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Accord de libre-échange Maroc-AELE : pourquoi pas une révision ?

Les relations économiques entre le Maroc et la Suisse ont connu, durant les dernières années, une belle dynamique, notamment grâce à un cadre juridique solide, comprenant plusieurs accords de coopération. Mais est-il encore adapté aux réalités économiques actuelles ? Pas vraiment, selon l’avis de Lahcen Azoulay, ambassadeur du Maroc en Suisse.

La chambre de Commerce suisse au Maroc, épaulée des autorités helvétiques, entend promouvoir davantage les échanges commerciaux entre les deux pays. Pris en compte dans l’Accord de libre-échange Maroc-AELE, le commerce bilatéral est plutôt équilibré. Entendez par AELE, l’Association européenne de libre-échange.

Celle-ci comprend quatre pays, relativement petits par leur taille mais non moins dynamiques sur le plan commercial : la Suisse, le Liechtenstein, l’Islande, la Norvège. Il va donc falloir multiplier les missions de prospection et évènements susceptibles d’impulser la dynamique existante. D’où l’intérêt du webinaire qui s’est tenu le mardi 5 avril en présence des ambassadeurs de deux pays.

«Des missions de prospection doivent être pensées par les opérateurs économiques dans les deux sens afin d’explorer les potentiel de nos relations économiques et la parfaite complémentarité de nos deux économies», suggère Guillaume Scheurer, Ambassadeur de Suisse au Maroc.

«L’expérience montre qu’il existe un réel intérêt de coopérer. Aujourd’hui déjà, plus d’une cinquantaine d’entreprises suisses sont implantées au Maroc et opèrent dans les secteurs de l’agro-alimentaire, les industries chimiques et pharmaceutiques, les machines et appareils électroniques, ainsi que les instruments de précision», souligne-t-il.

Troisième partenaire commercial de la Suisse en Afrique, et aussi son troisième destinataire en termes d’exportation sur le continent africain, le Maroc gagnerait à réviser cet accord. «Tel qu’il a été conçu et signé, l’ALE n’est plus adapté aux réalités économiques et commerciales d’aujourd’hui», souligne Lahcen Azoulay, ambassadeur du Maroc en Suisse, mettant en exergue la nécessité de mettre à jour cet accord, en vue d’offrir “un cadre plus favorable” de développement des relations économiques et commerciales entre les deux pays à la lumière des nombreuses réformes entreprises par le Maroc dans le secteur économique.

Et de rappeler que les nombreux atouts du Royaume, notamment sa stabilité économique, ses stratégies économiques sectorielles, son climat des affaires propice à l’investissement ainsi que son emplacement géographique stratégique permettant de se positionner en tant que plateforme de choix aussi bien sur le plan régional que sur le continent africain ne peuvent que “favoriser le développement de ces échanges”.

Pour sa part, Ali Kerouani, professeur-chercheur a relevé que l’accord Maroc/ALEA s’assigne surtout pour objectif de démanteler les différents obstacles tarifaires et non tarifaires, outre la facilitation des échanges dans un cadre beaucoup plus large, en l’occurrence celui de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Kerouani a également fait savoir que la relation entre les administrations douanières marocaine et suisse “se caractérise par une coopération fructueuse” et peut être mise à contribution pour “fluidifier les échanges”.

Et d’expliquer que pour renforcer davantage cette coopération, ces administrations peuvent explorer l’opportunité d’accompagner les opérateurs des deux pays pour conclure des joint-ventures basées sur l’exploitation des avantages prévus, notamment, par les différents accords conclus par les deux pays et les règles d’origine y afférentes pour accéder à de nouveaux marchés, dont la ZLECAf.

Des volumes en deça  du potentiel

La balance commerciale entre la Suisse et le Maroc a atteint 555 millions de francs suisses en 2020, en termes de volume total de commerce bilatéral, alors qu’il avait dépassé, pour la première fois en 2019, les 600 millions. «Mais ce volume reste en deçà du potentiel réel de nos relations économiques», souligne Guillaume Scheurer. En dépit de leurs tailles, les membres de l’AELE sont significatifs sur le plan commercial.

Entré en vigueur en 1999, l’accord de libre échange entre le Maroc et les États membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE), qui fête cette année ses 23 ans, affiche un niveau des flux assez équilibré.

Dans le Top 5 des produits exportés par le Maroc vers ces destinations, figure en tête les produits textiles (vêtements ou accessoires de vêtements tissés et tricotés) à hauteur de 30%, des fruits et noix (13%) ; des légumes comestibles et certaines racines et tubercules (10%) ; des véhicules automobiles (9%). Dans le sens inverse, le Maroc importe, essentiellement, des produits pharmaceutiques (28% ; du tabac (17%); des machines et appareils mécaniques (11%); des horloges et montres (6%) ; ou encore des machines électriques (7%).

La Suisse est le partenaire principal du Maroc dans l’association. En dehors du Royaume, l’AELE a négocié 29 Accords de libre-échange avec 39 pays ou territoires et compte étoffer cette liste, au vu des négociations en cours avec l’Inde, la Malaisie, le Vietnam, et la Moldavie.

Recommandation de l’ADII à la douane suisse

Mais tout n’est pas rose entre les deux parties, d’où la nécessité d’intégrer des réformes. Pour booster la coopération douanière bilatérale, Chafik Essalouh, directeur des Études et de la coopération internationale au sein de l’ADII, suggère le démarrage de discussions en vue de la conclusion d’un accord sur l’échange préalable des déclarations d’export. Il appuie sa recommandation par une palette d’avantages.

À commencer par une meilleure analyse du risque et anticipation des contrôles, la réduction des délais de passage en douane et une amélioration de l’outillage de prévention et de lutte contre la fraude.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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