Éco-Business

Made in Morocco. Comment booster la marque « Maroc »

Il est temps de prendre sérieusement en main la promotion du Made in Morocco, la crise sanitaire ayant démontré l’engagement des entreprises dans l’industrie nationale.

Depuis l’avènement de la pandémie de la Covid-19, le Maroc a prouvé sa grande capacité d’adaptation, son ingéniosité et sa bonne gestion de la crise. Au coeur de la crise, et alors que plusieurs pays connus pour être plus avancés, géraient la pénurie des masques de protection, l’industrie nationale en a produit pas millions. Ce n’est pas tout, puisque des innovations technologiques dans le domaine de la santé ont aussi vu le jour. Les industriels ont justement adapté leurs outils de production pour répondre à une demande jusque-là inexistante sur le marché. Si notre tissu industriel est capable de se surpasser et d’innover pour le bien de la population, c’est que le décollage du Made in Morocco ne saurait être pour lui un challenge impossible à relever, d’autant que les répercussions économiques de la pandémie ont été bien lourdes imposant aux entreprises de multiplier leurs débouchés, après que les clients étrangers se soient faits rares. Un grand avantage réside dans cette nouvelle orientation prise par l’économie nationale, celui de réduire la dépendance aux marchés extérieurs et de baisser de facto les niveaux d’importation, mais pas que ! Il s’agit aussi de soutenir l’offre nationale et d’en faire un moteur de croissance à forte valeur ajoutée pour l’économie. En effet, plusieurs acteurs, industriels, organisations ou encore économistes appellent à la consommation de produits Made in Morocco afin d’apporter une bouffée d’oxygène au tissu économique national. Mais encore faut-il produire local ! Agroalimentaire, artisanat, textile, ameublement… les opportunités ne manquent pas.
Absence de stratégie ?


La prise de conscience quant à la nécessité d’assurer la promotion du Made in Morocco ne date pas d’hier. Plusieurs initiatives ont été lancées dans ce sens, mais n’ont hélas pas porté de fruits conséquents? Hammad Kassal, sous sa casquette d’économiste, estime qu’«il n’y a jamais eu de réelle stratégie, ni de volonté de développer le Made in Morocco». Une stratégie se construit sur le long terme, avec des objectifs clairs et des moyens colossaux (humains, financiers….)». Selon lui, le développement du Made in Morocco se heurte à plusieurs obstacles, rencontrés à différents niveaux, ce qui explique que le produit local n’a toujours pas réellement trouvé sa place sur le marché. Pourtant, l’innovation, la qualité des produits, et surtout l’engagement des Marocains pour le développement de leur pays sont réels. Le premier frein au développement du produit purement marocain au royaume est la compétitivité locale, car il est difficile aux produits marocains d’être compétitifs par rapport à ceux étrangers, notamment à cause des coûts des différents facteurs (capital, travail, énergie, foncier, fiscalité…). «Même si, en apparence, la main-d’œuvre n’est pas chère, la productivité est très faible à cause de l’absence de formations et de qualifications de qualité», assure l’expert. Ceci entraîne une augmentation du prix du produit, ce qui peut également constituer un frein à l’achat, d’autant en période de crise où les Marocains peuvent privilégier une solution plus économique.

Quels sont les engagements ?..
Comment peut-on alors, une fois pour toutes, développer le produit local ? Le développement du Made in Morocco demande l’implication de tous les acteurs. Du côté des pouvoirs publics, une stratégie doit être définie sur le long terme et garantir sa continuité pour donner de la visibilité aux investisseurs et ce, quel que soit le gouvernement en place. Selon Kassal, «l’industrie ne peut se développer sans recherche et développement -activité très coûteuse – et sans innovation, cette dernière se traduisant par des brevets. Or, en visitant le site de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), on constate la faiblesse et la nature des brevets déposés par les Marocains (personnes physiques ou institutions)». Du côté des producteurs d’intrants, il faut que toute la chaîne soit maîtrisée, en matière de quantité comme de qualité, pour éviter les ruptures. Pour ce qui est des consommateurs, le fait de privilégier l’achat des produits Made in Morocco, tout en exigeant la qualité, aux produits fabriqués à l’étranger est essentiel. Dans ce sens, Hammad Kassal affirme que «le ministre de l’Industrie fait un effort louable et «porteur d’avenir» en mettant en place une banque de projets, en revisitant l’Accord de libre-échange avec la Turquie, mais en face, le secteur privé reste frileux et ne veut pas se libérer du comportement de rentier ! ».

… Et pour quels secteurs ?
Quoi qu’il en soit, le Maroc regorge d’opportunités pour assurer la croissance de son industrie locale, et ce dans plusieurs secteurs. Selon Hammad Kassal, il faudrait d’abord commencer par les secteurs dont les matières premières et le savoir-faire sont disponibles au Maroc, notamment l’agro-industrie, la pêche, le cuir, les produits pharmaceutiques… Notre source ironise, rappelant qu’«aujourd’hui, moins de 10% de nos produits agricoles sont transformés, nous exportons de la tomate et nous importons le jus de tomate».

Une solution radicale est proposée dans ce sens : les pouvoirs publics devraient limiter l’exportation des produits à l’état brut en privant les agriculteurs ne souhaitant pas remonter la chaîne de valorisation de tout soutien ou subvention (certains pays comme le Brésil, la Turquie et l’Égypte l’ont fait). Par ailleurs, il est à noter que notre pays dispose d’un savoir-faire incontestable dans l’industrie du cuir (la maroquinerie)… dont il ne profite pas, en exportant ce produit à l’état brut.

Concernant l’industrie pharmaceutique, qui a rayonné lors de cette crise sanitaire, «elle nécessite beaucoup de recherche et de développement et est porteuse de potentiels grandissants, surtout que nous sommes sur un continent qui va constituer l’avenir de la croissance mondiale dès les prochaines années», selon Kassal.

En tout cas, à défaut de se répéter, la réactivité de l’économie marocaine face à la crise a permis de découvrir de nouvelles capacités, en cela qu’elle constitue une révélation pour l’ensemble de nos concitoyens et une lueur d’espoir pour l’avenir de notre économie.

C’est le moment ou jamais de hisser la place du produit local dans le top of mind du consommateur marocain, et pourquoi pas le client étranger. Justement, les avantages actuels et envisageables dont disposent le tissu économique marocain, notamment la compétitivité, qui est amenée à s’améliorer, offrent énormément d’opportunités que les acteurs actuels et futurs devront saisir.

Sanaa Raqui

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