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Économies africaines : plus de dette, plus de pauvres !

La succession des chocs fragilise la reprise dans les économies africaines. Les perturbations du commerce international et des chaînes d’approvisionnement, exacerbées par la guerre en Ukraine et le choc d’inflation (13,5% en moyenne en 2022), conduisent à une révision du profil de croissance un peu partout. Le PIB du continent augmenterait de 4,1% en 2022, selon les prévisions de la BAD. Le Maroc est crédité de 1,8% contre une moyenne régionale de 4,5%. Avec des marges de manœuvre budgétaires très serrées dans plusieurs pays, la pression sur les dépenses reste élevée. Par ailleurs, la conjoncture aura des répercussions sur la pauvreté, en particulier sur les ménages vulnérables qui vivent déjà à la limite.   

Le conflit russo-ukrainien a beau se dérouler à des milliers de kilomètres de l’Afrique, il a déjà des conséquences lourdes sur des économies toujours convalescentes après le choc du Covid. En marge des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), à Accra, les économistes de la banque brossent un tableau mitigé sur les perspectives économiques.


Les perturbations du commerce international et des chaînes d’approvisionnement, exacerbées par la guerre en Ukraine et le choc d’inflation, conduisent à une révision du profil de croissance un peu partout. Le produit intérieur brut africain augmenterait de 4,1% en 2022 après 6,9% en 2021 et une récession de 1,6% en 2020. L’Afrique de l’Est, Centrale et du Nord se retrouvent sur le podium des régions les plus dynamiques avec une croissance supérieure à la moyenne.

Celle-ci est tirée vers le bas par l’Afrique Australe créditée de 2,5%. Cette vue d’ensemble masque toutefois de fortes disparités au sein des régions, la conjoncture impactant différemment les pays,  selon qu’ils soient, importateurs ou exportateurs nets.

Situé dans la première catégorie, le Maroc sera parmi les plus touchés par la guerre en Ukraine et la sortie de l’inflation de ses gonds. La BAD s’aligne sur la fourchette haute des prévisions du gouvernement en tablant sur une hausse de 1,8% du PIB en 2022 contre une moyenne régionale de 4,5%.

Attention aux défauts de paiement
Nombre de pays africains sont entrés dans cette nouvelle crise avec des marges de manœuvre budgétaires fortement entamées par la pandémie. La pression sur les dépenses reste élevée face à la poussée de l’inflation. En moyenne, elle s’établirait à 13,5% en 2022.

«Les populations vulnérables, en particulier dans les zones urbaines, supporteront le plus le fardeau de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Et en l’absence de mesures pour amortir cet impact, cette hausse pourrait attiser la grogne populaire à travers le continent», préviennent les économistes de la BAD.

La pression sur le budget viendra aussi de la normalisation des politiques monétaires dans les pays avancés. Ce durcissement, associé aux pressions croissantes sur les monnaies de nombreux pays, risquent d’exacerber la vulnérabilité de la dette.

À court et moyen terme, la dette africaine resterait supérieure au niveau pré-pandémie, selon les prévisions. Entre 2020 et 2022, les ressources supplémentaires nécessaires pour faire face aux chocs successifs sont évaluées à 432 milliards de dollars. «Le contexte pourrait nécessiter de repenser la réponse politique mondiale, y compris rétablir le cadre de l’initiative de suspension du service de la dette, afin d’aider les pays endettés à faire face aux nouveaux défis liés à la dette.

«La nouvelle initiative devrait prévoir des incitations pour attirer la participation des créanciers commerciaux, qui jusqu’à présent n’avaient pas envie de s’engager avec leurs emprunteurs», conseillent les économistes. Avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, 16 pays africains étaient à haut risque de surendettement et 7 en surendettement.

Dix ans pour rattraper les taux d’extrême pauvreté projetés avant la pandémie
Malgré le rebond de la croissance en 2021, 28,7 millions d’Africains supplémentaires ont basculé dans l’extrême pauvreté par rapport aux prévisions pré-Covid. Ils pourraient atteindre 30 millions en 2022 et 2023. Le nouveau choc sur les économies aura des répercussions sur la pauvreté, en particulier sur les ménages vulnérables qui vivent déjà à la limite de la pauvreté.

«Si la crise russo-ukrainienne persiste, environ 1,8 million et 2,1 millions d’Africains supplémentaires pourraient ainsi basculer dans l’extrême pauvreté en 2022 et 2023».

L’impact du conflit russo-ukrainien sur la pauvreté est très variable d’un pays à l’autre. De façon générale et sur la base des prévisions de croissance actuelles, «les économies africaines auraient besoin de plus d’une décennie pour rattraper les taux de pauvreté prévus avant la pandémie du Covid-19, car la croissance du PIB réel par habitant reste insuffisante pour compenser l’impact économique de la pandémie», estime la BAD.

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO


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