Cosumar : le pari industriel rassure les analystes

Cosumar parvient à rassurer les analystes grâce à sa stratégie industrielle et à la montée en puissance de ses exportations. Portés par la mise en service de la nouvelle raffinerie de Sidi Bennour, les fondamentaux du groupe suscitent l’optimisme des bureaux de recherche. CFG Bank et Attijari Global Research réitèrent leur recommandation d’achat, saluant une trajectoire de croissance redevenue lisible.
Malgré une année 2024 marquée par la fragilité de la campagne sucrière nationale, Cosumar confirme sa résilience et attire l’attention des analystes. Deux institutions de référence, CFG Bank et Attijari Global Research (AGR), livrent des lectures convergentes sur les perspectives du groupe, saluant sa stratégie industrielle et son positionnement à l’export.
En dépit de conditions climatiques contraignantes et d’un repli notable de la production agricole locale, Cosumar a su stabiliser son chiffre d’affaires et maintenir un niveau de rentabilité jugé satisfaisant par les analystes.
À travers deux rapports distincts publiés en mars 2025, CFG Bank et Attijari Global Research livrent une lecture optimiste et argumentée sur l’évolution du titre, tous deux recommandant l’achat avec des cours cibles respectifs de 249 DH et 253 DH, soit des potentiels de valorisation de +16% et +18%.
Le levier export au cœur du rebond anticipé
Avec un chiffre d’affaires consolidé de 10,24 milliards de dirhams, Cosumar affiche une performance stable en 2024 (+0,1%), dans un contexte pourtant tendu. Comme le souligne CFG Bank, cette stabilité masque une croissance sous-jacente alimentée par les exportations, qui ont progressé de 7,6% en valeur malgré un recul des prix de vente de 3,3%, en lien avec une normalisation des cours internationaux.
Dans le même temps, les volumes exportés ont bondi de 11,2%, portés par la montée en puissance de la nouvelle raffinerie de Sidi Bennour, entrée en service en septembre 2024. Du côté de l’exploitation, l’EBITDA ressort à 1,76 milliard de dirhams, en baisse de 3,7% selon CFG Bank, qui attribue ce recul à la faiblesse de la production locale : seulement 198 000 tonnes, soit un taux d’autosuffisance ramené à 16%, loin des standards historiques de l’opérateur.
AGR dresse un constat similaire, évoquant une «dégradation continue depuis le pic de 2016» et une production locale qui tombe à 191 000 tonnes, franchissant à la baisse un seuil symbolique. Pourtant, le résultat net part du groupe (RNPG) atteint 850 MDH, en hausse de 7% selon CFG, une performance jugée solide compte tenu du contexte.
L’unanimité des deux analyses tient surtout à la nouvelle trajectoire de croissance que devrait amorcer Cosumar dès 2025. Selon Attijari Global Research, «le groupe entre dans une nouvelle phase favorable», marquée par la conjugaison de trois leviers stratégiques : la montée en puissance de l’usine de Sidi Bennour, l’amélioration attendue de la campagne sucrière grâce au retour des pluies et la poursuite de la dynamique export.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. AGR anticipe une production locale de 300.000 tonnes en 2025, en hausse de 57% par rapport à 2024, et une couverture de la consommation nationale portée à 24% (contre 15% un an plus tôt). La capacité de production globale atteint désormais 2,5 millions de tonnes, contre 2 MT auparavant. Ce saut capacitaire devrait permettre au groupe d’exporter 800 000 tonnes de sucre blanc en 2025, un record historique, et même de dépasser le million de tonnes à l’horizon 2028.
Des fondamentaux renforcés et un dividende stable
Les deux cabinets soulignent la solidité du modèle économique de Cosumar, reposant sur un mix d’activités défensives (raffinage pour le marché local) et dynamiques (export), combiné à une politique d’investissement disciplinée.
L’EBITDA est attendu en hausse de 15,2% en 2025 par CFG Bank, à 2,025 milliards de dirhams, avec une marge d’exploitation remontant à 13%. AGR prévoit un TCAM de +8,2% de l’EBE sur la période 2024-2028, accompagné d’un gain progressif de la marge, pour atteindre 18,3% à l’horizon 2028.
Côté résultat net, les deux institutions misent sur un rebond de plus de 20% dès 2025, à plus d’un milliard de dirhams. Le dividende par action est maintenu à 10 DH, un niveau jugé durable qui offre un rendement net supérieur à 4,7%, dans un contexte de détente sur les taux obligataires. AGR note d’ailleurs que le dividende ordinaire, désormais stabilisé à ce niveau, constitue «un nouveau palier» dans la politique de distribution du groupe.
Un positionnement stratégique régional
Sur le plan boursier, les deux analyses convergent vers une recommandation d’achat claire. Pour CFG Bank, le potentiel de valorisation repose non seulement sur l’amélioration attendue des résultats, mais aussi sur une prime de raffinerie historiquement élevée en 2024 (990 DH/tonne), qui pourrait se normaliser tout en restant profitable. Le PER 2025 est estimé à 19,8x, et la VE/EBITDA à 10,3x, des niveaux jugés raisonnables au regard des perspectives.
Du côté d’AGR, la valorisation repose sur une actualisation des cash-flows (DCF) intégrant un WACC de 8% et une croissance terminale de 3%. La valeur des capitaux propres ressort à 23,9 milliards de dirhams, pour un cours cible de 253 DH. L’institution souligne en outre que Cosumar affiche l’un des meilleurs rendements du marché actions, avec un spread de 180 points de base par rapport aux BDT à 5 ans.
Au-delà des chiffres, les deux études mettent en avant un savoir-faire industriel reconnu, une capacité à capter la demande régionale croissante en sucre blanc, et une stratégie claire de montée en gamme.
Cosumar apparaît désormais comme un acteur régional, en capacité de rivaliser avec les grands raffineurs internationaux, notamment grâce à la flexibilité de ses actifs et à sa maîtrise de la chaîne logistique. Les incertitudes ne manquent pas : stress hydrique persistant, volatilité des prix à l’international, dépendance aux conditions agricoles locales. Mais les voyants sont, pour l’heure, au vert.
Comme le résume CFG Bank : «Le potentiel offert par la nouvelle raffinerie de Sidi Bennour n’est pas encore pleinement intégré dans le cours actuel du titre».
Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO