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Construction : La norme 10.1.008 encore peu appliquée

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La norme marocaine 10.1.008 du béton durable s’est invitée à la journée de l’ingénierie de la FMCI, tenue récemment à Rabat. La faible application de cette norme inquiète les professionnels de l’acte de bâtir qui préfèrent de loin prévenir plutôt que guérir.


Depuis son entrée en vigueur en juin 2010, il ne se passe pas un séminaire, une conférence, une table ronde ou une journée organisée par les professionnels de l’acte de bâtir sans que la norme NM 10.1.008 sur le béton durable ne s’invite à la rencontre. La journée de l’ingénierie du bâtiment, organisée récemment à Rabat par la Fédération marocaine du conseil et de l’ingénierie (FMCI), avec l’appui de Jacobs Engeneering S.A, Labotest et le CID, n’y a pas échappé. «Nous devons nous organiser pour relever les défis des bâtiments complexes, intelligents et de grande hauteur, notamment leurs nouvelles exigences de durabilité et d’efficacité énergétique», avait lancé Moncef Ziani, le président du FMCI à ses homologues, avant d’ajouter que «cela passe surtout par l’application de la norme 10.1.008 dont tout le monde connaît l’importance et les enjeux». Mais voilà, cette norme est peu appliquée par les professionnels de l’acte de bâtir. Les ouvrages construits sans respect de cette norme et dont la durée de vie a été amputée du tiers voire de la moitié sont légion.

Malheureusement, certains d’entre eux abritent du public et donc peuvent occasionner des pertes de vies humaines en plus des dégâts matériels colossaux engendrés et souvent chiffrés à plusieurs millions. Comme exemple, il y a le fameux Wharf de Laâyoune (photo) construit sur une longueur de 3.200 m en béton précontraint, un matériau pas du tout adapté au milieu marin où il se situe. Du coup, l’ouvrage a subi d’importantes dégradations et se trouve encore aujourd’hui soumis à des travaux de réparations intenses. Cette situation, qui dure depuis plus de 35 ans, est si pathétique que certains professionnels préconisent au maître d’ouvrage de l’édifice de le détruire et de le reconstruire selon la norme 10.1.008. En effet, «cette norme, entrée en vigueur le 5 juin 2010, permet de construire des ouvrages à longue durée de vie (plus de 100 ans) dans n’importe quel environnement. Elle est beaucoup plus complète que la norme précédente dont l’objectif principal dans la constitution du béton était de lui fournir un bon niveau de résistance. Si dans l’ancienne norme les essais en laboratoire se limitaient en termes mécaniques et physiques, avec la nouvelle norme, il y a un ajout d’essais chimiques et géologiques», explique Abdallah Choukir, directeur du CEMGI (Centre expérimental des matériaux et du génie industriel).

La norme 10.1.008 prévoit pratiquement tout pour permettre aux ouvrages du génie civil de résister aux effets néfastes de l’environnement. Le pont Moulay El Hassan du Bouregreg a été construit en respect de cette norme. Autre exemple : tous les bâtiments de la Marina de Casablanca ont été dimensionnés et également construits suivant cette norme de durabilité du béton. Alors pourquoi certains constructeurs qui n’appliquent pas cette norme dite d’application obligatoire parviennent quand même à passer par les mailles du filet ? C’est d’une part parce que les pouvoirs publics ne se sont pas donnés les moyens de faire entrer cette norme dans les mœurs. L’État n’a pas suffisamment organisé de séminaires pour sensibiliser les acteurs de la construction dans les quatre coins du pays. Le dispositif nécessaire de contrôle de son application effective sur le terrain n’est par ailleurs toujours pas mis en place.

D’autre part, même si la norme fixe et délimite les responsabilités des différents intervenants dans une construction (le prescripteur est responsable de la spécification du béton (art.6), le producteur est responsable de la conformité et du contrôle de production du béton (art.8 et 9), tandis que l’utilisateur est responsable de la mise en place du béton dans la construction), l’appareil judiciaire chargé de juger les fraudeurs et leurs infractions n’a pas été formé à cette norme. Du coup, il lui est difficile de statuer sur des cas qui s’y rapportent. Enfin, l’application de cette norme pêche par son prix jugé «trop élevé». Les professionnels avancent que «peu de prescripteurs ont les moyens de l’appliquer».


Les applications de la norme
La norme 10.1.008 ne s’applique qu’aux bétons coulés en place, aux structures préfabriquées, aux éléments de structures préfabriquées pour bâtiments ou aux structures de génie civil. Le béton peut être du béton fabriqué sur chantier, du béton prêt à l’emploi ou encore du béton fabriqué dans une usine de production de produits préfabriqués. Par contre, la norme 10.1.008 ne s’applique pas au béton aéré, au béton mousse, au béton à structure ouverte (béton caverneux), au béton de masse volumique inférieure à 800 kg/m3 et au béton réfractaire.

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