Éco-Business

Le prix du beurre flambe

La consommation du beurre au Maroc est rattrapée par sa dépendance aux désidératas du marché international. Zoom sur un produit en surchauffe.

Le marché du beurre au Maroc est victime de son succès et de sa dépendance au marché international. L’évolution des habitudes de consommation des Marocains, conjuguée à la hausse des prix de ce produit sur le marché international, pénalise les industriels de la pâtisserie et de la  biscuiterie et in fine le consommateur final. Avec une hausse de 100% du prix du kilo du beurre néo-zélandais depuis 2016, c’est la panique chez les importateurs comme des industriels. Les consommateurs devraient se préparer à de nouvelles hausses des prix du beurre comme des produits composés de cet intrant.


Du beurre à tout prix
«C’est une année compliquée», résume Federico Rossi, PDG de Lactogroup, société spécialisée dans la vente et la distribution de produits laitiers sur le marché maghrébin, depuis 2010 et basée à Tanger. «À l’été 2016, le prix du beurre sur le marché international était de 3.000 DH/tonne, un an après, les prix ont progressé de plus de 100%. Aujourd’hui, le beurre néo-zélandais se négocie à plus 7.000 DH/T». Pour un pâtissier comme Amoud, le prix du beurre irlandais qu’il achetait à 47 DH/kg s’achète à 120 DH/kg, «même à ce prix, le beurre est introuvable», lance, désabusé, Omar Essalhi, directeur support à Maroc Dessert International (Groupe Amoud). Cette surchauffe s’explique par quatre raisons. «La demande chinoise a progressé, créant un manque de disponibilité sur le marché», déplore Rossi. Essalhi, d’Amoud poursuit : «Cette situation s’explique aussi par la mauvaise année agricole en Europe et surtout en Océanie, principale marché producteur du beurre de grande qualité». Troisième facteur, le marketing intensif en Europe pour favoriser la graisse animale à celle d’origine végétale (huile de palme/margarine). «Le Groupe Ferrero a même reconnu que le beurre est meilleur pour la santé par rapport à l’huile de palme», rappelle le PDG Lactogroup. À ces facteurs internationaux s’est ajouté un facteur national influent sur la disponibilité du beurre d’entrée de gamme au Maroc : «Vu les taxes, les hausses de prix et les risques liés à l’importation de ce produit sensible, seules deux sociétés continuent à importer du beurre pour nos clients. Il n’y a plus vraiment de concurrence sur ce marché», regrette Lahoucine Azaz, président de la Fédération nationale de la boulangerie et pâtisserie du Maroc (FNBPM). «Les marges réduites des fournisseurs, les orientent vers le segment de la grande distribution, où les marges sont plus intéressantes», complète un autre acteur du marché.

D’ailleurs, les prix du beurre sur les étales des supermarchés ont connu une hausse de 15 à 30%. Les conséquences à cette envolée des prix se font déjà sentir sur la disponibilité des prix sur le marché marocain. Chaque mois, Omar Essalhi fait du forcing auprès de son fournisseur pour dénicher du beurre de qualité pour ses chefs pâtissiers : «le prix n’est plus une priorité, le défi maintenant est de trouver du beurre sur le marché international». Amoud importe par mois 30 tonnes, avec un pic avant le ramadan de 35 T/mois. Comme le Maroc ne figure pas sur la tête des exportateurs de l’Océanie et de l’Europe, «la disponibilité sur notre marché est presque nulle», se plaint Rossi. Le Maroc qui importe l’essentiel de sa production de l’étranger (voir graphique n°1), compte un seul producteur national, Centrale Danone, qui est demeuré injoignable alors que nous mettions sous presse.  

Qualité ou prix ?
«Cette configuration va durer. Les niveaux de prix resteront à la hausse pour les trois prochaines années», estime Essahli. De son côté, Rossi de Lactogroup s’attend à une légère accalmie : «Une stabilisation est prévue avec des prix à la tonne autour des 5.000 DH, mais nous ne reviendrons pas au prix de 3000 DH/T». Les pâtissiers se trouvent confrontés à un dilemme : augmenter les prix ou baisser la qualité du beurre. «On ne peut pas se permettre de baisser la qualité», tranche Essalhi d’Amoud. En clair,  la première option est à l’étude : «Nous avons rencontré différents acteurs du marché. Pour le moment, nous n’envisageons pas de hausses de prix. Des suppressions de certains produits sont à l’étude ainsi des hausses sont envisagées pour les prochains mois», explique Amina Essalhi, directrice communication et marketing chez Amoud. Même son de cloche de la Fédération de la boulangerie : «Ces hausses sont prévisibles, elles obéissent au contexte du marché». Pour sa part Rossi fait déjà l’impasse sur l’année en cours. «Les importations vont baisser de 50%», prévoit-il. Et d’ajouter : «Ce qui signifie que les produits alimentaires contiendront moins de beurre, notamment la biscuiterie et la pâtisserie». Dans les prochaines semaines, le consommateur marocain aura «le choix» entre de la pâtisserie fabriquée avec de  la margarine ou augmentée de quelques dirhams, si elle est faite avec du pur beurre. 

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