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Fès-Meknès. Entretien avec Mohamed Aziz Lahlou, Président de l’Université privée de Fès

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Comment présenteriez-vous la vocation et les priorités de l’Université Privée de Fès ?
L’Université privée de Fès (UPF) a été créée en 2006, en tant qu’établissement d’enseignement supérieur privé. Elle a été promue au statut d’université privée en 2013 et labellisée en tant qu’Université reconnue par l’Etat, délivrant des diplômes d’Etat depuis 2018. Elle propose une vingtaine de filières offrant des formations d’excellence dans les domaines prometteurs de l’ingénierie, du management et la finance, des métiers du bâtiment, de l’architecture d’intérieur, etc. L’UPF inscrit dans ses missions fondamentales de formation et de recherche, le rapprochement des disciplines et le déploiement de formations participant à la construction d’une société qui valorise la réflexion, l’ouverture, l’interdisciplinarité et l’innovation. Pour cela, l’Université met en œuvre ses objectifs en cohérence avec sa stratégie de développement touchant à la formation, la recherche, la vie étudiante, le rayonnement à l’international, la gouvernance, etc.

Nous avons fait le choix stratégique d’une taille maîtrisable adaptée au contexte régional et qui évite la confusion entre l’ampleur des moyens utilisés et la certitude de l’efficience, de l’efficacité et de l’effectivité. Notre stratégie se concrétise aussi par une démarche visant à conforter notre engagement dans la voie de la modernité, de la recherche de l’excellence à la fois sur les plans éducatif, culturel, scientifique, technologique et entrepreneurial. Cette démarche consiste à s’adapter à la nouvelle configuration mondiale, à revoir nos démarches et approches en quête de la qualité des biens et services, et à se projeter dans l’avenir tout en ralliant performance et crédibilité. Elle permettra de répondre aux grands enjeux sociétaux du 21ème siècle en termes de préparation des jeunes générations à un marché de l’emploi en pleine mutation : pédagogie adaptée aux étudiants «digital native», connaissances disciplinaires profondes, compétences humaines indispensables à une carrière réussie, multilinguisme, autonomie, capacité de rebond, prise d’initiative, créativité, innovation, esprit critique,…


Justement, comment l’UPF concilie cette dimension à celle du territoire et du marché ?
Nous veillons sur l’équilibre entre l’ancrage de notre université dans son territoire et l’aspiration au rayonnement international. L’UPF multiplie les contacts avec tous les acteurs du monde académique et professionnel et mène des partenariats étroits avec toutes les universités marocaines. À l’international, plusieurs liens de coopération ont été tissés. Ces conventions de coopération permettent la mobilité des enseignants et des étudiants et la mise en place de programmes de double diplomation pour certaines filières.

Par ailleurs, l’UPF s’engage dans le développement d’une activité de recherche pour être pleinement intégrée dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche aux niveaux national et international. Les premiers résultats probants dans ce cadre, ont été le financement par le CNRST de projets de recherche dans le cadre d’appels à projets, l’organisation de plusieurs manifestations scientifiques au sein de l’UPF et la participation de nos enseignants chercheurs à des manifestations scientifiques nationales et internationales, ayant permis la publication des résultats de recherches scientifiques effectuées au sein de l’UPF dans des revues scientifiques indexées. La stratégie de développement de l’UPF inclut également dans son programme d’action, la dimension environnementale. L’UPF déploie un ambitieux programme de développement durable et de responsabilité sociétale basé sur la gestion du transport, de l’eau, de l’énergie et des déchets et sur l’intégration des principes du développement durable dans les formations dispensées.

