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Ciment : les “infrastructures” comme bouée de sauvetage !

Baisse importante des ventes de ciment dans les segments de la distribution (-14,01%), du bâtiment (-9%) et du préfabriqué (-5,43%). À fin octobre 2022, les ventes de ciment, principal indicateur d’activité du secteur du BTP, poursuivent leur descente.

N’eût été le dynamisme des chantiers d’infrastructures, la baisse des ventes de ciment allait être plus abyssale ! Selon les chiffres que vient de publier le ministère de l’Habitat, les livraisons de ciment ressortent en recul de 16,4% pour le seul mois d’octobre 2022, par rapport au même mois de l’année dernière.

Au cumul également, à fin octobre, les ventes sont en régression de 9,22% par rapport à fin octobre 2021. Heureusement que pour les membres de l’Association professionnelle des cimentiers (APC) ces chantiers d’infrastructures se multiplient pour compenser les baisses importantes des ventes enregistrées sur les segments de la distribution (-14,01% à fin octobre 2022), du bâtiment (-9% à fin octobre 2022) et du préfabriqué (-5,43% à fin octobre 2022).

Dans Les Inspirations Éco n°3221 du vendredi 4 novembre 2022, nous annoncions les grands chantiers d’infrastructures de 2023, et expliquions que l’année qui vient sera celle des grands chantiers, grâce notamment à la livraison des infrastructures routières et autoroutières que nous avons citées, le lancement et la poursuite des travaux de réalisation de plusieurs zones logistiques, grâce aux travaux d’extension des infrastructures portuaires, et au lancement d’études techniques préalables avant la mise en œuvre du plan d’équipement ferroviaire à grande vitesse (LGV) reliant Casablanca à Agadir, en passant par Marrakech.

A titre de rappel, lors de l’approbation de la loi de Finances 2022, le gouvernement a annoncé son plan de promotion des investissements publics en allouant un montant de 245 milliards de dirhams (MMDH) pour cette année, soit une progression de 6,5% en comparaison à 2021.

Les infrastructures en tête des débouchés de consommation du ciment dans le Royaume !
Dans un contexte où la consommation de ciment du secteur du bâtiment se casse la figure, il ne reste plus que les infrastructures pour amortir le choc pour les cimentiers. Selon les dernières statistiques publiées sur le site du ministère de l’Habitat, au mois d’octobre 2022, le segment des infrastructures apparaît en tête des débouchés consommant le plus de ciment dans le Royaume, avec une croissance de 6,53% de la consommation de ciment comparé à la même période en 2021.

En termes de volumes, le cumul de la consommation du segment des infrastructures s’élève à 488.438 tonnes, contre 458.509 tonnes à fin octobre 2021. Comparé aux statistiques des quatre dernières années, à la même période en 2020 – malgré le fait que l’année ait été très marquée par la Covid et le confinement – le segment des infrastructures avait absorbé 451.229 tonnes de ciment, quand en 2019 l’on était à 398.643 tonnes.

En résumé, dans le contexte actuel marqué par la hausse des coûts des matières premières, en raison du fort renchérissement du petcoke, du fret et du fuel, les dépenses de l’État dans les infrastructures constituent une bouffée d’oxygène pour les producteurs de ciment. Selon l’Office des changes, à fin septembre 2022, les importations de houilles, cokes et combustibles solides similaires ont grimpé de 191,6% (+12,512 MMDH) s’établissant à 19,042 MMDH, contre 6,530 MMDH à la même période en 2021.

Les importations de gaz de pétrole et autres hydrocarbures se sont accrues elles aussi pour 60,1% (+7,423 MMDH) à cette période. A fin septembre 2022, la facture énergétique a plus que doublé, se situant à 114,720 MMDH. Cette évolution est tributaire de l’accroissement des achats de l’ensemble des produits énergétiques, essentiellement ceux du gas-oils et fuel-oils (+32,055 MMDH) portés par la hausse des prix qui ont plus que doublé (10.173 DH/t contre 4.806 DH/t), et dans une moindre mesure par celle des quantités (+8,9%).

Baisse de 9% de la consommation dans le segment du bâtiment !
Inversement aux segments des infrastructures et du béton prêt à l’emploi qui affichent des niveaux de consommation de ciment à la hausse, par rapport à fin octobre 2021, celui du bâtiment pique du nez. Selon les dernières statistiques publiées sur le site du ministère de l’Habitat, au mois d’octobre 2022, le segment du bâtiment affiche une baisse de consommation de l’ordre de 9%.

En termes de volumes, le cumul de la consommation du bâtiment s’élève à 448.689 tonnes, contre 493.091 tonnes à fin octobre 2021. Comparé aux statistiques des quatre dernières années, à la même période en 2020, le bâtiment a consommé 454.218,67 tonnes de ciment, quand en 2019 il était à 599.872 tonnes.

De ce qui précède, l’on constate que le segment du bâtiment a beaucoup de mal à suivre le mouvement. Il faut dire que le bâtiment fait aujourd’hui face à d’énormes défis liés, notamment, à la flambée des prix des fournitures et aux difficultés d’approvisionnement. La baisse des ventes de ciment durant cette année démontre que l’activité du secteur est en berne.

A ce propos, Mohamed Mahboub, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP), estime qu’au-delà des impacts de la crise du Covid-19, le secteur fait face à de nouvelles contraintes liées spécifiquement à la flambée des prix qui n’est malheureusement pas compensée par le système actuel de la révision des prix et qui se répercute négativement sur la trésorerie des promoteurs immobiliers.

Dans de telles conditions, plusieurs entreprises ont du mal à continuer leurs projets et certaines sont contraintes de demander la résiliation de leurs marchés. Les grosses pertes affectent lourdement leur trésorerie et ne leur permettent plus d’honorer leurs engagements notamment vis-à-vis de leur personnel, fournisseurs ainsi que leurs banques pour les crédits Relance et Oxygène contractés, a-t-il expliqué.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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