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Le Maroc diversifie son économie. Ce qu’en pensent les experts

D’une structure des exportations essentiellement composée de produits primaires et du phosphate et des engrais à l’émergence du textile, du câblage, de l’automobile et de l’aéronautique, le Maroc diversifie peu à peu son économie. Le hic est que celle-ci souffre d’un problème de dynamisme entrepreneurial et de transformation structurelle. Pour comprendre les incohérences qui résident entre les investissements importants réalisés par le Maroc et la faiblesse des gains de productivité, le groupe CDG a réuni un panel d’experts.

Tenter de comprendre les incohérences qui résident entre les investissements importants réalisés par le Maroc ces vingt dernières années et la faiblesse des gains de productivité et des créations d’emplois. Identifier les synergies à générer entre les différentes politiques sectorielles, coordonner les initiatives entre les secteurs privé et public ou encore encourager le privé à être un moteur de la croissance économique.


Tels sont les objectifs fixés lors de la rencontre organisée la semaine dernière, par le Groupe Caisse de dépôt et de gestion (CDG), autour du thème «Transformation structurelle de l’économie marocaine, pour un développement global et durable».

Plusieurs experts internationaux y étaient, dont Élie Cohen, économiste et directeur de recherche au CNRS. Pour planter le décor, Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG, fait un constat général. Le Maroc souffre d’un problème de dynamisme entrepreneurial et de transformation structurelle de son économie.

L’état des lieux de la croissance économique du Maroc montre que nous sommes sur un trend de croissance autour de 3,5% et de 3% pour le monde agricole sur la dernière décennie, autrement dit, inférieurs de deux points par rapport à la moyenne des pays émergents.

Ce déficit de croissance est à combler durant la prochaine décennie. Aujourd’hui, l’enjeu majeur pour soutenir un développement durable et inclusif du Maroc consiste à pouvoir maintenir une croissance beaucoup plus élevée. Si nous voulons accélérer la croissance, il faudra accélérer la transformation structurelle avec plus d’industries, d’exportations, de diversification ou encore d’innovation.

Cela permettra d’alimenter les gains de productivité et de soutenir une croissance forte à long terme. À l’analyse des statistiques de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), la dynamique d’innovation des entreprises marocaines baisse, en plus d’avoir un niveau relativement faible.

Le dépôt de brevet a culminé, il y a cinq ans, à 300 brevets résidents par an dont la plupart sont déposés par des universités. En revanche, les entreprises déposent très peu de brevets. D’après les dernières données disponibles, le Maroc a déposé 200 brevets résidents dont à peine 20 par les entreprises. La Corée du Sud en compte 160.000, contre 8.000 en Turquie. Historiquement, le Maroc affiche 1% de gains de productivité sur la dernière décennie.

«Il faudra passer à au moins 2%, ne serait-ce que pour maintenir le taux de croissance actuel et aller vers 3%, si nous voulons accélérer de manière durable et forte la croissance. Changer de régime de productivité, à ce niveau-là, est un défi considérable qui suppose de changer la structure même de l’économie. D’où la question de la transformation structurelle et sa pertinence», explique Youssef Saâdani, directeur des études économiques à la CDG. L’analyse du positionnement du Maroc sur les espaces productifs montre que nous avons réalisé deux percées dans notre espace productif du fait de la politique industrielle, notamment dans l’automobile et l’aéronautique.

«La question est de savoir si nous serons capables d’élargir notre gamme de produits en intégrant les filières et en opérant sa diversification à partir de ces locomotives», s’interroge Saâdani. Qui dit transformation structurelle dit gain de productivité. Pour Élie Cohen, «Le Maroc ne peut pas avoir de stratégie de type Sud-Est asiatique, parce qu’il s’inscrit à l’articulation entre deux grands espaces économiques. Celui de l’Europe, qui est mature, et celui de l’Afrique, qui va connaître une belle dynamique.

Il faut donc penser à l’articulation des deux systèmes, c’est-à-dire appliquer les leçons tirées sur les modes d’insertion dans les chaînes de valeur européennes. Dans ce sens, les stratégies de nearshoring et d’outsourcing marocaines sont à cultiver et à développer. D’autre part, il faut bénéficier de la montée en puissance du continent africain. Avec, comme enjeu, le fait que le développement de la classe moyenne mondiale des trente prochaines années viendra essentiellement d’Afrique».

Comment impliquer le privé ?
Pour Abdellatif Zaghnoun, DG de la CDG, la transformation structurelle de l’économie marocaine pour un développement global et durable passe par la redirection des investissements vers des métiers mondiaux orientés à l’export, notamment l’aéronautique, l’offshoring, l’automobile, le tourisme ou encore la modernisation du secteur agricole. Cependant, des efforts restent à faire pour impliquer davantage le privé dans ce processus d’amélioration de la croissance économique.

Le Maroc doit donc prendre des initiatives pour attirer les opérateurs économiques dans des domaines comme l’agro-industrie, renforcer l’assise financière des PME/PMI qui ont un potentiel de croissance important, ou encore encourager les PME à intégrer les écosystèmes déjà en place (automobile, aéronautique, agro-industrie…). Avec 11% de la population qui travaille dans l’industrie, après un pic atteint dans les années 1990, le Maroc connaît un phénomène de désindustrialisation prématurée au lieu d’assister à un dynamisme entrepreneurial orienté à l’export et à la conquête de marchés à l’international.

La dynamique exportatrice est portée par des filières dominées par des opérateurs étrangers, avec très peu d’acteurs marocains (automobile, aéronautique, offshoring). Le nombre d’exportateurs à long terme est stagnant, contrairement aux pays dynamiques. Conséquence : à l’échelle macroéconomique, le Maroc affiche un déficit commercial structurel autour de 20% du PIB, avec un taux de couverture autour de 60% et une balance commerciale déséquilibré, hormis les services.

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco

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