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Emploi : le retour à la situation d’avant-crise prévu en 2023

L’une des toutes premières indiscrétions qui ressort du rapport de l’Organisation internationale du travail, qui sera publié le 2 juin prochain, est que l’impact de la crise sanitaire sur le marché du travail continuera à persister au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine. Sont notamment concernés les pays qui ont enregistré une lourde récession économique l’année dernière comme la France, l’Italie, l’Espagne… et le Maroc.

L’Organisation internationale du travail (OIT) publiera le 2 juin prochain son rapport «Emploi et questions sociales dans le monde : tendances 2021», qui examine les effets de la pandémie de Covid-19 sur le marché mondial du travail et les perspectives de reprise.


Cette édition couvre en effet l’étendue et les conséquences de la perturbation du marché du travail causée par la crise, y compris les effets sur les inégalités, les travailleurs pauvres et l’emploi des jeunes, mais elle traite également des principes d’une stratégie de relance globale également centrée sur l’humain. Ainsi, l’une des toutes premières indiscrétions qui ressort de ce rapport est que l’impact de la crise sanitaire sur le marché du travail continuera à persister au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine.

Ce sera le cas notamment dans les pays qui ont enregistré une lourde récession économique l’année dernière, comme la France, l’Italie, l’Espagne… et le Maroc, pour ne citer que ceux-là dans la longue liste des nations foudroyées par la crise, faisant malheureusement la règle et non l’exception. Du coup, le retour à la situation d’avant-crise dans ces pays en matière d’emploi n’aura lieu qu’en 2023, selon l’OIT.

«L’investissement agit toujours avec un écart dans le temps»

Interpellé, l’économiste Ahmed Azirar explique que «les variables économiques n’agissent pas l’une sur l’autre instantanément. Cet agissement se fait dans le temps. C’est ainsi que l’investissement agit toujours avec un écart dans le temps : il faut investir et puis attendre un certain temps pour qu’il produise des effets». Et si généralement, l’investissement est orienté vers la capacité existante, poursuit l’expert, «en face, il se trouve que la machine démographique n’attend pas.

Il y a toujours l’arrivée de nouvelles bouches à nourrir et surtout de nouveaux diplômés qui viennent grossir le rang des demandeurs d’emploi.» Ahmed Roqai est lui plus direct : «La reprise commence à peine et les entreprises sont plutôt en période de convalescence. En plus, la solution sanitaire qui passe actuellement par la vaccination massive des populations ne s’est pas encore stabilisée. Tout cela fait que les entreprises sont frileuses à l’idée de recruter actuellement.»

D’énormes efforts consentis par le gouvernement et les organisations de travailleurs et d’employeurs

Pourtant, au Maroc, plusieurs initiatives ont été prises dès le début de la crise sanitaire pour stimuler l’économie et l’emploi. Il s’agit du soutien aux entreprise, aux emplois et aux revenus, de la protection des travailleurs sur leur lieu de travail ou encore du dialogue social pour trouver des solutions.

On se rappelle notamment qu’en matière de protection sociale, une indemnité forfaitaire mensuelle nette de 2.000 DH a été instituée au profit des salariés du secteur formel, qui continuaient également à bénéficier des prestations relatives à l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et aux allocations familiales.

Pour les travailleurs du secteur informel, des indemnités ont été versées en faveur des ménages bénéficiant du Régime d’assistance médicale (RAMED), à savoir 800 DH par mois pour les ménages de deux personnes ou moins, 1.000 DH par mois pour ceux de 3 à 4 personnes, et 1.200 DH par mois pour plus de 4 personnes. Une extension a été opérée au profit des ménages travaillant dans le secteur informel et ne bénéficiant pas du RAMED. Pour le maintien de l’emploi, un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des échéances des leasing a été également institué.

Par ailleurs, une aide a été accordée aux entreprises pour poursuivre leurs activités à travers quatre mesures. À commencer par la mise en place d’une ligne de crédit d’exploitation supplémentaire accordée par les banques et garantie par la Caisse centrale de garantie (CCG). Celle-ci concernait la couverture d’un découvert exceptionnel à hauteur de 95%, accordée aux TPME dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas 200 MDH et aux entreprises de taille intermédiaire réalisant un chiffre d’affaires entre 200 et 500 MDH.

Elle était notamment destinée à financer les charges courantes ne pouvant pas être reportées ou suspendues. Deuxièmement, l’Etat avait décidé d’accélérer ses paiements au profit des entreprises, en particulier les PME et les très petites entreprises. Troisièmement, les cotisations sociales dues à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ont été suspendues et les majorations de retard supprimées. En quatrième lieu, un crédit à taux zéro a été mise en place pour les auto-entrepreneurs impactés par la crise du Covid-19, pouvant atteindre un montant de 15.000 DH.

Bref, d’énormes efforts ont été déployés par le gouvernement, les organisations de travailleurs et celles d’employeurs, voire même des partenaires internationaux du royaume pour relancer la machine économique, qui reprend actuellement grâce aux bonnes perspectives de la campagne agricole 2020-2021. Mais les indicateurs de l’emploi demeurent décevants.

En effet, selon le Haut-commissariat au plan (HCP), au terme du 1er trimestre 2021, la crise sanitaire a continué d’impacter négativement le volume d’emplois créés, quoiqu’en atténuation. Ce dernier a reculé, particulièrement, au niveau des zones rurales, contre une hausse en milieu urbain. Ce retrait a concerné principalement les postes d’emploi non rémunéré.

Seulement 56.000 postes créés au 1er trimestre 2021
Ainsi, l’économie marocaine a connu une perte de 202.000 postes d’emploi au T1-2021, après une perte de 581.000 postes au T3-2020 et de 589.000 postes au T2-2020, contre une création de 77.000 postes au T1-2020. Ce retrait a concerné, essentiellement, l’emploi non rémunéré (-185.000 postes) et, dans une moindre mesure, l’emploi rémunéré (-16.000 postes) (Voir graphique). Par milieu de résidence, le volume de l’emploi s’est accru de 56.000 postes en milieu urbain (+64.000 postes rémunérés et -7.000 postes non rémunérés), alors qu’il a régressé de 258.000 postes dans le milieu rural (-178.000 postes non rémunérés et -80.000 postes rémunérés).

Par secteur d’activité économique, les pertes d’emploi concernent, essentiellement, au secteur de l’agriculture, forêt et pêche (-202.000 postes) et, dans une moindre mesure, celui de l’industrie y compris l’artisanat (-48.000 postes). En revanche, des créations d’emploi ont été enregistrées au niveau des secteurs des services (+42.000 postes) et du BTP (+39.000 postes).

Un taux de chômage de 12,5% au 1er trimestre 2021
Le taux de chômage qui résulte de cette situation est inquiétant. Il est situé à 12,5% au T1-2021, en augmentation de 2 points par rapport au T1-2020. Il s’est accru de 2 points à 17,1% dans les zones urbaines et de 1,4 point à 5,3% au niveau rurale. Les plus fortes hausses ont été enregistrées parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans (+5,7 points) et de 35 à 44 ans (+2,1 points), ainsi que les diplômés (+2 points).

Ce qui suscite une grande inquiétude, puisqu’«au Maroc, nous sommes en période d’aubaine démographique, c’est-à-dire que la jeunesse de notre population est actuellement à son pic. Qu’est-ce que cela veut dire? Eh bien, cela veut dire que toute la politique économique de notre pays doit être orientée vers l’emploi. En somme, il faut parvenir à synchroniser toutes les stratégies et décisions pour qu’elles aillent dans le sens de l’emploi», recommande Ahmed Azirar.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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