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L’enquête finalisée en janvier malgré les embûches

Très attendue, l’enquête du Comité de veille sur les prix des carburants devra être finalisée en janvier. Plus de la moitié du chemin a été parcourue, et il ne reste plus que les petites entreprises à auditer. Le rapport permettra de confirmer ou d’infirmer officiellement l’existence d’entente entre les opérateurs. Quelques obstacles risquent de ralentir la mission de l’Exécutif. Même le lancement de la plateforme informatique des prix du carburant piétine. Seule une société a joué le jeu.

Deux ans après la libéralisation des prix des hydrocarbures, la pilule est difficile à avaler pour les consommateurs qui craignent le pire à cause des hausses prévisionnelles des cours du pétrole à l’international. Dans l’attente des résultats de l’enquête du comité de veille gouvernemental lancée il y a des mois, les pétroliers sont pointés du doigt. Le gouvernement est appelé à accélérer la cadence pour rendre publiques les conclusions de cette enquête, très attendue par les citoyens et les parlementaires. Les députés, rappelons-le, ont même créé une mission exploratoire temporaire sur l’évaluation de la détermination des prix de vente, la réalité et les conditions de concurrence au sein du secteur des hydrocarbures, et ne cessent d’interpeller le département de tutelle sur cette question.


Verdict très attendu
Visiblement, le travail des enquêteurs se heurterait à quelques réticences. Le ministre des Affaires générales et de la gouvernance Lahcen Daoudi se veut rassurant: «La finalisation de cette enquête est prévue en janvier». Pour le responsable gouvernemental, la procédure est longue car il faut vérifier tous les documents. «Certains rechignent à donner des rendez-vous. Mais, l’enquête avance. Il s’agit d’un travail très minutieux qui ne doit pas se faire dans la précipitation. On a fini au moins 50% des entreprises. Il reste les petites», souligne-t-il aux Inspirations ÉCO. Il ne reste donc plus que quelques semaines pour que le verdict sur les responsabilités des uns et des autres soit prononcé. Que faire en cas d’entente, d’autant plus que quasiment le même prix est affiché dans toutes les stations-services? Il est encore tôt pour formuler une telle accusation, de l’avis de Daoudi qui n’exclue pas cette possibilité. «Il se pourrait qu’il y ait entente. Mais il suffit qu’un leader fixe un prix pour que les autres le suivent et tournent autour de ce même prix. Il s’agit de la satellisation des prix», relève-t-il. Seul le rapport du comité permettra de jeter la lumière sur la véritable situation. Rappelons que le groupement des pétroliers rejette en bloc les accusations portant sur toute entente ou pratique anticoncurrentielle. Le gouvernement veut tirer au clair la situation et s’assurer de l’existence des conditions de concurrence loyale entre les distributeurs des hydrocarbures. L’Exécutif compte prendre les mesures qui s’imposent en cas de confirmation d’entente. À ce titre, le déblocage du Conseil de la concurrence, dont le mandat des membres est arrivé à terme il y a plus de trois ans, s’impose pour répondre notamment à la question de l’entente sur les prix. Il est, en effet, la seule autorité de concurrence au Maroc ayant pour mission de sanctionner les pratiques anticoncurrentielles.

Plateforme des prix : Les opérateurs réticents
Daoudi mise beaucoup sur l’information pour donner un coup de fouet à la concurrence dans le secteur. Cependant, la plateforme informatique permettant aux consommateurs de suivre l’évolution des prix pratiqués à la pompe, annoncée pour septembre dernier, n’a pas encore vu le jour. Deux causes sont à l’origine de ce retard. La première est d’ordre financier: le département des Affaires générales et de la gouvernance a en effet été confronté au manque de fonds pour la mise en place de cette application et a dû batailler auprès de la présidence du gouvernement pour débloquer le budget nécessaire. Mais une fois ce premier écueil passé, un autre frein ralentit actuellement le lancement de cette plateforme. Le système est déjà prêt, mais l’information manque cruellement. Seule une société a joué le jeu (il s’agit visiblement d’Afriquia). Les autres traînent les pieds. Comment le ministère des Affaires générales et de la gouvernance compte-t-il gérer cette épineuse problématique d’accès à l’information ? Pour le moment, on tente de comprendre les réticences de ces sociétés. Il pourrait s’agir d’un problème purement technique, d’après le responsable gouvernemental, qui ne veut pas émettre un jugement hâtif. Le gouvernement veut, à travers cette application informatique centralisée, accéder aux plateformes informatiques des sept sociétés des hydrocarbures pour permettre au citoyen de connaître les prix dans les différentes stations du Maroc (les provinces du Sud ne feront pas partie de cette plateforme).

Marge bénéficiaire élevée ?
Théoriquement, la concurrence fait baisser les prix. Cependant, cette théorie ne s’applique pas aux prix des carburants au Maroc. La marge bénéficiaire a été augmentée durant les premiers trois mois ayant suivi la libéralisation du secteur. Depuis cette date, cette marge ne change plus, malgré la hausse des cours de pétrole à l’international qui se répercute directement sur le consommateur. Dans certains cas, l’augmentation des bénéfices des sociétés a servi à l’investissement, mais dans d’autres, elle a plutôt alimenté les dividendes. «Si les bénéfices étaient dédiés à l’investissement permettant, ainsi, la promotion de l’économie marocaine en termes de création d’emplois et de projets, l’augmentation pourrait se justifier. Mais parfois, les bénéfices alimentent les dividendes. Et c’est là qu’il faut faire un travail minutieux: en poussant les sociétés à investir et à embaucher davantage», souligne Daoudi.

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