Éco-Business

Entrepreneuriat. Adnane Addioui: « très peu de programmes en dehors de l’axe Rabat-Casa »

Adnane Addioui. Président du Centre marocain pour l’innovation et l’entrepreneuriat social (MCISE)

Comment jugez-vous les différentes initiatives mises en place pour promouvoir l’entrepreneuriat ?
Mis à part les effets d’annonces et les programmes ponctuels, il existe encore très peu de programmes dans ce sens, en dehors de l’axe Rabat-Casablanca. Certains acteurs tels que l’Initiative nationale de développement humain (INDH) ou certains centres régionaux d’investissement (CRI) ont lancé leurs programmes, mais ceci reste encore relativement faible par rapport au besoin national. Ces initiatives sont prometteuses et témoignent d’une conscience quant à l’importance de l’entrepreneuriat. Nous ne pouvons que les saluer. Mais pour qu’elles soient efficaces, il faudra adopter des programmes innovants et mobiliser les ressources nécessaires, mettre en place des lois et un cadre juridique pour soutenir le développement de l’entrepreneuriat et, surtout, orienter ces incitations et initiatives vers l’entrepreneuriat innovant à fort impact et accompagner le mindset global.


Qu’en est-il du bilan du développement de l’entrepreneuriat au Maroc ?
Avec un taux de chômage à deux chiffres, il est clair qu’il faut multiplier les projets d’entrepreneuriat afin de multiplier les emplois. En 2020, un fonds d’appui au financement des entrepreneurs a été mis en place afin de soutenir le financement, qui constitue un des principaux freins pour les entreprises. Selon les dernières statistiques publiées par le Haut-commissariat au plan (HCP), 74% des entreprises rencontrent des difficultés de financement, ce qui impacte forcément le chômage puisque une entreprise en difficulté ne cherchera pas à recruter. C’est un cercle vicieux : tant qu’il n’y a pas un d’environnement sain pour l’épanouissement des entreprises, surtout les petites et les moyennes, il n’y aura pas de croissance économique considérable. Des initiatives ont été lancées, mais il y a un manque de cohérence de moyens et d’exécution, que ce soit dans le public ou dans le privé. On ne peut développer l’entrepreneuriat qu’avec de la dette, sans accompagnement et sans changement de mindset. La solution pour le Maroc est de pousser à l’innovation et à la création de valeur. Nous avons besoin d’un Plan Marshall ou d’une «Covid entrepreneuriale» pour créer un vrai choc.

Quelle est la valeur ajoutée de l’entrepreneuriat pour la croissance nationale ?
Au Maroc, il faut surtout encourager les jeunes à créer leur propre opportunité de travail : la promotion de l’entrepreneuriat est donc l’approche à suivre, elle joue un rôle majeur dans la création de valeur. Les réalités à Guelmim ne sont pas les mêmes qu’à Aïn Sebaâ ou à Tanger Med. On ne peut plus avoir une politique centralisée avec des outils qui ne suivent pas encore, les jeunes en veulent mais ils ont besoin d’orientation et de moyens.

Quelle est la valeur ajoutée de l’innovation dans le système entrepreneurial ?
Pour contrer la crise et relancer une économie, il faut miser sur l’entrepreneuriat et l’innovation qui sont les principaux moteurs de création de valeur dont a besoin une nation dans une conjoncture économique difficile. C’est aussi un mindset qui, en étant intégré à ces programmes, permet de gagner à travers un esprit d’amélioration continue et de favoriser la création de valeur. Ces programmes mettent l’accent sur l’innovation pour pousser plus loin le potentiel des jeunes entrepreneurs et leur apprendre à se différencier et améliorer leur mode de production ou leurs offres. En fin de compte, l’innovation est le moteur de tout projet qui a commencé par une simple idée et qui a connu un succès. Par ailleurs, même si on pense le contraire, il y a encore très peu de programmes qui encouragent l’innovation (sans compter Innov Invest de la Caisse centrale de garantie qui a déjà été d’un apport indéniable).

Quels sont les conseils du MCISE pour assurer un meilleur esprit d’entrepreneuriat au Maroc ?
Il faut adopter une pensée systémique pour promouvoir l’entrepreneuriat, intégrer tout un écosystème allant de l’école aux entreprises en passant par les administrations et l’arsenal juridique. Il est nécessaire d’introduire les programmes d’innovation et d’inspiration dès le plus jeune âge. La création de projets innovants sera une résultante de cette démarche. Introduire des matières d’entrepreneuriat dans le cycle scolaire pour toucher de plus en plus de jeunes et les sensibiliser à la résolution de problématiques par l’innovation qui vise à développer les compétences des jeunes en matière d’entrepreneuriat. C’est une approche que nous avons développé au sein du MCISE à travers son programme Tamkeen Initiative, qui d’ailleurs vient de clôturer sa 7e édition en janvier 2021. Sa mission consiste à transformer les lycées marocains en hubs d’innovation. Nous avons constaté une vraie prédisposition des jeunes à la vie entrepreneuriale, mais le chemin est encore long. La sensibilisation à l’importance de l’entrepreneuriat doit aussi se faire au niveau des acteurs publics et économiques pour qu’ils puissent faciliter la tâche aux futurs entrepreneurs. Une nouvelle génération d’entrepreneurs verra le jour, nous nous devons de leur préparer le terrain. Des actions ont été menées dans l’accompagnement et le financement des entrepreneurs, mais elles restent timides. Nous avons besoin de multiplier davantage ces actions afin de toucher toutes les régions du Maroc, cela contribuerait également à la création de l’emploi en dehors de l’axe Casablanca-Rabat. Le programme 1000fikra est national, le programme Qimam est destiné à la Région Casablanca-Settat. Il nous en faut davantage.

Sanae Raqui / Les Inspirations éco Docs

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