Éco-Business

Intelcia Group. Karim Bernoussi: “L’introduction en bourse n’est pas prévue dans le moyen terme“

Karim Bernoussi
PDG d’Intelcia Group

Avec la récente acquisition d’Unisono pour quelque 133 millions d’euros, Intelcia consacre un peu plus sa vocation d’acteur global. Présent quasiment dans les quatre coins du monde, le spécialiste de l’externationalisation de la relation client n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. D’autres acquisitions sont donc à prévoir, elles seront certainement financées par dettes … une IPO ne serait pas non plus à écarter. Entretien.      


Le choix de l’Espagne… Expliquez-nous la logique  de cette nouvelle acquisition?
Dans le cheminement du groupe, nous avons été, au cours de notre première décennie, un acteur national, puis nous sommes devenu un acteur régional à la fin de notre seconde décennie en entrant dans le top 5 des acteurs francophones majeurs. Notre ambition aujourd’hui est de nous transformer en acteur mondial. Pour y parvenir, nous travaillons sur deux axes importants : la diversification géographique et celle de nos métiers.

Si je commence par le second axe, nous avons lancé, il y a à peu près un an et demi, notre Intelcia IT Solution, qui nous permet d’adresser tout le volet IT au sein du groupe. Cette activité représentera notre relais de croissance dans les années futures. Dans notre second axe de développement (ndlr: la diversification géographique), nous avons une forte présence dans les pays francophone-France, Sénégal, Côte d’Ivoire, Ile Maurice-, nous avons ensuite investi le marché lusophone dans lequel nous occupons la seconde place avec près de 7.000 collaborateurs.

Enfin, nous nous sommes ouverts sur le marché US, il y a 18 mois. Nous produisons également aux Caraïbes, en Colombie et en Égypte. Pour devenir un acteur global, aujourd’hui, il faut aller sur de nouveaux marchés. Nous voulons nous développer sur le marché américain où nous étudions de nouvelles acquisitions. Nous voulons aller sur les marchés britannique, germanophone et néerlandophone dans lesquels il y a des clients importants pour nous permettre de devenir cet acteur global.  Lorsque nous avons commencé à étudier les opportunités, nous avons été sollicités, en avril dernier, dans le cadre d’un «process competitive» pour trouver un repreneur à Unisoo et nous avons postulé. Ensuite tout est allé très vite.

Et pourquoi Unisono ?
Nous cherchions un acteur important qui apporterait de la valeur ajoutée au groupe. Il s’agit d’une entreprise dont la diversification du portefeuille clients est importante et de qualité, avec une présence dans le secteur bancaire, de l’énergie… qui sont complémentaires aux nôtres. En plus de cela, elle dispose d’une équipe managériale de qualité. N’étant pas physiquement présents surplace, nous allons nous reposer sur cette équipe pour construire ce nouvel Intelcia.

Comment faites-vous pour dénicher ces «pépites»?
Nous avons, depuis deux ans, un directeur dédié aux Mergers and Acquisitions. Il dispose d’une feuille de route pour identifier les partenaires possibles, les tailles adéquates des entreprises à acquérir… Il se charge également d’entamer les premières discussions. Vous savez, il s’agit d’un travail de longue haleine. Nous avons raté une première opération depuis l’arrivée de notre directeur M&A pour des raisons de confiance par rapport à l’entité que nous voulions acheter mais nous avons pu concrétiser, plus tard, l’acquisition de cette entreprise espagnole.

Quels sont les prochains pays ou régions cibles ?
Effectivement, si nous voulons nous affirmer sur le marché américain, dans lequel nous avons une petite présence, il faut obligatoirement y grandir et cela ne passera que par des acquisitions. Cependant, le marché US reste assez compliqué pour y faire des acquisitions. Il faut que l’on puisse trouver un acteur avec lequel nous serons complémentaires et avec qui nous partageons les mêmes valeurs. Nos ambitions sont certes grandes, mais si nous arrivons à atteindre les 400 ou 500 millions d’euros sur ce marché, ça serait déjà une belle prouesse. Notre objectif principal est de réaliser les 1,5 Milliards d’euros en 2025, et cette ambition est toujours maintenue. Ceci passera par des acquisitions sur plusieurs marchés. Notre croissance organique nous permettra d’atteindre le 1 Milliard de chiffre d’affaires, mais pour réaliser notre objectif, nous procéderons certainement, au minimum, à deux  acquisitions conséquentes.

Alors, comment allez-vous financer cette croissance, et à quel prix ?
Nous avons aussi des actionnaires qui font confiance au développement d’Intelcia et nous pouvons toujours recourir aux crédits. En tout cas, et en ce qui concerne notre dernière acquisition, le financement a été réalisé à 100% par recours à l’endettement, sachant que l’opération a coûté plus de 133 millions d’euros.

Quid de l’introduction en Bourse ? A-t-elle définitivement été mise aux oubliettes ?
L’introduction en bourse n’est pas prévue dans le court/moyen terme, car la part d’Altice dans le chiffre d’affaires du groupe interne est encore importante. Pour sonder l’appétit du marché par rapport à notre entreprise, il faudrait baisser cette proportion à 25%, ce qui permettra à l’entreprise d’avoir une valeur plus intéressante sur le marché boursier.

Quelles opportunités la digitalisation offre-t-elle aux métiers d’Intelcia ?
Avec la crise sanitaire, la majorité des économies se sont mises à la digitalisation des services rendus aux communautés. Donc, plus les opérateurs se lancent dans la digitalisation, plus ceci représente des opportunités de croissance pour Intelcia. Pour le métier du CRM, ceci offre de l’activité supplémentaire, et ce, dans plusieurs secteurs. La digitalisation représente également une opportunité pour notre pôle IT Solutions. Donc, aujourd’hui, la digitalisation favorise la croissance de nos métiers de base.

Que vous apporte la présence à Casablanca Finance City ?
Notre présence à CFC nous procure certainement un bon nombre d’avantages. Cela nous permet d’être compétitifs en vue d’attirer plus de ressources humaines, compte tenu de notre dimension mondiale. 

Un acteur global qui emploie 35.000 collaborateurs

Au total, Intelcia emploie plus de 40 nationalités, tout en respectant la parité Hommes/Femmes, et ce, à tous les niveaux de responsabilité. L’enjeu, aujourd’hui, est d’internationaliser les équipes corporate. «Nous ne voulons pas être maroco-centrique, nous préférons être ouverts sur toutes les nationalités et honorer cette ambition, que nous avons, d’être un acteur global». En termes d’emplois, Intelcia emploie 2.300 collaborateurs en France, 7.000 en Espagne, 9.000 au Maroc, 9. 200 au Sénégal, 1.000 en Côte d’Ivoire, 1.000 au Cameroun, 1.500 à Madagascar, 600 à Maurice…

Intelcia dans 10 ans

Pour Karim Bernoussi, Intelcia dépassera les 100.000 collaborateurs dans les 10 prochaines années. «Pour moi, l’enjeu principal est qu’Intelcia garde son ADN d’acteur global. Un acteur proche de sa communauté et de ses implantations où qu’elles soient». Le groupe devrait aussi continuer à améliorer l’employabilité des personnes et toujours apporter de nouvelles opportunités en termes de formation pour adresser de nouveaux marchés. «Il est aussi important d’avoir des clients mondiaux, tels que Google Microsoft…  là où Intelcia est implanté, ceci confirmera davantage la réussite de notre globalisation», estime-t-il, affirmant que l’ambition est également de contribuer au rayonnement du Maroc à l’international.

Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations ÉCO

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page