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Marché du travail : des inégalités exacerbées par la crise

Le quatrième rapport de suivi de la situation économique de notre pays face à la pandémie de Covid-19 et ses perspectives à court, moyen et long termes, que vient de publier la Banque mondiale, a également traité les inégalités sociales exacerbées par la crise sanitaire dans le monde et dans la région MENA. Il en ressort que le Maroc ne fait pas exception. Zoom.

Dans son quatrième rapport de suivi de la situation économique de notre pays face à la pandémie de Covid-19 et ses perspectives à court, moyen et long termes, la Banque mondiale (BM) s’est arrêtée sur les inégalités sociales qui ont été exacerbées par la crise sanitaire. Les experts de l’institution de Bretton Woods ont livré, à ce sujet, une analyse 360° qui a zoomé sur ces inégalités dans le monde, puis dans la région MENA (Moyen Orient Afrique du Nord) avant de finir par le Maroc. C’est ainsi qu’ils ont d’abord confirmé ce que tout le monde sait déjà, c’est-à-dire que les citoyens pauvres et vulnérables sont plus exposés aux risques sanitaires posés par la pandémie de la Covid-19. Une lapalissade qu’ils ont justifiée par cinq facteurs d’aggravation du risque qui touchent de manière disproportionnée cette catégorie de la population. Ils ont, ensuite, révélé que les personnes pauvres et vulnérables ont tendance à être employées dans des secteurs qui ont été plus touchés par la pandémie.


En effet, expliquent-ils, bien que l’on estime qu’à l’échelle mondiale, un emploi sur cinq peut être exercé à domicile, cette proportion tombe à un emploi sur 26 dans les pays à faible revenu. Au sein d’un même pays, la capacité à télé-travailler est corrélée au revenu, car les emplois de bureau sont plus adaptés pour être exercés à domicile, et les ménages les plus riches ont tendance à disposer d’une meilleure connectivité internet. En outre, les personnes les plus pauvres sont moins susceptibles de travailler dans le secteur public, qui a mieux réussi à éviter les licenciements et les réductions de salaire.

En revanche, ils ont tendance à être engagés dans des activités où la distanciation sociale est difficile à observer, et donc plus susceptibles d’avoir été paralysés par les confinements et les mesures de distanciation sociale (comme la construction, la fabrication à forte intensité de main-d’œuvre ou le petit commerce de détail). Enfin, étant donné leur plus grande propension à être employés de manière informelle, les individus pauvres sont plus susceptibles d’être non assurés, et donc moins protégés contre les chocs économiques, sanitaires ou du cycle de vie. Les experts de la BM ont également constaté que la pandémie accentue aussi les disparités entre les sexes.

À ce propos, ils ont brandi des données statistiques d’ONU Femmes qui révèlent qu’à l’échelle mondiale, le pourcentage de femmes employées dans des secteurs qui ont été sévèrement touchés par la pandémie est plus élevé que celui des hommes : 40% contre 37%. En outre, si les hommes semblent être plus nombreux que les femmes à mourir de la Covid-19, celles-ci sont exposées à un risque d’infection plus élevé car elles représentent jusqu’à 70% du personnel de santé.

Les pandémies ont tendance à augmenter la pauvreté et les inégalités
La quatrième inégalité révélée par le rapport est aussi une lapalissade: elle rappelle que les pandémies ont tendance à augmenter la pauvreté et les inégalités et que l’ampleur des perturbations causées par la Covid-19 est sans précédent. En effet, la littérature montre que le SARS, le MERS, le H1N1, Ebola ou Zika ont eu des effets négatifs sur la pauvreté et les inégalités. Par contre, ce qui est différent dans le cas du nouveau coronavirus, c’est l’ampleur de la pandémie et son impact.

Selon des projections récentes, l’extrême pauvreté pourrait augmenter d’au moins 119 millions de personnes dans le monde en raison de la Covid-19. En outre, l’inégalité des revenus devrait s’accroître dans les pays à faible revenu comme dans les pays émergents. Dans la Région MENA, les experts de la BM citent l’exemple de la Tunisie, où cinq séries d’entretiens téléphoniques ont été menées entre avril et octobre derniers, ce qui a permis de suivre l’impact de la pandémie, en contrôlant les différentes caractéristiques des ménages. Parmi les facteurs corrélés à une probabilité plus élevée pour les répondants d’avoir déclaré une détérioration de leur niveau de vie, il y a eu l’appartenance à des ménages plus pauvres; un niveau d’éducation plus faible ; le fait d’être plus jeune; le fait d’être sans emploi, indépendant ou travailleur non salarié avec un revenu d’entreprise plus faible que d’habitude, voire nul.

Au Maroc, le taux de pauvreté est passé de 5,8% à 7,1%
Le Maroc n’est pas une exception dans la région. En effet, même si on y est loin de la situation d’insécurité alimentaire qui a frappé la Palestine où 42% des ménages ont déclaré consommer moins de nourriture, Djibouti (26%) et la Tunisie (16%), le taux de pauvreté a quand même grimpé dans notre pays.

Selon les estimations de la Banque mondiale (Macro Poverty Outlook, avril 2021), la crise aurait poussé plus d’un demi-million de Marocains supplémentaires sous le seuil de pauvreté de 3,2 USD PPA en 2020 (Personne vivant avec moins de 30 DH/jour), faisant passer le taux de pauvreté de 5,8% à 7,1% et le taux de vulnérabilité de 26,1% à 29,6%, après plusieurs années de progrès social soutenu dans le pays. Le coup de grâce a été notamment donné par le confinement qui a eu un impact sévère sur le marché du travail, rappelle le rapport qui est revenu sur deux enquêtes menées par le Haut-commissariat au plan (HCP), en avril et juin 2020. Des enquêtes, qui ont montré que 66% des travailleurs salariés ont dû interrompre leur activité pendant la période de confinement, une proportion qui a atteint 74% dans le cas des travailleurs indépendants et 84% pour ceux employés dans le secteur de la construction. Autre info : 72% des répondants aux enquêtes qui ont dû cesser leur activité appartenaient aux 40% les plus pauvres, alors qu’un peu moins de la moitié des 20% les plus riches se sont retrouvés dans cette situation. Et, plus de la moitié des actifs occupés marocains (53%) étaient toujours en chômage technique, tandis que 36 % avaient repris leur activité, et 11 % étaient soit à la recherche d’un nouvel emploi, soit inactifs, à fin juin 2020. Depuis, la situation a bien changé. En effet, cette augmentation de la pauvreté dans le royaume aurait été plus importante sans les programmes de transferts monétaires aux travailleurs formels et informels mis en place par les autorités pendant la période de fermeture, explique la BM.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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