paiements transfrontaliers a renforcé la collaboration entre banques centrales pour identifier les axes d’une politique commune vis-à-vis de ces futures nouvelles monnaies.

Phase d’expérimentation d’une MDBC
Plusieurs banques centrales sont aujourd’hui à un stade assez avancé où des tests sur le terrain, d’une MDBC de détail accessible au public, sont effectués mais à des échelles restreintes.

C’est le cas de la Banque Centrale de Chine qui a déployé l’e-CNY sur des régions pilotes, de la Riksbank, «Banque Centrale de Suède», qui est au stade de Prof Of Concept de sa MDBC «E-Krona», de la banque centrale du Bahamas qui a lancé le Sand Dollar en octobre 2020, ou encore la Banque centrale du Nigéria qui a lancé le eNaira fin 2021.

Par ailleurs, plusieurs projets concernant la MDBC de gros ont été lancés dont certains sont à des stades avancés.

Parmi ces derniers, on peut citer le projet Jasper, lancé en 2016, par la Banque Centrale du Canada en partenariat avec Paiements Canada, ses institutions membres et d’autres participants du marché, le projet Khokha de la Banque Centrale d’Afrique du Sud, dont la première phase a été lancée en 2018, le projet Jura, lancé en 2021 conjointement par la BRI, la Banque de France et la Banque Nationale Suisse et qui a permis de tester les paiements transfrontaliers sur une plateforme de registre distribué utilisant des MDBC de Gros en Euro et en Franc suisse, le projet Dunbar lancé, en 2021, par la BRI avec les Banques centrales d’Australie, de la Malaisie, de Singapour et de l’Afrique du Sud avec pour objectif l’émission de plusieurs MDBC de gros.

Le programme d’expérimentation de la Banque de France avec des tests à partir de mai 2020 pour l’émission d’une obligation sécurisée «tokenisée» par la banque Société Générale, souscrite par la banque et payée avec des euros numériques émis par la Banque de France.

Intérêt croissant vers les MDBC
L’intérêt dont bénéficie les MDBC s’explique par le potentiel qu’elles recèlent en termes d’innovation financière, d’inclusion financière, de réduction des coûts et des délais des transactions.

Elles pourraient permettre également d’améliorer la prise de décision en matière de politique monétaire, d’atténuer le coût financier et l’impact écologique de la monnaie fiduciaire et de contribuer à la lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment des capitaux.

En revanche, certaines banques centrales dont en particulier la FED, tout en poursuivant la réflexion sur l’opportunité de mettre en place une telle monnaie, se posent toujours la question sur son apport en termes d’amélioration d’un système de paiement national qu’elle considère déjà efficient et sécurisé.

Cette interrogation reflèterait une certaine prudence surtout que les implications de cette monnaie, notamment sur la stabilité financière, la protection des données à caractère personnel ou encore la lutte contre le financement d’activités illicites, restent en grande partie incertaines.

De même, la BCE a lancé, en juillet 2021, la phase d’investigation du projet de mise en place d’un euro numérique qui devrait durer deux ans, tout en précisant que cela ne préjuge d’aucune décision future sur l’éventuelle émission de cette monnaie.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

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