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Benacer Boulaajoul: « Chaque accident est un accident de trop »

Entretien avec Benacer Boulaajoul, Directeur de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA)

Quelle lecture faites-vous des derniers chiffres relatifs à la sécurité routière au Maroc ?
Avant de donner les chiffres des huit premiers mois de l’année 2021, il y a lieu de rappeler que l’année 2020 a été marquée par le Covid 19 et le confinement total durant la période entre mars et juin 2020 ainsi que les autres mesures restrictives qui ont suivi ce confinement telles que le zoning, le couvre-feu, etc. Toutes ces mesures ont eu un impact direct sur le trafic à plus de 30%. De ce fait, la comparaison des statistiques provisoires des huit premiers mois de l’année 2021 doit se faire avec une année de référence, à savoir l’année 2019. Le bilan provisoire au titre des huit premiers mois de l’année 2021, en comparaison avec les données provisoires des huit premiers mois de l’année 2019, montre une augmentation au niveau du nombre total d’accidents de 10,5% et des blessés légers de 8,8 % avec une diminution significative de 6,4% du nombre de tués et de 2% des blessés graves.


À votre avis, qu’est-ce qui explique que l’on reste sur ces moyennes élevées de 300 accidents par jour et de 9 à 10 morts par jour ?
En sécurité routière, on dit que chaque accident est un accident de trop, chaque victime est une victime de trop. Mais dans ce secteur, on est obligé de travailler avec des chiffres et des indicateurs. Dire que les moyennes en chiffres absolus de 300 accidents et de 9 tués enregistrés chaque jour dans notre pays sont élevées est à prendre avec beaucoup de précaution. En effet, la situation actuelle de la sinistralité routière dans notre pays est la même en chiffres absolus que celle de 2001-2002. Cependant, en l’espace de 20 années écoulées, le parc automobile et le trafic routier ont plus que doublé. Il en va de même pour plusieurs autres indicateurs qui impactent le risque d’accident tels que la population, le nombre de conducteurs, la longueur du réseau routier, etc. Par ailleurs, le taux de gravité des accidents exprimé par le nombre de tués et de blessés graves pour 100 accidents a baissé de plus de 11 points durant cette même période. Ceci dit, les actions et les stratégies qui ont été engagées et mises en place par notre pays durant les deux dernières décennies ont permis de juguler l’hécatombe, de maîtriser le risque routier et de sauver des milliers de vies humaines.

N’y a-t-il pas un problème au niveau de l’application de la loi ?
Le domaine de la sécurité routière est multisectoriel. Dans le jargon de la sécurité routière, un accident de la circulation ne peut être imputé à une seule cause mais c’est la constellation de plusieurs facteurs liés à la trilogie Homme-véhicule-infrastructure. Les études réalisées aussi bien au niveau national qu’international montrent une prépondérance du facteur humain. De ce fait, on ne peut pas dire que le problème de la sécurité routière dans notre pays est lié uniquement à l’application de la loi. Les actions entreprises dans ce cadre au fil des années permettent de remédier à d’éventuelles contraintes liées à l’application de la loi. Il s’agit notamment de la révision de certaines dispositions de la loi 52-05 telle qu’elle a été modifiée et complétée portant Code de la route, l’investissement dans les nouvelles technologies, la digitalisation, la simplification et la dématérialisation des procédures pour réduire autant que possible l’intervention humaine, etc.

Hormis la sensibilisation de l’opinion publique sur les dangers de la route et l’installation de nouveaux radars, que peut faire de plus la NARSA pour réduire la sinistralité routière ?
Les leviers d’intervention de la NARSA sont multiples et diversifiés. Mais s’il y a un volet sur lequel insiste la NARSA aujourd’hui sans perdre de vue les autres projets structurels, c’est l’investissement dans l’éducation des jeunes dès le bas âge pour assurer un ancrage des valeurs de cohabitation, d’indulgence et de respect d’autrui sur la voie publique.

Quelles sont les actions qui seront bientôt déployées ?
Le plan d’action de la NARSA au titre des cinq prochaines années a été élaboré de façon à poursuivre la mobilisation globale de tous les secteurs concernés et capitaliser sur les acquis réalisés dans ce domaine afin d’atteindre les objectifs de la Stratégie Nationale de la Sécurité Routière. Ce plan est articulé autour de deux principaux axes : l’amélioration de la sécurité routière et l’amélioration de la qualité des services rendus aux usagers. Le premier axe comprend des projets ambitieux et structurants dans le domaine de la sécurité routière, notamment le volet éducatif à travers l’éducation routière, la communication et la sensibilisation, l’investissement dans les nouvelles technologies, la poursuite de la mise en œuvre du programme du renouvellement du parc et du programme de la formation initiale et continue au profit des conducteurs professionnels. En ce qui concerne l’axe de l’amélioration des services rendus aux usagers, la NARSA est appelée à poursuivre sa politique en termes de digitalisation, de simplification et de dématérialisation des procédures pour l’ensemble des services. Nous rêvons d’une NARSA high-tech qui assurerait un service de proximité et de qualité pour le citoyen, et ce, dans les meilleurs délais. C’est un souci omniprésent et à longueur de journée pour tout le team management de la NARSA.

Jalil Bennani / Les Inspirations ÉCO Auto

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