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Entrepreneuriat. Hicham Zanati Serghini : “Les premiers résultats du programme Intelaka sont à la hauteur”

Hicham Zanati Serghini. Directeur général de la CCG

L’État et les opérateurs privés n’ont pas lésiné sur les moyens pour le développement de l’entrepreneuriat, quelle est votre lecture de ces différentes initiatives ?
Nous avons pu assister à une mobilisation massive, immédiate et disons-le, inédite, pour faire face à cette crise sanitaire sans précédent qui est celle de la Covid 19. Les pouvoirs publics, les opérateurs privés et l’ensemble des parties prenantes ont en effet travaillé de concert pour apporter des solutions rapides et globales, à même d’absorber le choc économique engendré par la pandémie. Le premier défi, de taille, était de soutenir les entreprises et de les accompagner pour un faire face aux conséquences, notamment sur leur trésorerie, de la baisse voire de leur niveau d’activité. Très rapidement, et dans le cadre de la mise en œuvre des mesures décidées par le Comité de Veille Economique (CVE), la CCG a tout d’abord déployé rapidement le mécanisme de garantie Damane Oxygène. Principalement destinés à faire face aux charges courantes, les crédits garantis par Damane Oxygène n’exigeaient aucune sûreté et pouvaient atteindre 20 MDH. Ce fut une vraie bouffée d’oxygène pour les TPME dont la trésorerie s’est particulièrement dégradée en période de confinement. Ce mécanisme de garantie exceptionnel permettait de couvrir 95% du montant du crédit consenti à un taux jamais appliqué auparavant, dénotant d’un engagement sans faille de l’État et des banques. Celles-ci ont mis en place, très vite, des découverts exceptionnels pour financer les nouveaux besoins en fonds de roulement des entreprises cibles. Passés les trois premiers mois de crise sanitaire, il a fallu préparer la reprise de l’activité des entreprises. C’est ainsi qu’à partir de la mi-juin, et toujours dans le cadre des mesures prises par le CVE, la CCG a déployé deux nouveaux mécanismes de garantie, à savoir Relance TPE et Damane Relance. Ces produits avaient pour rôle d’assurer un retour progressif à une activité normale. Globalement, l’appui de l’État, conjugué aux efforts des banques, a été au rendez-vous. Nous avons pu enregistrer, au 31 décembre 2020, plus 86.000 opérations de garantie couvrant 53 MMDH de crédits bancaires, consentis en faveur de près de 66.200 entreprises.


Est-ce que l’entrepreneuriat a été affecté par la crise sanitaire et dans quelle mesure ?
Effectivement, cette crise sanitaire a constitué une épreuve sans précédent pour le tissu entrepreneurial marocain. N’oublions pas que certains secteurs ont subi un arrêt total de leur activité en raison de la pandémie. Et je donne à titre d’exemple le secteur touristique, celui du transport aérien ou encore celui de la restauration. Mais la réponse de l’État a été tout aussi forte face aux difficultés rencontrées. Pour les pouvoirs publics, outre la préservation de la santé des citoyens, le soutien aux entreprises impactées par la crise était également l’une de leurs principales priorités. Je souhaiterai ajouter qu’au fil du déroulement de l’activité de soutien aux entreprises, les offres de garantie mis en place par l’État se sont vues élargies, voire adaptées à certains secteurs d’activités, plus touchés que d’autres par la pandémie. On parle notamment de tout l’écosystème touristique, du secteur du BTP, de celui de l’évènementiel ainsi que d’autres secteurs sans oublier les entreprises publiques pour lesquelles un fonds de garantie dédié a été mis en place.

Quel est votre bilan du programme Intelaka ?
Les premiers résultats du programme Intelaka sont tout à fait à la hauteur des efforts consentis. Ce programme initié en application des Hautes Directives Royales a su s’imposer et s’ancrer, et ce malgré un contexte de crise. Après un très bon démarrage suite à son lancement en février 2020, les activités du programme ont été fortement impactées et ce, tout au long du second trimestre de l’année précédente. Dès la levée progressive des mesures de confinement, le dispositif Intelaka a commencé à enregistrer, à partir du mois de juillet, un retour progressif à la normale, enregistrant un trend haussier de la production à partir de septembre dernier. Au 31 décembre 2020, le nombre de crédits bancaires garantis par les produits Intelaka a atteint plus de 15.000, pour un nombre d’entreprises financées de près de 12.500 et un volume de crédits de l’ordre de 2,8 MMDH. Majoritairement destinés à l’investissement, les crédits garantis ont principalement profité aux secteurs du commerce et de la distribution (30%), de l’agriculture (21%), suivis des secteurs de l’industrie (14%) et des services (12%), avec un nombre d’emplois devant être créés de près de 39.000. Je voudrais rappeler à ce propos que le programme Intelaka, ambitionne de créer une réelle dynamique à travers la mise en place d’une offre améliorée et orientée davantage vers les TPE nouvellement créées (moins de 5 ans). Le programme s’est assigné comme objectif d’accompagner une moyenne de 13.500 entreprises additionnelles annuellement et la création de 27.000 nouveaux emplois sur les trois prochaines années. Ce premier bilan, en dépit de la crise sanitaire que nous traversons, est exceptionnel et augure d’un potentiel important pour le financement de cette catégorie d’entreprises.

