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Les zones infectées par la cochenille sinistrées

Dans la région de Rhamna, la cochenille à carmin a ravagé les plantations et presque toute la récolte est perdue. Les opérateurs pensent déjà à s’approvisionner dans les régions non affectées. Le programme d’urgence décrété par le ministère de l’Agriculture arrivera-t-il à stopper l’hémorragie ?


La saison estivale de 2016 a été catastrophique pour la filière des figues de Barbarie dans les régions de Rhamna et de Doukkala. À cause de la cochenille à carmin, de grandes superficies des plantations de cactus, très infestées, ont été arrachées ou enfouies afin d’encercler ce parasite qui menace les efforts entrepris pour développer la superficie des plantations. Si les statistiques du ministère de l’Agriculture indiquent le chiffre de 150.000 hectares, non loin de l’objectif tracé à l’horizon 2020 dans le cadre du Plan Maroc vert (160.000), l’année dernière a connu ainsi une baisse de cette superficie, mais qu’en est-il du rendement, la saison étant à son début ? Driss Miftahi, président de la coopérative Sabbar Rhamna de la région Oulad Abdellah est très pessimiste. «La campagne va bientôt commencer mais nous avons constaté que les plantations sont entièrement dévastées. Je pense que les efforts entrepris par le ministère de l’Agriculture n’ont pas réussi à stopper le fléau. En ce qui concerne la production, je pense que nous aurons de grandes pertes. À mon sens, nous n’arriverons même pas à atteindre plus de 5% de la récolte, comparé à une campagne normale», souligne-t-il. Cette situation qui empire depuis l’année dernière est d’autant plus exacerbée que les plantations connaissent actuellement l’invasion de nuées de toute sorte d’insectes qui rendent la vie difficile aux habitants.

Au-delà de cet effet secondaire désagréable, les producteurs pensent déjà aux alternatives. «Nous réfléchissons à une solution efficace à ce problème. Nous irons probablement chercher les figues dans le sud, une région qui n’a pas été affectée par la cochenille», poursuit-il. Du côté du Souss et d’Aït Baamrane, les plantations ont été épargnées et tous les problèmes dont souffrent les coopératives et les producteurs dans les régions de Rhamna et Doukkala ont été évités. «Nous n’avons pas eu ce problème heureusement, c’est pour cela que nous n’avons pas pris de mesures protectrices pour nous prémunir contre la cochenille», déclare Said Gou, président de la coopérative Ajdig, située à Chtouka-Aït Baha.

Est-il trop tard ?
Le 19 juin, le ministère de l’Agriculture a déclaré qu’une enveloppe budgétaire de 80 MDH sera mobilisée immédiatement pour le renforcement des mesures de lutte contre la cochenille. Une mesure qui sera appuyée par la mise en place d’un comité de vigilance pour le pilotage et le suivi du programme d’arrachage et d’enfouissement des plantations fortement infestées. «Trop tard, au moins pour cette campagne», précise Driss Miftahi. En tout cas, le ministère de l’Agriculture est déterminé à poursuivre les mesures pour lutter contre l’insecte dévastateur. En ce qui concerne le programme des nouvelles plantations, prévu dans le cadre du deuxième pilier du Plan Maroc Vert (PMV), il sera suspendu, selon le ministère de l’Agriculture. «Des mesures strictes seront déployées afin de lutter contre la cochenille, protéger les cultures de cactus et arrêter la propagation à travers les actions de suspension du programme des nouvelles plantations jusqu’à la maîtrise de ce fléau», lit-on sur le communiqué du ministère.

Solutions et impacts
Le développement de la superficie des plantations n’est pas le seul tort causé par la cochenille à carmin. S’il était décidé, récemment, de renforcer le programme de traitement phytosanitaire des plantations faiblement infestées et d’accélérer le programme de recherche portant sur la sélection des variétés résistantes et la lutte biologique, cela ne semble pas satisfaire les producteurs. Ces derniers constatent sur le terrain l’inefficacité de ces mesures qui n’ont pas réussi à anéantir la cochenille.

Le projet «Assistance d’urgence pour l’éradication de la cochenille du cactus au Maroc», lancé par le ministère de l’Agriculture, arrivera-t-il à sauver la filière et arrêter l’hémorragie ? Difficile à dire, compte tenu de l’ampleur des dégâts enregistrés jusqu’à présent. D’une durée d’un an, ce projet diffère, selon le ministère de l’Agriculture, des mesures prises auparavant par son caractère intégré. «Il a pour objectif principal le développement et la mise en place d’un programme de lutte intégrée pour éradiquer ce fléau redoutable au Maroc et dans d’autres pays du Maghreb», indique le communiqué du ministère.

Pour rappel, depuis l’apparition de la cochenille à carmin dans les régions de Rhamna, El Youssoufia et El Jadida, le département de l’Agriculture avait procédé au début de la campagne précédente au lancement d’un programme d’urgence. Celui-ci comprenait d’une part le renforcement des opérations d’arrachage et de destruction des plantations fortement infestées et d’autre part le traitement chimique à base de produits phytosanitaires. Si l’effet escompté de ce programme n’a pas été atteint, il est peut-être judicieux de changer de démarche avant que les régions du sud, épargnées, ne soient contaminées. Une optique qui ne semble pas inquiéter les opérateurs dans ces régions. 

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