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Cigarettes suisses : A quand des normes marocaines ?

L’enquête de l’ONG Public Eye sur la teneur des cigarettes suisses commercialisée au Maroc a secoué l’opinion.  Selon cette dernière, «les cigarettes fabriquées sur le sol helvétique et vendues au Maroc sont bien plus fortes, plus addictives et plus toxiques que celles que l’on trouve en Suisse ou en France (…) Pour chacun des trois paramètres testés [goudron, monoxyde de carbone et nicotine, ndlr], la quasi-totalité des cigarettes produites en Suisse et consommées au Maroc enregistre une teneur supérieure à celle observée dans les cigarettes suisses et françaises», ajoute-t-elle.


Si l’information a fait le tour des médias, rares sont ceux qui se sont essayé à plonger dans les méandres d’un sujet complexe. «Nos produits sont développés pour répondre aux préférences des consommateurs adultes et aux goûts du marché mais  surtout à toutes les exigences réglementaires applicables au Maroc», nous explique Abla Benslimane, Directeur Corporate Affairs chez Philip Morris, qui rappelle par ailleurs que la consommation de cigarettes demeure «nocive». Même son de cloche chez un autre opérateur qui rappelle que : «L’importation des cigarettes fabriquées en Suisse, n’a pas pour objectif de jouer sur l’aspect qualité vis-à-vis des consommateurs, car les usines (des tabatiers) dans le monde respectent les mêmes standards de qualité et suivent les mêmes process de production».

Un vide juridique

L’ONG Public Eye justifie l’asymétrie de teneur par  «le manque de suivi et de contrôle des cigarettes importées de la Suisse». En effet, si la Suisse ne contrôle pas les cigarettes fumées par ses habitants, elle ne s’intéresse pas plus à celles produites sur son sol et exportées, confirme l’Administration fédérale des douanes (AFD). Car ce ne sont pas les normes suisses qui s’appliquent, mais bien celles du pays qui importe ces cigarettes. La Confédération promeut ainsi et profite de l’existence d’un double standard, quitte à aggraver les problèmes de santé publique dans les pays importateurs.», peut-on également lire dans le rapport de Public Eye.

Néanmoins, c’est la réglementation nationale en vigueur qui boîte. En effet, le projet d’arrêté préparé en 2012 n’a pas atteint la fin du circuit législatif. Le texte en question introduisait au Maroc la norme dite «10-1-10» (10 mg de goudron, 1 mg de nicotine et 10 mg de monoxyde de carbone). En clair, les cigarettes importées ou produites et commercialisées au Maroc ne devront pas dépasser ces teneurs en goudron, nicotine et autre monoxyde de carbone. La mention devra être clairement inscrite sur les paquets de cigarettes.

Préférences de consommation

Le projet d’arrêté avait donc pour objectif de réguler les teneurs du tabac en nicotine et goudron, mais aussi de protéger le consommateur. En Par conséquent, aucune limitation n’est observée en termes de teneur en goudron, par exemple, qui peut atteindre parfois 16 mg. Seulement, à l’image de la loi antitabac de 2008, le texte n’a jamais été publié au bulletin officiel. Pourtant, l’urgence d’une intervention étatique n’est plus à prouver puisqu’une autorégulation est quasi-impossible : «Les habitudes de consommation des marocains nous obligent à nous aligner sur des teneurs élevées», nous explique un autre importateur. «Si nous appliquons alors que nos concurrents locaux ne le font pas, nous allons perdre des parts de marché», conclue-t-il.

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