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Dette du Trésor. Faut-il augmenter les impôts ?

À 832,5 milliards de DH et 76% du PIB, l’endettement du Trésor est à un niveau jamais atteint par le passé. Cela représente en moyenne 23.800 DH pour chaque citoyen. La facture  de l’après-Covid-19 passerait peut-être par une hausse des impôts, car la croissance ne suffira pas à elle seule, à rembourser la dette de l’État.

La seule limite à la dette des États, aujourd’hui, c’est le ciel. Même les plus fervents défenseurs des politiques d’austérité, parmi les économistes, le reconnaissent.


Les conséquences de la crise de la Covid-19 ont balayé tous les standards de soutenabilité macroéconomique de l’endettement des États et ont mis à mal la discipline budgétaire.

Au 31 décembre 2020, l’encours de la dette du Trésor s’élevait à 832,48 milliards de dirhams (MMDH) après avoir enregistré un rebond de 11,4 points de pourcentage en un an. Rapporté au nombre d’habitants, il en ressort que chaque Marocain doit, en moyenne, 23.800 dirhams aux créanciers de l’État.

La dette a, en effet, un coût et en frais financiers, la charge est lourde. L’an dernier, le Trésor a réglé 29,6 MMDH, ce qui dépasse de loin le budget annuel consacré à la Santé publique.

Soulignons qu’un record avait été signé en 2019 avec un décaissement en charges financières de 30,5 MMDH, effectué par le Trésor. Il faut dire que pour financer la dette, il n’y a pas trente-six solutions : l’on procède soit par la croissance, dont on peut espérer des ressources fiscales supplémentaires, soit par l’augmentation des impôts.

Or, au vu de la faible élasticité existant entre la croissance et les rentrées de l’impôt, la voie de la hausse des impôts serait inévitable à terme, projettent déjà certains analystes.

À l’origine d’une tendance…
Pour retrouver le niveau de l’emballement actuel de l’endettement du Trésor, il faut remonter aux années 2011 et 2012 lorsque la dette directe de l’État était passée de 52,5% à 58,2% du PIB.

Cette poussée de fièvre concerne les deux compartiments de la dette intérieure et extérieure. L’encours de la dette du Trésor (au 31 décembre 2020) représentait 76,4% du PIB, alors qu’un an plus tôt, il équivalait à 64,8% de la richesse nationale.

La spectaculaire progression de 11,6 points est certes alimentée par le creusement du déficit du budget de l’État, mais aussi par les sorties successives du Trésor sur le marché financier international. La dette intérieure a marqué une croissance de 8,1% à 632,9 MMDH, tandis que la dette extérieure a cru à un rythme trois fois supérieur : 23,5%, à 199,5 MMDH, avec une accélération au cours des trois dernières années, le Trésor profitant de meilleures conditions pour reconfigurer les maturités de ses engagements internationaux.

Soulignons que l’endettement du Trésor a connu deux principales phases. La première étape, située entre le début des années 2000 et 2008, est marquée par de très larges marges de manœuvres, la dette représentant 64,9% du PIB en 2000 avant de décroître à 45,4% du PIB en 2008.

Le changement de trajectoire est intervenu en 2019 lorsque la part de la dette directe de l’État avait atteint 64,8% du PIB avant de culminer actuellement à 76,4% de la richesse nationale. Dans le cadre de la gestion active de la dette, le Trésor a par ailleurs emprunté auprès des organismes internationaux (BAD, Banque mondiale, agences de développement, etc.) et des États étrangers.

De manière ponctuelle, les émissions obligataires sur le marché financier international complètent ce policy-mixte du financement du Trésor. Au total, neuf émissions ont été réalisées au cours des vingt dernières années (source: Bank Al-Maghrib).

La première a eu lieu en 2003 pour un montant de 400 M€, avec comme objectif le remboursement par anticipation des dettes onéreuses contractées auprès de la Banque africaine de développement et de la Banque islamique de développement.

Le Trésor est revenu, quatre ans plus tard, avec une nouvelle émission de 500 M€, affectée au remboursement par anticipation de la dette rééchelonnée à l’égard du Club de Londres. Une troisième levée de fonds a été réalisée en 2010. D’un montant d’un milliard d’euros, elle a été assortie d’un taux de 4,5%, et souscrite 2,4 fois par un large éventail d’investisseurs, notamment, gestionnaires de fonds, banques, fonds alternatifs, assurances et caisses de retraites.

En 2020, devant l’ampleur de la crise de la Covid-19 et l’aggravation du besoin de financement, le Maroc a multiplié ses sources de financement extérieures, intensifiant ses tirages auprès des partenaires multilatéraux et bilatéraux, procédant au tirage de la totalité de la LPL (Ligne de précaution et de liquidité au FMI), soit l’équivalent de 3 MM$, et effectuant deux émissions sur le marché international. La première s’est déroulée en deux tranches de 500 M€ chacune, à des maturités de 5 ans et de 10 ans et des taux de 1,38% et de 2% respectivement.

Le deuxième emprunt obligataire, qui a marqué le retour du Maroc sur le compartiment du dollar après une absence de 7 ans.

À noter que le montant de la dette n’inclut pas les garanties du Trésor aux entreprises publiques, des garanties assimilées à de la dette indirecte. Une approche tout à fait différente de celle de la Cour des comptes et du Haut-commissariat au plan qui les intègrent systématiquement dans leurs travaux suscitant parfois l’irritation au quartier général du ministère des Finances à Rabat.

Abashi Shamamba / Les Inspirations ÉCO

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