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Les bases d’une adhésion rapide sont installées

C’est ce que la majorité des intervenants aux MEDays ont soutenu à la faveur de la présence déjà visible et forte du royaume dans presque tous les 15 pays de la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest. Le Maroc peut apporter une solution viable à la problématique du financement des infrastructures dont les pays de la CEDEAO souffrent.

Pourquoi, quand et comment le Maroc doit-il adhérer à la CEDEAO? Trois questions qui ont rythmé les débats ce jeudi matin à Tanger durant la session plénière des MEDays. Le sujet est d’une extrême importance et a pratiquement accaparé les discussions et échanges de cette 11e édition. À l’heure des grands blocs économiques, dans un contexte de guerres commerciales entre les États-Unis et la Chine et les États-Unis et l’UE, le Maroc se tourne normalement vers son prolongement africain. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est la plus aboutie des 8 communautés économiques du continent. Le Maroc s’y trouve être de facto le premier investisseur africain dans la région. Ses exportations vers les pays de l’Afrique de l’Ouest ont évolué de manière exponentielle, passant de 290 millions d’euros en 2008 à 900 millions d’euros en 2016. Le royaume est surtout présent de manière visible via ses investissements dans les télécoms, les banques, les assurances, le BTP et dans le secteur pharmaceutique. Hormis quelques réticences émanant de certains pays de la région ou encore les craintes d’un envahissement économique exprimées par d’autres, l’adhésion du Maroc à la CEDEAO est souhaitée, voire défendue par la plupart des pays et hauts responsables de la région. Parmi eux, Luis Filipe Lopes Tavares, ministre des Affaires étrangères du Cap vert qui a publiquement annoncé son soutien ainsi que celui de son pays à l’adhésion marocaine à la communauté économique ouest-africaine.
 
«Le Maroc agit avec détermination et maestria pour intégrer l’espace économique de la CEDEAO. Je vais porter cette candidature que j’espère pouvoir faire aboutir courant 2019», a-t-il expliqué. Il n’est pas le seul à exprimer un tel enthousiasme pour ce processus d’adhésion. Thomas Boni Yayi, ex-président du Bénin est allé dans le même sens en soulignant que l’accord de principe est déjà acquis mais que des ajustements légaux du cadre juridique même de la CEDEAO, aujourd’hui dans le pipe, permettront d’installer les bases d’une intégration réussie du Maroc. «Le Maroc et la CEDEAO veulent travailler ensemble dans une approche disruptive et créative à la fois pour relever les défis d’un monde qui change», a insisté le responsable.
 
Dans cette perspective, Moussa Mara, ex-premier ministre du Mali, a mis l’accent sur les avantages comparatifs des uns et des autres au sein de l’espace CEDEAO avec le Maroc pour créer une complémentarité vertueuse. En effet, la CEDEAO, forte de ses 320 millions d’habitants (353 millions avec le Maroc) et 700 milliards de dollars de PIB (800 milliards de dollars avec le Maroc), est aujourd’hui classée 15e communauté économique dans le monde, a indiqué Moubarack Lo, économiste en chef et conseiller du premier ministre sénégalais. Avec le Maroc, cette communauté est promue à devenir la 10e dans le monde à l’horizon 2030. Pour Mustapha Cissé Lo, président du Parlement de la CEDEAO, il y a une réciprocité d’intérêts dans l’adhésion du royaume dans la mesure où ce dernier offre de nouvelles ouvertures aux économies des pays de la région à travers ses multiples ALE ainsi que l’accord d’Agadir. Sans perdre de vue les avantages que le Maroc est susceptible d’offrir grâce à son expertise dans plusieurs domaines dont l’agriculture, les infrastructures de qualité ainsi que les ressources humaines bien formées et hautement qualifiées dans des secteurs de pointe.
 
En effet, comme l’a rappelé Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus, organisateur des MEDays, dans un contexte globalisé, l’adhésion du Maroc se justifie par la volonté même du pays et sa détermination en haut lieu d’affirmer son prolongement africain. Il ne faut pas non plus perdre de vue les enjeux liés aux infrastructures et à leur financement qui taraudent les dirigeants africains et auxquels le Maroc peut apporter une valeur ajoutée tirée de son expérience. Boubou Cissé, ministre de l’Économie et des finances du Mali, s’est justement appesanti sur cet aspect affirmant que pour être compétitifs, les pays africains sont obligés de développer leurs infrastructures. Dans ce sens, les mécanismes traditionnels de financement se voient dépassés. Cissé a souligné à cet effet que les financements confessionnels sont également limités du point de vue de leur plafonnement alors que les projets d’infrastructures sont hautement capitalistiques. «Le Maroc a dépassé cette problématique dans la mesure où il a accès à des financements de qualité consentis par les institutions internationales et les banques commerciales nationales lui permettant d’avoir des ressources financières à long terme», a-t-il renchéri. Il n’en reste pas moins vrai que les pays africains doivent développer une gouvernance des projets structurants capable de suivre et de pérenniser les chantiers en tenant compte des ressources limitées.     

 
Chine-Afrique :  un rapport de force inégal 
 
Certes, la nouvelle politique chinoise en Afrique qui a connu son lancement en 2015 à travers l’annonce historique par le président Xi Jinping d’un investissement de 60 milliards de dollars, est un bon électrochoc, mais encore faut-il en maîtriser les enjeux. En effet, si la Chine connaît bien l’Afrique, celle-ci est encore loin de connaître les soubassements de la stratégie chinoise ou ce qu’il est convenu d’appeler le «Consensus de Pékin» par opposition à celui de Washington. Ils sont rares les thinks tank, experts ou spécialistes de la Chine qui peuvent apporter un regard africain sur la soft power chinoise en Afrique. Adama Gaye, auteur et fondateur de Newforce Africa, est un fin connaisseur de la Chine. Pour lui, la relation Chine-Afrique est problématique car alors que la Chine dispose d’une vision claire, les pays africains ne font que s’accrocher au wagon en marche. En effet, il a expliqué que la nouvelle initiative chinoise de la route de la soie (one belt, one road) ou Obor, est d’abord destinée à ouvrir la Chine sur les pays asiatiques, européens et sur ses régions les moins dynamiques. On estime l’excédent exportable de la chine à 10% de son PIB, ce qui est énorme. Toutefois, l’Afrique qui a longtemps servi de lubrifiant à l’économie chinoise à travers ses matières premières se trouve inscrite dans une autre logique.


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