Éco-Business

Croissance, dette, déficit…. le décryptage de S&P

Certes, le Maroc aurait aimé retrouver «l’investment grade». À défaut, l’agence de notation financière a confirmé la note BB+ assortie d’une perspective stable alors que la consolidation budgétaire devrait se poursuivre malgré une croissance amputée de moitié. À la sortie d’une zone de turbulences qui dure depuis trois ans, il y a urgence à accélérer la croissance et à la rendre plus inclusive.

Dans la perspective d’une sortie à l’international, la notation de la dette souveraine effectuée par Standard & Poor’s (S&P) pourrait permettre au Trésor d’économiser quelques points de base sur sa prime de risque. Même si le Maroc aurait aimé retrouver «l’investment grade», l’agence de notation financière a confirmé la note BB+ assortie d’une perspective stable, alors que la consolidation budgétaire devrait se poursuivre malgré une croissance amputée de moitié en raison de la sécheresse et des répercussions économiques de la guerre en Ukraine.

Les modèles utilisés par l’Agence de notation font ressortir une croissance de 1,4% en 2022, bien plus élevée que celle anticipée par la Banque centrale (0,8%). Le déficit budgétaire reviendrait à 5,6% du PIB après 5,9% en 2021 et 7,1% en 2020. «Bien que la mise en œuvre de réformes structurelles puisse totalement empêcher les déficits budgétaires de diminuer de manière significative à court terme, elle sous-tend l’assainissement budgétaire à moyen et long terme. Les déficits, courant et budgétaire, devraient se contracter progressivement à partir de 2023 grâce à une baisse de la pression sur les prix et à une croissance économique plus forte», commentent les analystes de S&P.

3,4% de croissance moyenne entre 2023 et 2025
Sujet majeur de 2022, l’inflation pourrait encore le rester au cours de l’année prochaine. S&P voit la hausse des prix décélérer en 2023 mais elle resterait largement supérieure à 2% soit, plus exactement, 3%. Bank Al-Maghrib, quant à elle, prévoit une inflation moyenne de 2,4% l’année prochaine.

Par ailleurs, la détérioration des perspectives économiques en Europe, principal partenaire économique du Royaume, fait peser des risques sur sa croissance. Malgré une reprise attendue du secteur agricole, cette dernière s’établirait à 3,5%. Sur la période 2023-2025, elle ressortirait en moyenne à 3,4%. «Nous pensons que le changement en cours dans la structure économique sous-jacente du pays sera bénéfique pour les perspectives de croissance et la stabilité. Le changement est motivé par d’importants investissements étrangers directs et l’expansion de sa capacité d’exportation.

Il est, par ailleurs, soutenu par la promotion du secteur privé, la formalisation de plusieurs pans de l’économie et la mise en œuvre de réformes socioéconomiques». À la sortie de cette zone de turbulences, il y a urgence à accélérer la croissance et à la rendre plus inclusive. En effet, à moins de 4.000 dollars, le PIB par habitant reste particulièrement bas, surtout en comparaison avec celui des pays de benchmark. «Le faible revenu par habitant souligne certaines des faiblesses structurelles du Maroc, telles que les fortes disparités de revenus entre les Régions les plus développées et les moins développées, et un chômage relativement élevé, particulièrement répandu chez les jeunes».

L’exposition de la dette aux risques de taux et de change limitée
Si la multiplication des crises a engendré un choc significatif sur la dette du Trésor, elle a, dans le contexte actuel, l’avantage d’être en grande partie libellée en monnaie locale. Plus de 75% de l’encours est libellé en dirhams et moins de 25% en devises, de surcroît assorties de conditions concessionnelles. Les émissions d’Eurobonds représentent 1/3 de la dette en devises. Cette structure limite l’exposition de la dette aux risques de taux d’intérêt, de refinancement et de change.

S&P pourrait relever la notation si :
• La consolidation budgétaire est nettement plus rapide que prévu ;
• Une transition vers un taux de change plus flexible renforce la compétitivité extérieure du Maroc ;
•  La stratégie de diversification économique aboutit à une croissance plus forte et moins volatile, augmentant considérablement le PIB par habitant.
S&P pourrait dégrader la notation si :
• L’ajustement budgétaire s’avère plus lent que les prévisions ;
• Les déséquilibres extérieurs se creusent et créent une augmentation prononcée des besoins bruts  de financement de l’économie.

 

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO

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