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Agroalimentaire : comment transformer les obstacles en opportunités?

Face à un consommateur de plus en plus exigeant et une rude concurrence suscitée par des accords de libre-échange, les défis du secteur agroalimentaire sont nombreux : la souveraineté alimentaire, l’innovation, la compétitivité, la production décarbonée, un capital humain de qualité, l’optimisation de la logistique, etc. Mais plus que des obstacles, ce sont aussi des opportunités.

Un secteur fort appelé à être l’un des leviers du développement futur, c’est ce que dit le Nouveau modèle de développement au sujet de l’écosystème agroalimentaire. Pour mieux accompagner l’investissement dans le secteur, le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique travaille depuis des années à la mise en place et la modernisation des écosystèmes.


À présent, il faudra exploiter au maximum le «made in Morocco» et surtout le valoriser. Et pour y parvenir, le secteur devra accélérer la cadence de sa dynamique pour relever les défis auxquels il est confronté.

«Le premier est la souveraineté alimentaire du royaume. Conformément aux Hautes Orientations Royales, nous nous attelons à travailler sur notre indépendance alimentaire », a déclaré Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique, lors du Rendez-Vous de l’industrie, qui s’est tenu hier mardi 8 juin en format digital.

Pour le président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (Fenagri), Abdelmounim El Eulj, le secteur arrive au «stade de la compétitivité», un enjeu de taille qui impose aux professionnels de s’investir plus dans la recherche et développement (R&D), l’innovation, les ressources humaines, la logistique, ainsi que dans la décarbonation et la digitalisation. Le secteur agroalimentaire devra s’atteler à l’amélioration de la valeur ajoutée du produit et du rapport qualité-prix.

C’est essentiellement de cette façon qu’il pourra renforcer sa compétitivité face à la concurrence des produits étrangers présents sur le marché local et conquérir d’autres marchés à l’export. Face à un consommateur de plus en plus exigeant et une rude concurrence suscitée par des accords de libre-échange, «les enjeux du secteur se trouvent dans l’innovation, la compétitivité et la R&D. Ces enjeux sont donc une question de survie, mais aussi, une opportunité», a affirmé le PDG de la Compagnie chérifienne de chocolaterie (Aiguebelle), Amine Berrada Sounni.

De son côté, le DG de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE), Saïd Mouline, a mis l’accent sur l’importance du développement durable. «Ce concept n’est plus un luxe, mais un must. Cette pandémie nous a donné beaucoup de leçons : nous n’avons plus le droit de gaspiller tous les intrants, l’énergie, les matières premières, l’eau… Cela doit être géré tout comme les déchets agricoles qui représentent une énorme niche», a-t-il affirmé, précisant que la mise en place prochaine d’une taxe carbone imposera aux produits marocains la décarbonation pour qu’ils soient exportables.

Mouline a souligné, à cet égard, l’importance de l’utilisation des énergies renouvelables et de la biomasse pour réduire la facture énergétique des industriels et leur permettre de fabriquer des «produits nationaux exportables, décarbonés et compétitifs». Compétitivité oblige, le secteur se doit de relever également le défi majeur de la formation en fonction des attentes des industriels.

«Le capital humain est capital», a lancé le PDG de Cosumar, Mohammed Fikrat, soulignant que le développement de l’industrie agroalimentaire a un rôle important à jouer dans le développement de l’agriculture et auprès des agriculteurs. Et de souligner: «On ne peut relever les défis sans un capital humain de qualité. Il ne suffit pas d’avoir des ressources humaines diplômées, il faut développer et perfectionner des compétences tout au long de la vie.

Nous avons la chance que plusieurs politiques aient été lancées dans cet objectif. À titre d’exemple, les Cités des métiers lancées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui couvrent les 12 régions.» Pour accélérer la cadence, le secteur agroalimentaire doit exploiter plus et mieux le marché local.

«Notre slogan, c’est que nous sommes capables de produire mieux et moins cher chez nous avec de la main-d’œuvre marocaine. Ce produit national made in Morocco doit prendre toute sa place», est revenu Moulay Hafid Elalamy, appelant à l’amélioration de la logistique du secteur et à l’optimisation des plateformes. «Les grandes entreprises arrivent à organiser leur chaîne de distribution comme elles le souhaitent.

Les PME peinent à le faire et le coût de la logistique reste important, que ce soit sur le marché local ou à l’export. Nous devons nous y atteler», a-t-il insisté, rappelant que le produit marocain qui s’exporte a tissé une bonne réputation grâce à sa qualité.

Le marché local, levier stratégique de développement
Nombre de projets nés dans le secteur de l’agroalimentaire ont été réalisés dans le cadre de la banque de projets, lancée par le ministère de l’Industrie, en septembre dernier, pour la substitution de l’importation par la fabrication locale.

À ce jour, 122 projets d’investissement dans le secteur agroalimentaire, d’un montant global de 3,7 MMDH, ont été validés. Visant la création de plus de 13.000 emplois, ces investissements représentent un potentiel de chiffre d’affaires de 5,1 MMDH et de 2,1 MMDH à l’export. En d’autres termes, le Maroc n’aurait plus à importer 5 MMDH et exporterait 2 MMDH de plus, augmentant ainsi sa balance commerciale de 7 MMDH.

Pour soutenir cette dynamique, le marché local représente un levier de développement certain pour l’agroalimentaire. «On ne fera pas de développement agroalimentaire sans que le consommateur ne continue à prendre conscience que son pays est capable de produire largement ce dont il a besoin avec les qualités qu’il souhaite», a insiste Elalamy.

L’agroalimentaire est donc plus que jamais appelé à être à l’écoute du marché local, afin de répondre au mieux à ses besoins et contribuer à son développement. Lors de son intervention, le président de l’Association des biscuitiers, chocolatiers et confiseurs (AB2C), Rachid Sraidi, a souligné l’importance pour le secteur d’exploiter le potentiel du marché local en développant une offre destinée au consommateur marocain «de plus en plus exigeant». «C’est à travers une offre de bonne qualité et de produits innovants qu’on pourra stimuler l’appétit du consommateur, se substituer à l’export et exploiter le potentiel», a-t-il assuré. Et dans ce «stimulus», la grande et moyenne surface (GMS) a un rôle capital à jouer.

En effet, en tant que locomotive, elle constitue un important canal de distribution pour le produit marocain. À titre d’illustration, le ministère de l’Industrie a travaillé avec le Groupe Marjane sur le développement de son sourcing local auprès des opérateurs nationaux et les résultats n’ont pas tardé à se révéler probants.

«On a établi un plan d’action et des objectifs dans le cadre d’une action volontariste et pédagogique de sourcing local auprès de l’agroalimentaire et du textile marocains avant de passer à d’autres secteurs», a annoncé le PDG du géant national de la distribution, Ayoub Azami, soulignant que cette initiative a bien montré le pouvoir d’adaptation des industriels marocains en matière de transformation et de substitution. Ainsi, la GMS a réalisé que la qualité du produit local est meilleure et coûte beaucoup moins cher, et que le stockage n’est plus nécessaire.

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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