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Conseil de BAM : la croissance économique va piquer du nez !

Tendance haussière des cours des produits énergétiques liée à la reprise de la demande et aux inquiétudes quant à l’évolution de l’offre, hausse des cours des produits alimentaires sur fond de fortes perturbations de l’offre… Dans ce contexte défavorable et incertain, et après le rebond de 2021, que nous révèle l’analyse approfondie de l’environnement international du Conseil de Bank Al-Maghrib ? 

Conflit en Ukraine, renchérissement des cours de matières premières, persistance des perturbations des chaînes mondiales de production et d’approvisionnement, fortes pressions inflationnistes, conditions climatiques particulièrement défavorables caractérisées par un important déficit pluviométrique… ces développements ne seront pas sans conséquence sur l’économie marocaine, annonce le Conseil de BAM, qui a tenu, hier mardi 22 mars, sa première session de l’année 2022.

En un mot, la croissance économique va prendre du plomb dans l’aile, et pourrait être beaucoup plus contractée qu’en 2020, année particulièrement rude du fait du Covid-19. Rappelons qu’en 2020, l’économie marocaine a régressé de 6,3% du fait de la pandémie. Pâtissant de conditions climatiques défavorables, la campagne agricole devrait enregistrer, selon les prévisions de BAM, une production céréalière autour de 25 millions de quintaux et ce, après les 103,2 millions de quintaux, engrangés un an auparavant. La valeur ajoutée agricole devrait, de ce fait, baisser de 19,8%, ramenant la croissance économique à 0,7% en 2022, après le rebond de 2021, qui aurait atteint 7,3%.

Croisons les doigts pour que les récoltes de 2023 soient 3 fois plus importantes que celles prévues cette année ! En 2023, sous l’hypothèse d’une récolte moyenne de 75 millions de quintaux, la valeur ajoutée agricole augmenterait de 17%, portant la croissance à 4,6%. Pour ce qui est des activités non agricoles, elles devraient se consolider graduellement, avec une progression de 3% de leur valeur ajoutée en 2022 et en 2023.

Concernant les phosphates et dérivés, les prix sont restés quasi-stables entre janvier et février, à 172,5 USD/t pour le phosphate roche et ont progressé de 6,8% à 747,1 USD/t pour le DAP. Ils devraient s’accroître sur le reste de l’année 2022, en ligne avec le renchérissement des produits agricoles et des intrants de l’industrie des engrais.

L’accélération de l’inflation ne va pas s’arrêter de sitôt !
Le Conseil a relevé que l’inflation poursuit son accélération entamée en 2021, tirée par les pressions d’origine externe liées à la flambée des prix des produits énergétiques et alimentaires et à la hausse de l’inflation chez les principaux partenaires économiques du Maroc. Ainsi, après un taux de 1,4% en 2021, l’inflation devrait ressortir à 4,7% en 2022 avant de revenir à 1,9% en 2023. De même, sa composante sous-jacente augmenterait de 1,7% à 4,7% puis décélérerait à 2,6%.

Au niveau national, sous l’effet essentiellement de la flambée des cours des matières premières, le déficit du compte courant se creuserait à 5,5% du PIB en 2022 après 2,6% en 2021, avant de revenir à 3,7% en 2023. Les importations progresseraient de 14,9% en 2022, en lien avec l’alourdissement de la facture énergétique et l’augmentation des acquisitions des produits agricoles et alimentaires et des biens de consommation.

En 2023, la hausse se limiterait à 1,1%, sous l’effet, notamment, de l’allègement prévu de la facture énergétique. En parallèle, les exportations devraient s’améliorer de 12,5% en 2022 et de 3,4% en 2023, tirées principalement par l’accroissement des ventes de la construction automobile et par la hausse de celles des phosphates et dérivés.

Tout en restant à des niveaux inférieurs à ceux d’avant crise, les recettes de voyage connaîtraient une reprise graduelle, passant de 34,3 MMDH en 2021 à 47 MMDH en 2022 et à 70,9 MMDH en 2023. Les transferts des MRE devraient retrouver progressivement leur niveau d’avant crise, revenant à 79,3 MMDH en 2022 et à 70,8 MMDH en 2023, après un niveau exceptionnel de 93,3 MMDH en 2021. Concernant les IDE, les recettes avoisineraient l’équivalent de 3% du PIB en 2022 et 3,5% en 2023.

Au total, et tenant compte, notamment, des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserves se situeraient à 342,8 MMDH à fin 2022 et à 347,3 MMDH à fin 2023, assurant ainsi une couverture autour de 6 mois et demi d’importations de biens et services.

Le taux de change effectif réel va se déprécier
Pour ce qui est des conditions monétaires, le taux de change effectif réel se déprécierait de 1,3% en 2022 et en 2023, sous l’effet d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des partenaires et concurrents commerciaux. Pour ce qui est des taux débiteurs, ils ont enregistré une augmentation de 9 points de base (pdb) à 4,44% en moyenne au quatrième trimestre 2021, mais ressortent en recul de 16 pdb sur l’ensemble de l’année 2021 après le repli de 45 pdb observé en 2020.

Pour sa part, le besoin de liquidité des banques s’est atténué à 69,9 MMDH en moyenne hebdomadaire au quatrième trimestre, en lien avec la hausse des réserves de change, mais devrait s’accentuer à 75,1 MMDH en 2022 et à 88,3 MMDH à fin 2023, tiré par la progression de la fiduciaire. Concernant le crédit bancaire au secteur non financier, il devrait maintenir un rythme de croissance modéré autour de 4% en 2022 et 2023.

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