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Fintech : ce qui manque à son développement

L’effervescence autour des fintechs et du paiement mobile d’il y a quelques années semble aujourd’hui atténuée. Une impression que réfutent les différents acteurs du secteur financier au Maroc et présents au webinaire organisé par l’Institut CDG et 212 Founders sous le thème «Quel avenir pour les startups Fintech au Maroc ?».

Une chose est sûre, la fintech au Maroc en est encore à ses premiers balbutiements. Elle est encore loin des innombrables avancées mondiales financières. Cependant, l’engouement pour la digitalisation est de plus en plus palpable avec des projets de plus en plus innovants. La fintech suscite en effet un intérêt croissant, que ce soit de la part des institutions publiques, des organisations internationales ou des entreprises.


Dans ce sens, les régulateurs font preuve d’une grande volonté pour accompagner cette nouvelle industrie. «Nous pouvons constater qu’un énorme travail a été accompli dans ce sens. Nous avons un gouverneur très actif qui a su insuffler toute la dynamique qu’il faut pour l’émergence de la fintech.

Au niveau réglementation, il y a certes quelques points à revoir et à perfectionner comme partout dans le monde, mais il ne faut pas oublier que nous sommes encore dans les premières années d’application. Mais je peux dire que nous disposons actuellement de tous les outils nécessaires. Preuve en est les partenariats et les collaborations entre banques et opérateurs qui pullulent», affirme Abdeslam Alaoui, CEO d’HPS.

En effet, l’introduction des services financiers innovants a réussi à mettre le défi réglementaire en perspective. La Banque centrale a, dans ce sens, adopté une nouvelle loi bancaire (Loi 103-12) introduisant deux concepts indispensables pour que la fintech au Maroc ait un avenir : le concept de l’Établissement de paiement et celui d’Agent de paiement.

«La réglementation au Maroc est de bonne qualité», assure Jean Michel Huet, associé chez Bearing Point. Il note par ailleurs, qu’il y a eu une vraie volonté de l’ANRT et la Banque centrale afin de constituer une place de marché pour soutenir une plateforme unique autour du paiement mobile et de permettre à différents acteurs (télécoms, banques, facturiers, commerçants, et même l’état).

Ces derniers pourraient s’agréger autour de cette plateforme et ainsi proposer une offre en lien avec chacun son positionnement. «Certaines banques qui ont un positionnement en inclusion financière s’adresseront plutôt au monde rural, quand d’autres vont peut-être considérer les services à valeur ajoutée additionnelle pour leur clientèle et les fidéliser», précise-t-il. Créée pour aider les consommateurs à se détacher du cash et à évoluer vers des services financiers numériques, la fintech semble, à tort, souvent associée au paiement mobile.

«La fintech est beaucoup plus une extension, un moyen de distribution, de services financiers là où les banques ne peuvent pas offrir ou n’arrivent pas à offrir de manière optimale», commente Abdeslam Alaoui.

Pour lui, la fintech apporte plus d’agilité et de renouveau dans les modes de paiement certes, mais surtout dans la relation client, la gestion du risque, la répression des fraudes, ainsi que la fidélisation. «Il faut savoir que le paiement mobile dans le domaine de la finance n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il y a plusieurs opportunités et de segments à investir, en Bourse et en gestion d’actifs notamment, comme dans la création des moteurs de placement d’OPCVM ou d’action…», présente Abdelhakim Agoumi, directeur du pôle services à la clientèle et canaux alternatifs chez CIH Bank.

Dans ce sens, tout semble au point pour l’émergence de la fintech au maroc. «Je pense que la combinaison de l’aspect réglementaire des établissements de paiement et d’un cadre d’openbanking formerait un terreau idoine pour accélérer l’émergence de la fintech», soutient Abdeslam Alaoui. Même s’il déplore le manque d’esprit d’entrepreneuriat chez les jeunes Marocains.

Pour lui, c’est le plus grand frein au développement de cette nouvelle industrie. Un frein bien plus important que la réglementation ou l’accès au financement. «L’environnement bancaire et financier est très favorable pour l’émergence de fintechs, de stratups et PME qui n’étaient pas positionnées sur ce secteur et qui peuvent l’être dans l’avenir», lance Yassine Regragui, expert en fintech et ancien cadre dirigeant d’Alipay en Chine.

La fintech offrirait d’ailleurs plusieurs opportunités. «Elle n’est pas forcément une solution de paiement, mais plus une extension vers d’autres solutions numériques. Les champions ne devraient d’ailleurs pas forcément se positionner sur toute la chaîne de valeurs, mais se spécialiser dans un seul maillon de la chaîne afin de développer une expertise particulière», commente le CEO d’HPS. Et comme l’a si bien dit, Jean Michel Huet, la fintech «bien sûr, c’est de la technologie, c’est des entreprises, c’est de l’innovation, ce sont des usages, mais aussi du business». Autant dire, que la fintech au Maroc a encore de beaux jours devant elle.

Aida Lo / Les Inspirations Éco

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