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Le Maroc ne veut pas perdre ses acquis

Kamal Bennouna : Membre de la délégation marocaine à l’Assemblée générale de l’ICCAT

Les discussions annuelles sur les quotas de pêche des thonidés ont été lancées hier, à Vilamoura au Portugal. Selon Kamal Bennouna, membre de la délégation marocaine, si une mesure doit être prise lors de l’assemblée générale de l’ICCAT, le Maroc veillera à ce que les décisions respectent l’historique des captures du Maroc pour les 15 dernières années.

Les inspirations ÉCO : L’UE vient de faire la demande de diminutionde l’espadon. De quel espadon s’agit-il ? Si diminution il y aura de cette espèce, cela affectera-t-il le Maroc ?  
Kamal Bennouna : D’abord, il faut différencier deux types de catégories d’espadon sur lesquels nous travaillons au sein de l’ICCAT. Il y a l’espadon de la Méditerranée qui est considéré à part et de l’autre côté, il y a l’espadon capturé dans l’Atlantique. À noter que lorsqu’on parle de diminution, c’est une baisse générale pour l’espadon de l’Atlantique. Car pour le moment, l’espadon de la Méditerranée n’est pas encore soumis à un plan d’aménagement et il doit d’abord être soumis à un quota. Sachant que cet aménagement de toutes les espèces est décidé par l’ICCAT et tous les pays membres doivent appliquer ce que l’ICCAT a décidé. Certes, cela n’empêche pas que chaque pays doit avoir son propre plan d’aménagement à condition qu’il soit conforme à ce qu’exige cette instance. En tant que partie contractante, le royaume est obligé de respecter les décisions prises par la totalité des membres de l’ICCAT. Son plan d’aménagement doit donc être plus strict que celui de cet organisme international. Concernant cette demande, il faut dire que cela ne nous impacte pas énormément. Sachant qu’il est prévu d’augmenter les tailles minimales principalement de l’espadon de la Méditerranée. Or le Maroc est déjà dans cette taille minimale. Puisqu’au niveau de l’ICCAT, la taille minimum autorisée était de 90 cm et de 15 kilogrammes, alors que pour notre pays cette taille était de 1,20 mètre et 25 kg. Autrement dit, en augmentant cette taille, cela ne nous affecte pas. Car nos mesures sont plus strictes que celles de l’ICCAT. Il est aussi prévu d’établir un quota au sein de la Méditerranée pour chaque pays et effectuer une répartition. C’est-à-dire fixer un taux maximal de capture pour toute la Méditerranée et diviser ce taux maximal de capture par pays.
   
Qu’en est-il des revendications de la délégation marocaine lors de l’assemblée générale de l’ICCAT ?
Si une mesure doit être prise lors de cette assemblée générale, nous veillons à ce qu’elle respecte l’historique de nos captures de ces 15 dernières années et non pas seulement les prises de ces trois dernières années. Puisque les chiffres réalisés au Maroc au niveau de la Méditerrané vont passer de 2.800 tonnes à une centaine de tonnes seulement. Il faut prendre en compte l’historique du royaume sur un nombre d’années qui peut suffisamment nous permettre d’avoir une quote-part dans le cadre du quota à fixer. C’est-à-dire une part aussi importante et non pas une quote-part insignifiante, surtout que nous avons énormément diminué notre effort de pêche. Ce qui est une bonne chose comme mesure de prévention et de préservation des ressources. Faut-il le signaler, le Maroc est l’un des pays qui a le plus diminué ses captures sur la Méditerranée et par conséquent, tout ce manque de pêche est un apport du royaume de la restructuration des stocks. Et il ne faudrait pas nous faire subir encore plus les conséquences. Pour résumer, si un quota doit être établi pour la Méditerranée, il doit être conforme à nos arguments, et s’il n’est pas conforme, nous n’allons pas l’accepter.
   
Selon vous, pourquoi cette demande européenne est-elle faite dans le contexte actuel ?
Il faut savoir que cette demande revient depuis plusieurs années. Chaque année, elle est posée, mais chaque fois, elle est reportée faute d’un accord entre les pays membres. Ce n’est pas la première fois que l’UE demande d’établir un stock pour la Méditerranée.
   
Qu’en est-il de l’espadon capturé dans l’Atlantique ? Quelle est la partie qui en bénéficie le plus ?
Pour cette espèce, sachez que 50% du quota de l’espadon de l’Atlantique nord sont faits par l’UE. Tous les autres pays pêchent moins de 50%. Notons qu’en se basant sur l’historique des captures de chaque pays, il est clair que la flotte européenne est une flotte qui est la plus ancienne et la plus développée, et ce, depuis plusieurs années. Au moment de faire la répartition des quotas, l’UE bénéficie donc d’un quota beaucoup plus grand. Dans le cadre de l’espadon pêché dans cette zone, le Maroc bénéficie d’un quota de 900 tonnes pour cette espèce (de Lagouira à Tanger).
   
Cette demande serait-elle incitée par le problème de la pêche illicite ?
Ça n’a rien à voir avec ce problème. D’ailleurs, toutes les informations qui ont suivi cette demande européenne et qui parlent de pêche illicite sur la côte méditerranéenne du Maroc sont fausses. Cela fait 50 ans que l’ICCAT gère les quotas de certaines espèces dont les thons et l’espadon. Depuis plusieurs années qu’il y a donc des mesures adaptées pour les tailles minimales, le poids minimum et aussi pour les quantités maximales à pêcher. Si une espèce est menacée, automatiquement le quota mondial est diminué. C’est ce qui a été fait, par exemple, à Paris en France en 2010 lorsque le thon rouge était menacé. Nous étions ainsi passés de 60 mille tonnes qui étaient pêchées à 10.500 tonnes. Mais cette année, nous sommes en train de récupérer les quotas à raison de 20%. Le Maroc, qui, disons-le, s’engage à respecter les décisions de l’ICCAT, a une part de 9,86% du quota mondial en ce qui concerne le thon rouge. À part, l’UE et les USA, le Maroc est l’un des pays qui a le plus grand quota de thon rouge, vu son historique et vu les madragues dont il dispose aujourd’hui. Nous en sommes d’ailleurs satisfaits et nous cherchons à préserver ce quota (9, 86%) et qu’il n’y ait pas une nouvelle répartition des quotas qui puisse diminuer le quota du Maroc.


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