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Conseil de Bank Al-Maghrib : “Le Maroc est sur la bonne voie”

C’est un tableau optimiste qu’a dressé le gouverneur de la Banque centrale à la suite du deuxième conseil de l’année 2021. Malgré les incertitudes liées à la crise sanitaire, les prévisions relatives à l’économie nationale semblent encourageantes.

Inflation : Retour à des niveaux modérés
Après des taux de 0,7% en 2020 et de 0,1% au premier trimestre de 2021, l’inflation a atteint 1,7% en moyenne au cours des mois d’avril et mai. Sous l’effet de la hausse prévue des cours internationaux du pétrole et de certains produits alimentaires, ainsi que de l’amélioration de la demande intérieure, elle devrait poursuivre son accélération tout en restant à des niveaux modérés, pour ressortir à 1% sur l’ensemble de cette année et à 1,2% en 2022. «Cette accélération à 1,7% sur la moyenne d’avril et mai ne serait que temporaire», soutient le wali de Bank Al-Maghrib pour qui le niveau d’inflation devrait rester modérée sur le reste de l’année et celle qui suit. Des projections qui sembleraient être tout de même marquées d’un certain nombre incertitudes.


«Le pétrole a, par exemple, flambé ce 15 juin à plus de 75 dollars, mais l’on ne sait toujours pas si c’est une situation est durable ou temporaire….Il y a certes dans certains cas des chocs d’offre ou de demande soit sur des produits agricoles à prix volatils ou sur les lubrifiants qui aboutissent à une poussée au niveau de l’inflation qui reste temporaire. Mais en ce moment, la plus importante incertitude reste celle liée à la situation sanitaire. Sans une immunité collective, la demande au niveau de certains pays ne pourra s’affirmer», explique Jouahri qui ajoute que «quoi qu’il en soit et malgré toutes ces incertitudes, l’inflation au Maroc reste à un niveau modéré et en deçà de 2%».

La croissance au beau fixe
Le pays semble être sur la bonne voie et maintient sa prévision de croissance à 5,3% pour cette année, estime Jouahri, pour qui ces estimations restent meilleures que celles du HCP, du FMI, de la Banque mondiale et même du gouvernement qui tablent sur une croissance entre 4 et 4,5%.

Pour la Banque centrale, ce niveau de croissance serait porté par un rebond de 17,6% de la valeur ajoutée du secteur agricole, reflétant notamment les conditions climatiques très favorables qui ont marqué l’actuelle campagne agricole et qui se sont traduites par une production céréalière de 98 millions de quintaux, contre 32 millions de quintaux une année auparavant. Les activités non agricoles devraient également avoir un bon comportement sur l’année, et enregistrer une hausse de 3,6%, selon BAM.

En 2022, la croissance économique devrait se consolider à 3,3%, avec une poursuite de l’amélioration du rythme des activités non agricoles à 3,8% et une baisse de 2% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’un retour à une production céréalière moyenne de 75 millions de quintaux. «À savoir que les estimations de l’année de prévision sont calculées sur la base de la moyenne observée au niveau de la production céréalière enregistrée sur les dernières années», précise le gouverneur de Bank Al-Maghrib.

Les recettes voyages, loin des records de 2019
Les recettes voyages connaîtraient une reprise graduelle pour se situer à 44,4 MMDH en 2021, après 36,5 MMDH un an auparavant, et à 63,4 MMDH en 2022. «Malgré la reprise graduelle, on sera encore loin des chiffres records de 2019, où les recettes voyages atteignaient les 78 MMDH après 73 MMDH enregistrées en 2018», évoque Jouahri. Les transferts des MRE devraient, quant à eux, s’améliorer de 7,6% à 73,3 MMDH en 2021 et de 2,8% à 75,4 MMDH en 2022. «Un niveau très intéressant et très important», affirme le gouverneur.

Dans ces conditions, et après s’être atténué à 1,5% du PIB en 2020, à cause des contractions des échanges commerciaux, le déficit du compte courant s’établirait à 3,8% en 2021 puis s’allégerait à 2,6% en 2022. En effet, les exportations se sont établies en repli de 7,6% en 2020. Elles devraient, selon BAM, rebondir de 14,5% en 2021, puis augmenter de 5,6% en 2022, tirées principalement par les ventes de la construction automobile, ainsi que par les expéditions des phosphates et dérivés. Les importations, quant à elles, s’accroîtraient de 16,6% en 2021, après une diminution de 14% en 2020, en lien essentiellement avec l’alourdissement de la facture énergétique et de la hausse des achats de biens de consommation, avant d’enregistrer un ralentissement de leur rythme à 3% en 2022.

Niveau confortable des réserves de change
La Banque centrale estime que les avoirs officiels de réserve (AOR) devraient atteindre 328,5 MMDH à fin 2021 et 338,6 MMDH à fin 2022, soit l’équivalent de plus de 7 mois d’importations de biens et services. Une situation confortable qui tient compte «notamment des tirages extérieurs du Trésor, ainsi que de l’allocation de DTS (droit de tirage spécial) prévue par le FMI», souligne Jouahri.

Le Maroc devrait bénéficier encore de nouvelles entrées de devises, notamment à travers l’émission de DTS prévue par le FMI. Un dispositif spécial qui a été activé pour faire face au manque de liquidités dans le monde. Il a été en effet déployé à plusieurs reprises surtout après des situations délicates pour l’économie mondiale notamment après la crise des subprimes en 2008 et le crash de 2014. Si le FMI alloue un encours global de 650 MMDH à ce dispositif, le Maroc en tirera une quote-part de 0,19%, soit un montant de 1,2 milliard de dollars (environ 11 MMDH). «La répartition se fait en fonction du quota de chaque pays…Le gros de cette émission va profiter aux pays du G7 qui recevront 43% du tirage.

Les pays émergents auront une part d’environ 43%, et 3% pour les pays en développement. Mais le fonds compte mener toute une action permettant aux pays qui n’ont pas besoin de ces liquidités de les transférer à ceux qui en ont le plus besoin», précise Jouahri. Pour le Maroc, ces allocations devraient être reprises au niveau des avoirs extérieurs de BAM et seront également comptabilisées en engagements à long terme. Elles serviront ainsi la Banque centrale pour renforcer ses réserves, les arbitrer contre des devises, ou les utiliser pour financer ses dépenses. «L’utilisation est libre», soutient Jouahri. 

Aida Lo / Les Inspirations Éco

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