Comment soutenez-vous les porteurs de projets innovants ?
L’innovation est un sujet on ne peut plus d’actualité, et encore davantage depuis l’apparition de la pandémie de la Covid 19 et ses conséquences, notamment, sur les activités humaines. Cette crise sanitaire a pu révéler le potentiel énorme de nos entreprises, les startups plus particulièrement, notamment dans le domaine de la santé. Nous avons pu assister durant cette période à la concrétisation d’un grand nombre de projets proposant, entre autres, des solutions digitales innovantes aux problématiques de prise en charge des patients ou encore celles liées à la pratique des professionnels de la santé, voire même de nouvelles solutions dans le domaine de la logistique. Ce foisonnement de projets a pu être capté par des initiatives de l’État visant la promotion de l’innovation et l’encouragement de la production locale. Dans ce cadre, la CCG continue de son côté d’œuvrer pour apporter des solutions de financement innovantes, permettant l’inclusion des start-up, et ce via les différentes offres du Fonds Innov Invest (FII). Il convient de rappeler que cette initiative publique, lancée fin 2017, offre de réelles opportunités en termes d’appui et de financement, principalement pour les stades précoces de pré-amorçage et d’amorçage. Consciente de l’importance de l’accompagnement des porteurs de projets innovants à ces étapes de leur cycle de vie, la CCG a labélisé 16 structures d’accompagnement. Celles-ci assurent, grâce aux outils de financement mis en place par la CCG, le financement des premiers stades de lancement de ce type de projets et ce, sous forme de primes à l’innovation «Innov Idea» ou de prêts d’honneur «Innov Start». Pour les entreprises innovantes se trouvant à des stades plus avancés et nécessitant principalement des interventions en equity, la CCG, en partenariat avec d’autres investisseurs institutionnels et privés, a structuré trois fonds de capital risque, actuellement en activité et qui sont «Azur Innovation Fund», «Seaf Morocco Growth Fund» et «Maroc Numeric Fund II». Si l’objectif assigné au Fonds Innov Invest est de financer, à fin 2022, 300 startups, force est de constater que cet objectif est déjà dépassé puisque le nombre de bénéficiaires est déjà de 304 startups.

Comment raviver la flamme de l’entrepreneuriat marocain ?
Il va sans dire que la crise induite par la Covid-19 a eu de fortes conséquences perturbatrices pour le tissu entrepreneurial notamment pour les TPE et PME, non seulement au Maroc mais chez tous les autres pays. La grande majorité de ces entreprises ont connu un ralentissement sans précédent de leurs activités et une dégradation majeure de leurs fondamentaux. Ceci étant dit, il faudrait mentionner qu’à l’échelle nationale, la réponse à la crise ne s’est pas fait attendre. Elle a même été immédiate et massive à travers une batterie de dispositifs exceptionnels décidés dans le cadre du CVE. Au niveau de la CCG, nous poursuivons sans relâche nos efforts aux côtés des banques et d’autres partenaires, pour assurer un financement optimum et adéquat aux besoins des entreprises. D’ailleurs, et dans le but d’assurer les conditions d’une meilleure reprise économique, le CVE a décidé de proroger jusqu’au 31 mars 2021, la date limite d’octroi des crédits Damane Relance et Relance TPE. Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs poursuivent leur mobilisation pour contribuer à la redynamisation de l’économie du pays. La CCG s’appuiera sur l’ensemble de ses instruments existants et ceux à venir, avec ses partenaires, pour soutenir l’entreprenariat national. L’entrepreneuriat reste et demeure au cœur de nos préoccupations.

«Damane Oxygène»

Ce nouveau produit de garantie vise la mobilisation des ressources de financement en faveur des entreprises dont la trésorerie s’est dégradée à cause de la baisse de leur activité. Il couvre 95% du montant du crédit et permet ainsi aux banques de mettre en place rapidement des découverts exceptionnels pour financer le besoin en fonds de roulement des entreprises cibles. Destiné à titre principal au tissu des TPME impactées par la crise (chiffre d’affaires ne dépassant pas 200 MDH). Les entreprises de taille intermédiaire réalisant un chiffre d’affaires entre 200 et 500 MDH et dont l’activité a été impactée par la crise, peuvent également bénéficier de ce produit de garantie.

«Damane Relance»

Déployé en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 10 MDH, a profité à 4.427 entreprises. Ce mécanisme a ainsi couvert un volume de crédits de près de 20 MMDH, pour des engagements de 17,4 MMDH. Déployé en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 10 MDH. Le montant du crédit garanti est fixé à 1,5 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises du secteur industriel, et à 1 mois de chiffre d’affaires pour les entreprises relevant des autres secteurs. La quotité de garantie de ce nouveau mécanisme varie de 80 à 90%. À noter que les crédits garantis doivent être destinés, à au moins 50% de leur montant, au règlement des fournisseurs, favorisant ainsi un financement interentreprises.

«Relance TPE»

Destiné à garantir les prêts des TPE réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 10 MDH, Relance TPE a bénéficié à pas moins de 10.756 entreprises, totalisant 2,4 MMDH de crédits consentis, pour un volume d’engagement de 2,3 MMDH. Est conçu en faveur des très petites entreprises (TPE), y compris les commerçants, artisans, coopératives et professions libérales. Il est destiné à garantir, à hauteur de 95%, les prêts des entreprises réalisant un chiffre d’affaires ne dépassant pas 10 MDH. Sans sûretés exigées, cette ligne de financement est plafonnée à 10% du chiffre d’affaires avec un minimum de 10.000 DH. La quotité de garantie de ce nouveau mécanisme varie de 80 à 90%. A noter que les crédits garantis doivent être destinés, à au moins 50% de leur montant, au règlement des fournisseurs, favorisant ainsi un financement interentreprises.

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