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Inflation : le front social gronde

Trois centrales syndicales ont appelé à une grève nationale dans le secteur public, le 20 juin. Motif : protester contre la hausse des prix alors que l’Exécutif tente de contenir le front social qui gronde.

L’inflation, née de la crise sanitaire et de la guerre russo-ukrainienne, n’épargne quasiment aucun ménage au Maroc. Alors que les prix ne cessent de flamber, les produits de base deviennent de plus en plus inaccessibles pour de nombreuses bourses.


En protestation contre ces hausses inédites, trois centrales syndicales ont appelé à une grève nationale dans le secteur public, le 20 juin, notamment dans les établissements publics, les collectivités territoriales et dans le secteur du transport et de la logistique. Elles demandent principalement au gouvernement de trouver des solutions à l’augmentation brutale des denrées de première nécessité.

«La décision de déclencher une grève a été prise après une longue réflexion sur la situation matérielle de nos concitoyens», explique Mustapha Mrizak.

Si le secrétaire général de la Fédération des syndicats démocratiques (FSD) dit «comprendre» les contraintes du gouvernement quant à la difficulté de satisfaire certaines demandes, il n’en appelle pas moins l’Exécutif à prendre des mesures fortes pour apaiser les souffrances des ménages dans le contexte actuel de forte inflation.

Dans un communiqué conjoint, rendu public la semaine dernière, les trois organismes regrettent que la politique actuelle -au lieu de permettre de préserver les acquis de la classe ouvrière et son droit à un niveau de vie décent- affaiblisse en réalité le pouvoir d’achat des Marocains et porte atteinte à la stabilité sociale.

La CGT, l’ODT et la FSD demandent au gouvernement de mettre fin à cette situation en indexant les salaires et les indemnités de retraite sur le taux d’inflation national. Autrement dit, estime Mrizak, «le gouvernement doit prendre ses responsabilités». Pourtant, au vu des dispositifs actionnés pour atténuer les effets de la crise, il est objectivement difficile d’affirmer que le gouvernement n’a rien fait pour venir en aide aux ménages.

Colmater la brèche du front social

La dernière mesure phare en date remonte au jeudi 9 juin. Réuni ce jour-là sous la présidence d’Aziz Akhannouch, le Conseil de la concurrence a adopté le projet de décret n°2.22.410 portant ouverture de crédits supplémentaires au profit du budget de fonctionnement-charges communes.

Ce texte, visant à accompagner la dynamique du marché mondial des produits subventionnés durant les cinq premiers mois de l’année, a pour objectif de poursuivre la politique du gouvernement dans la protection du pouvoir d’achat des citoyens, via le maintien du prix de vente du gaz butane au niveau national et de garantir la stabilité des prix du sucre.

Ces actions ont engendré un dépassement conséquent des charges de compensation comparativement avec les crédits ouverts au titre de la loi de Finances 2022. C’est dans ce sens que le gouvernement a décidé de recourir à l’ouverture de crédits supplémentaires d’un montant de 16 MMDH. Un coup de pouce bienvenu qui vient s’ajouter à la panoplie de mesures prises par l’Exécutif ces derniers mois.

Des hausses plus importantes à venir

Sauf que la hausse des prix n’est pas prête de s’arrêter. Ainsi, une nouvelle augmentation des tarifs des carburants est prévue incessamment. Dans une déclaration à «Le Site info», un professionnel du secteur a récemment indiqué que les coûts de l’essence et du gasoil vont augmenter de 30 centimes à partir de la semaine prochaine.

«Les prix des carburants aux stations-service vont toutefois connaitre des variations selon les villes et selon le distributeur», explique la source. L’essence coûtera environ 17,40 dirhams et le gasoil vers les 15,20 dirhams. Si on prend en compte les données compilées par le Haut-commissariat au plan pour le mois d’avril, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 5,9% au cours du mois d’avril 2022 (comparé au même mois de l’année précédente).

Cette évolution est la résultante de la hausse de l’indice des produits alimentaires (+9,1%) et de celle des produits non alimentaires (+3,7%). Pour ces derniers, les variations vont d’une stagnation pour la «Santé» à une hausse de 12,4% pour le «Transport».

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux aux tarifs administrés, aurait connu en avril une hausse de 0,8% par rapport à mars 2022 et de 4,4% par rapport à avril 2021. Maigre «consolation» pour les ménages, la flambée des prix ne concerne pas seulement le Maroc.

Même chez la première puissance économique mondiale, les prix à la consommation ont repris leur escalade en mai, battant un nouveau record en 40 ans ! Le président américain, Joe Biden, a appelé à faire plus, et plus vite, pour maîtriser cette forte inflation.

Les prix ont ainsi bondi de 8,6% sur un an aux États-Unis, contre 8,3% le mois dernier, selon l’indice des prix à la consommation (CPI) publié vendredi par le département du Travail. La hausse atteint 1,0% sur un mois après +0,3% en avril. En somme, aucun pays n’est vraiment épargné

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO


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