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Arganier : comment préserver l’or vert du Maroc

La réhabilitation de l’arganeraie a dépassé 164.000 ha sur les 200.000 ha prévus, soit 82% de l’objectif tracé en 2013. Dans le cadre de la stratégie Génération Green, ce chantier devrait atteindre un objectif de 400.000 ha. Concernant la plantation d’arganiers, celle-ci devrait se poursuivre afin d’atteindre 50.000 ha à l’horizon 2030 au lieu 10.000 ha en 2022. 

Suite à la proclamation par les Nations Unies du 10 mai comme Journée international de l’arganier, le Maroc et l’organisation internationale ont commémoré ce lundi sa première édition. Et c’est la ville d’Agadir qui a abrité, en format hybride, cet événement célébrant un écosystème à dimensions multiples. Considéré comme le dernier rempart face à l’avancée de la désertification, l’aire de l’arganier, qui s’étend sur 2,5 millions de ha, est victime des activités humaines et des conditions naturelles peu propices à son développement. C’est la raison pour laquelle cet écosystème table -entre autres- sur le programme de réhabilitation de l’arganeraie mené par le Département des eaux et forêts dans six provinces et préfectures couvrant cette aire. «La réhabilitation de l’arganeraie a dépassé les 164.000 ha sur les 200.000 ha prévus.


Cette réhabilitation a été lancée en 2013 et a mobilisé 50 millions de dollars», a indiqué Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, lors de cette journée, tout en rappelant les spécificités de cet arbre, notamment sa résistance à la sécheresse. Faisant partie des objectifs stratégiques du contrat-programme (2012-2020) de la filière de l’agan, la réhabilitation de 200.000 ha d’arganeraies a ainsi atteint 82%% de l’objectif déjà tracé. Dans le détail, les superficies réhabilitées sont passées de 13.027 ha en 2012 à 101.487 ha en 2017 avant d’enregistrer plus de 146.000 ha en 2019 et, actuellement, 164.000 ha de superficies réhabilitées. D’autres projets sont prévus dans le cadre de la stratégie Génération Green. «Il s’agit d’atteindre un objectif cumulé de l’ordre de 400.000 hectares de réhabilitation de l’arganier et de poursuivre la plantation de l’arbres afin d’atteindre une superficie de 50.000 ha à l’horizon 2030», ajoute Aziz Akhannouch.

Un modèle de gestion participative
«Dans le cadre de la convention des Nations Unies pour lutter contre la désertification, l’écosystème de l’arganier a bénéficié d’un programme prioritaire. Et bien que de cette forêt soit menacée à l’instar des forêts méditerranéennes, elle joue un rôle très important dans la séquestration de carbone en termes d’atténuation des changements climatiques à travers son aire de répartition en plus de son système agro-sylvo-pastoral intégré», précise Abderrahim Houmy, secrétaire général du département des Eaux et forêts.

Dans le cadre de la stratégie «Forêts du Maroc 2020-2030», un modèle de gestion participative sera mis en œuvre pour impliquer les populations usagères dans le cadre de la gestion des espaces de l’arganier. Parallèlement à la question de la réhabilitation, la domestication de l’arganier et l’extension de sa culture en conduite moderne (arganiculture) s’est concrétisée grâce à l’appui du Fonds vert pour le climat. Ce programme d’arganiculture a fait l’objet d’une présentation lors de la visite royale dans la province de Chtouka-Aït Baha, le 13 février 2020, et ses objectifs ont été revus à la hausse avec le doublement des superficies prévues en les portant à 10.000 ha. Parmi cette superficie figurent 2.000 ha de plantes aromatiques et médicinales dans le cadre du projet de «Mise en place de l’arganiculture en environnement dégradé» (DARED).

Dans ce sens, ce chantier visant la création d’arganeraies modernes a été lancé en 2018 à hauteur de 49 millions de dollars dont 39 millions de dollars mobilisé par le Fonds vert pour le climat. «Jusqu’à présent, 6.000 hectares d’arganiculture ont été plantés alors que le reste est en cours de réalisation. Ce programme bénéficiera de 26.000 personnes. Il prévoit aussi la génération de 800.000 journées de travail avec le doublement du rendement estimé à six tonnes par hectare de fruits de l’arganier en année de croisière», explique le ministre de l’Agriculture.