L’enseignement supérieur privé est complémentaire du secteur public. Comment évaluez-vous le partenariat stratégique entre ces deux segments ?
Dans son rapport «Vision stratégique de la réforme 2015-2030», le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique a bien défini le rôle de l’université, et de l’école plus globalement, comme pilier principal du projet sociétal marocain et de la réussite des projets de développement nationaux, depuis le début du troisième millénaire. Le même rapport préconise que le secteur privé soit un partenaire de l’enseignement public dans la généralisation et la réalisation de l’équité. Il constitue, de ce fait, une composante du système et une partie prenante aux efforts de généralisation globale et équitable de l’enseignement et l’amélioration de la qualité et la diversification de l’offre.

L’UPF assume pleinement son rôle par son omniprésence au sein de la Conférence des présidents d’universités, laquelle regroupe les 12 universités publiques et les 10 universités partenaires, et en participant activement à l’élaboration de propositions et de résolutions sur les différents aspects du système. L’UPF est engagée dans des actions stratégiques durables œuvrant pour une «université renouvelée», élaborées dans le contexte général des transformations politiques et socio-économiques que connaît notre pays, menés dans le cadre des directives et orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Investir au Maroc dans l’enseignement supérieur privé est un grand défi … Comment l’avez-vous relevé ?
Absolument, et contrairement à toute attente, le secteur de l’enseignement supérieur privé n’est pas très développé au Maroc comparé à d’autres pays de niveaux économiques comparables. La participation de l’enseignement supérieur privé au Maroc reste encore modeste. Ses effectifs d’étudiants restent très limités et ne dépassent pas 5,5% de l’effectif global des étudiants de l’enseignement supérieur. Toutefois, les établissements, aussi bien publics que privés, sont soumis aux mêmes normes et standards de qualité. Le processus d’accréditation des filières de formation s’appuie sur les mêmes normes pédagogiques nationales. Le département de tutelle opère, depuis 2017, un suivi de la qualité des prestations pédagogiques à travers l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (ANEAQ), qui est une agence indépendante. L’évaluation-accréditation, périodique, de la qualité des programmes est menée par les experts de cette agence en se référant aux normes pédagogiques nationales relatives à chaque type de diplôme. C’est vous dire que les exigences de qualité auxquelles nous sommes tenus de répondre sont pointues, mais nous approuvons les par ailleurs.

Comment votre stratégie tend-elle à servir le besoin de développer davantage le segment de l’enseignement supérieur privé ?
L’UPF cherche à se développer et se positionner en tant qu’acteur dans l’espace d’enseignement et de recherche marocain, non pas dans une logique de concurrence, mais comme composante complémentaire travaillant en synergie avec toutes les universités et les institutions. Pour ce faire, nous mettons tout en œuvre pour réussir les missions pédagogiques et scientifiques qui nous incombent, en améliorant l’articulation «formation-recherche-professionnalisation», et en augmentant la «lisibilité» de nos formations. La stratégie de formation que nous adoptons vise d’atteindre l’excellence et d’améliorer les rendements internes et externes de notre système.

Ceci, en tenant compte de toutes les dispositions requises allant de la refonte de l’architecture pédagogique, de la diversification des langues d’enseignement, à la réussite des étudiants par un système d’orientation efficient et des formations en adéquation avec la demande du marché de l’emploi. Pour la recherche scientifique, l’une des priorités de notre stratégie de développement, nous œuvrons à travers des actions concrètes à la valorisation de nos travaux de recherche pour répondre aux besoins avérés de notre environnement. Dans le cadre de son plan de développement stratégique 2025 «UPF25», l’UPF s’engage dans l’extension de son campus d’une capacité supplémentaire de 7.500 m². Ce projet d’extension, dont l’achèvement est prévu en avril 2022, mobilisera un investissement de plus de 70 MDH. Il ramènera la superficie totale construite sur le campus Quaraouiyine à 20.000 m². Ce projet d’extension comprendra entre autres un centre de recherche, développement, expertise et innovation de 1.600 m², au niveau duquel s’implantera le Centre d’excellence sur les batteries CEB@UPF, avec le Professeur Rachid Yazami, qui a été nommé Professeur associé et Président du Conseil scientifique de l’UPF.