Zones de l’arganier : 31 MMDH injectés
Dans le cadre de la valorisation de cet arbre, les travaux de recherche menés par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) sur l’arganier ont permis d’identifier plus de six variétés d’arganiers désormais inscrites au catalogue officiel. La multiplication végétative se fait actuellement grâce aux modes de greffage et de bouturage. Ces nouvelles variétés offrent des performances agronomiques, en rendement comme en qualité, notamment pour l’huile d’argan et de passer à une étape importante de domestication de l’arganier et de maîtrise de sa génétique. Aujourd’hui, la filière de l’arganier compte plus de 500 groupements qui recensent 10.000 adhérentes. Au total, la filière emploie actuellement plus de 25.500 personnes et génère un chiffre d’affaire avoisinant 1,2 MMDH, selon les chiffres de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA).

Face à la nécessité de conduire un développement intégré au sein de zones oasiennes et de l’arganier, cette entité a été créée en février 2010 et est sous la tutelle du ministère de l’Agriculture étant donné ces zones enregistrent un retard en termes d’indicateurs socioéconomiques et environnementaux. «Le volume des investissements engagés en collaboration avec l’ensemble des partenaires de l’ANDZOA entre 2012 et 2020 dans différents secteurs prioritaires de développement des zones de l’arganier a dépassé 31 MMDH», indique Brahim Hafidi, directeur général de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier. À noter que la zone d’intervention de l’agence englobe deux réserves de biosphères parmi les quatre classées par l’UNESCO au Maroc. Parmi elles, l’arganeraie est la première réserve de biosphère (RBA) créée dans le royaume à travers sa déclaration, le 8 décembre 1998, en tant que telle par l’UNESCO.

Contrat-programme de l’arganier : le conditionnement en ligne de mire
Quant à la production annuelle d’huile d’argan, celle-ci est estimée à 5.000 tonnes, tandis que les exportations ont dépassé, fin 2020, les 1.200 tonnes, avec un chiffre d’affaires à l’export de près de 280 MDH. Toutefois, malgré cette performance, la valeur ajoutée liée à la valorisation échappe encore à la filière puisqu’elle est réalisée par des entreprises implantées à l’étranger, qui assurent le conditionnement et la transformation de la matière première, en particulier dans le secteur de la cosmétique, au détriment des ayants-droit et des femmes du rural. De ce fait, l’enjeu actuel consiste à garder dans la zone de production une part des produits conditionnés et transformés. C’est la raison pour laquelle, un nouveau contrat-programme a été signé avec l’interprofession (à savoir la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’arganier). Parmi les objectifs tracés à l’horizon 2030 figure la production d’huile d’argan pour atteindre un volume de 10.000 tonnes dont 5.000 tonnes exportées, en plus du conditionnement de 50% de la production. À cela s’ajoutent la labellisation IGP (Indication géographique protégée) de 500 tonnes d’huile d’argan ainsi que la commercialisation d’au moins 10% de la production en 2025 via une plateforme digitale dédiée afin de hisser à 30% le taux de commercialisation en 2030. 

Recherche sur l’arganier : 10 MDH mobilisés

Le 10 mai, le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche Scientifique, a lancé un appel à projets de recherche sur l’arganier, ainsi que la création de trois prix dédiés à la recherche sur cet arbre qui seront décernés annuellement. L’appel à projets de recherche, intitulé « El Bekri », a pour objectif de dynamiser la recherche scientifique et l’innovation autour de l’arganier. Cet appel à projets sera doté d’un budget de 10 MDH, en association avec les Partenaires du ministère, à savoir l’Académie Hassan II des sciences et techniques, l’ICESCO et l’UNESCO. La stratégie dédiée à la promotion de la recherche sur l’arganier prévoit aussi la création de trois prix, dont un Prix du Partenariat Université – Coopérative, qui vise la promotion et l’encouragement du partenariat entre le monde de la recherche scientifique et les coopératives, notamment en matière de valorisation des produits de l’arganier. Ce prix, qui récompensera les meilleures équipes de recherche ayant collaboré avec les coopératives dans un processus d’innovation autour de l’arganier, sera doté d’un montant de 100.000 DH.

Yassine Saber / Les Inspirations Éco

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