Vous optez pour des programmes et des cursus de formations modernes, avec un corps d’enseignement qualifié. Au regard de tous ces moyens mobilisés, quelles opportunités s’offrent à vos lauréats ?
La stratégie de formation que nous adoptons vise à atteindre l’excellence et d’améliorer les rendements internes et externes de notre système, ce qui nous a amené à repenser l’ensemble de notre dispositif de formation. Nous assurons donc une offre de formation avec des parcours et des référentiels de compétence clairs et compréhensibles, une organisation pédagogique et une mutualisation de l’ingénierie pédagogique permettant de répondre aux grands enjeux sociétaux du 21ème siècle en termes de préparation des jeunes générations à un marché de l’emploi en pleine mutation, une réussite de carrière pour nos lauréats en développant les compétences humaines «soft-skills» et «life-skills» indispensables telles que le multilinguisme, l’autonomie, la capacité de rebond, la prise d’initiative, la créativité, l’innovation et l’esprit critique.

Pour ce faire, nous adaptons notre offre de formation de manière générale, pour la faire sortir des sentiers battus des disciplines classiques cloisonnées et aller vers des cursus de formation innovants, transversaux, et polyvalents. In fine, notre capacité à insérer nos lauréats dans le marché du travail et leur offrir le maximum d’opportunités pour réussir leurs projets professionnels, représente l’un des indicateurs de performance les plus importants à notre avis. Tout en réalisant un taux d’insertion de 80% de nos lauréats, six mois après la diplomation, nous avons mis en place un programme d’accompagnement pour l’insertion professionnelle et le renforcement de l’employabilité, et aussi une structure de suivi de l’insertion des lauréats de l’université. S’y ajoutent les efforts déployés pour un meilleur rapprochement avec le secteur professionnel à travers l’organisation des forums universités-entreprises et des journées des métiers qui sont des rendez-vous annuels dans les différentes composantes de l’université.

Comment l’UPF prend-elle en compte l’évolution technologique et de la digitalisation dans le système d’enseignement ?
Dans un monde qui s’interroge face aux enjeux induits par les plateformes numériques, mais aussi la robotisation, la réalité augmentée, l’intelligence artificielle… l’enseignement supérieur doit jouer la carte d’un enseignement qui ne soit pas uniquement utilitaire, mais qui accompagne les apprenants, qui forme et invite à la réflexion. Ainsi, les institutions d’enseignement supérieur se doivent d’adapter leurs modèles afin de tirer parti des potentialités du numérique, pour accroître la qualité de leurs modèles pédagogiques et surtout l’insertion professionnelle de leurs lauréats. Les nouvelles générations d’étudiants que nous recevons à l’UPF ont été bercées par le numérique. Ces jeunes attendent que l’université soit plus flexible, mieux adaptée aux nouvelles technologies et surtout plus accessible pour tous à travers des bibliothèques numériques, des cours disponibles en ligne, des contenus numérisés libres d’accès. Les réseaux sociaux doivent également jouer un rôle central dans les cursus d’études et permettre la mise en place d’un enseignement participatif et collaboratif et d’un suivi réel entre les différentes promotions.

Au sein de l’UPF, nous nous sommes adaptés à cette nouvelle donne et nous offrons à nos étudiants des environnements numériques de travails adéquats répondant à leurs besoins spécifiques. Notre stratégie consiste aussi à préparer aux métiers de l’ère numérique grâce à une prise de conscience du besoin de développement des compétences nouvelles et à une meilleure orientation des effectifs vers les formations les plus performantes sur le plan économique et social pour un meilleur accompagnement de l’insertion professionnelle. La révolution numérique ne doit pas non plus écarter l’université de ses fondamentaux consistant au développement de l’esprit de recherche, à la transmission d’une culture générale, à l’acquisition d’outils d’analyse, etc. Ils sont autant de compléments indispensables aux compétences techniques et professionnelles spécialisées de l’ère digitale.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations éco Docs

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