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«Si nous arrivons premiers, nous irons vers une monarchie parlementaire»

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Dans cet entretien à bâtons rompus, Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, n’a pas ménagé son verbe pour dire ses convictions sans fioritures. Pour lui, Benkirane n’a pas été suffisamment fort pour exercer pleinement ses prérogatives pourtant garanties par la Constitution. Il a affirmé qu’au cas où son parti gagnerait les élections, il œuvrerait pour une monarchie parlementaire. Lachgar n’a pas hésité à pointer du doigt une certaine frange d’hommes d’affaires qui, pour lui, exerce un hégémonisme politique réel dans plusieurs provinces, barrant la route aux cadres compétents des partis. La santé doit avoir 10% du PIB pour pouvoir juguler son énorme déficit et être déclinée dans les régions.


Les Inspirations ÉCO : En 2011, l’USFP avait occupé la sixième place puis la cinquième en 2015, mais, il y a quelques jours lors de la présentation de votre programme électoral, vous avez visé la première place au prochaines législatives. Comment comptez-vous passer en une année seulement de la cinquième à la première place ?
Driss Lachgar : En toute sincérité, et comme tout le monde le sait, l’USFP est un parti qui a payé le tribut du gouvernement d’alternance. Nous avons pris la responsabilité dans un temps où l’on parlait d’arrêt cardiaque en évoquant l’économie du pays. Durant cette période, le parti n’a pas été aussi exempt de problèmes internes ayant débouché sur plusieurs scissions. Je citerai la sortie de la CDT et le mécontentement de la jeunesse, car ils étaient nombreux, les ittihadis qui étaient contre la participation. Toutefois, ils ont par la suite compris, suite aux chamboulements provoqués par le printemps arabe. Ces treize années de participation à la gestion de la chose publique n’étaient pas de tout repos étant donné l’absence de certaines conditions favorables, comme l’absence de méthodologie démocratique lors du second gouvernement après l’alternance. Malgré cela, nous avons aussi participé au troisième gouvernement. Cela a inexorablement affaibli l’USFP et provoqué des conflits internes et, enfin, des scissions. Nous avons mis tout cela sur le tapis lors du 9e congrès du parti dans lequel j’ai proposé une plateforme intitulée : «Pour une reconstruction de l’USFP». Vous savez, le 9e congrès était un exemple que les partis doivent suivre. Nous étions les seuls à permettre une concurrence entre différentes plateformes et candidatures et, surtout, le vote au bulletin secret à deux tours.

Tout cela est bien beau, mais quel gain le parti en a-t-il tiré ?
Ce qui nous intéresse, c’est que l’USFP a toujours été pionnier que ce soit dans le langage politique ou dans l’évolution de la vie politique et démocratique du pays. Ceci dit, plusieurs secteurs du parti ont été requinqués comme ceux des médecins, des pharmaciens ou des ingénieurs. Cela n’a pas été de tout repos car il nous a fallu tenir 70 congrès régionaux pour préparer le 9e congrès. Nous sommes aujourd’hui présents dans la plupart des organisations professionnelles. Tous les mouvements de grève durant ces dernières années, l’USFP y avait une place de choix.

Vous n’avez toujours pas expliqué comment votre parti va arriver premier le 7 octobre…
Je vais vous donner un cas concret. En 2009, le PJD a occupé la cinquième place. Il lui a fallu seulement deux ans pour arriver à la première place. Tout cela par plus d’efforts et en essayant de trouver les bonnes réponses aux problématiques du pays. Durant une certaine période, nous avons été vaincus par la logique de justification lorsqu’on était dans la majorité car la responsabilité gouvernementale l’exigeait. Je pense que la distance que nous avons prise durant ces cinq années dans l’opposition nous a été bénéfique. Les Marocains feront la différence entre le bilan du gouvernement d’alternance avec ses moyens et son contexte et celui de l’actuel. Je vous donne un exemple, cette rentrée scolaire est une catastrophe sans précédent depuis les années 1990. Il y a un tel déficit qu’un prof du collège enseigne à 350 écoliers. Même ces enseignants que l’État a formés, le gouvernement veut les pousser dans le privé sans oublier le traitement réservé aux 10.000 enseignants stagiaires. Au lieu de combler ce déficit, il était tout le temps obnubilé par les équilibres macroéconomiques. À tel enseigne que le chef du gouvernement avait une fois déclaré que l’éducation et la santé ne doivent plus relever de la responsabilité de l’État.

Vous avez évoqué, lors d’une rencontre, l’existence de deux référentiels politiques, l’un conservateur et régressif et l’autre moderniste. Pensez-vous qu’aujourd’hui, les Marocains s’intéressent aux référentiels qui peuvent être assimilés à un luxe d’intellectuels ?
J’ai parlé en fait de deux projets. Prenez les exemples de l’Iran et de la Turquie, lorsque la mouvance conservatrice a pris le pouvoir, elle a broyé toutes les obédiences de la gauche. Durant ces cinq dernières années au Maroc on aurait pu arriver où nous rapprocher d’un système de monarchie parlementaire. Or, le chef du gouvernement a carrément démissionné du plein exercice de ses prérogatives et des grandes problématiques qui intéressent le citoyen marocain.

Admettons que vous arrivez premier aux élections, allez-vous œuvrer dans le sens d’une monarchie parlementaire ?
Oui, sans aucun doute car nous pensons que le discours du 9 mars en a posé les jalons et que la Constitution a stipulé que la législation est de la seule prérogative du Parlement. Avant, nous avions une monarchie exécutive selon laquelle un projet de loi qui ne passe pas en Conseil des ministres ne pourrait être soumis au Parlement. Aujourd’hui, tous les projets de loi sont du ressort du gouvernement et de son chef.

Pensez-vous que votre allié, le PAM, ira dans le sens d’une monarchie parlementaire avec vous ?
Vous savez, la monarchie parlementaire n’est pas un système figé. Le SG du parti que vous avez cité avait déclaré que la politique étrangère du pays ne devait pas rester entre les mains d’une seule institution et que le gouvernement doit aussi s’en occuper. Je pense qu’il s’agit là d’un bon début pour arriver à une monarchie parlementaire. Lorsque le souverain a pris la Charte de l’enseignement des mains d’Omar Azziman pour la soumettre à Benkirane, il a voulu montrer la relation qui doit exister entre les pouvoirs.

Venons-en au programme de l’USFP, lequel contient 555 mesures que le citoyen ne peut tous connaître, vous y avez cité la mise en œuvre de mesures efficaces pour la gestion de la chose publique. Que voulez-vous dire par là ?
Si le programme n’est pas pris dans son ensemble, il devient comme une partie d’échecs. En fait, nous nous sommes basés sur des indicateurs produits par des institutions indépendantes. Ce qui nous a permis de faire un diagnostic relevant les dysfonctionnements dans les différents secteurs de l’économie. Nous avons donc proposé des solutions réalisables dans cinq ans en guise d’engagements vis-à-vis des Marocains durant le prochain mandat. Je donne l’exemple de la participation politique des MRE, la situation de la femme, la sécurité routière, etc.

Vous avez lié les réformes nécessaires dans le secteur de la santé avec la mise en œuvre de la régionalisation. Pourquoi avez-vous fait ce lien ?
Il faut absolument qu’à l’issue du prochain mandat, la santé soit dotée de 10% du PIB (environ 80 MMDH, ndlr). Autrement, il serait difficile de juguler le déficit qu’elle a accumulé à telle enseigne qu’en période de grand froid des hôpitaux militaires se déplacent dans les régions éloignées pour soigner les Marocains sur instructions royales. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le lien avec la régionalisation pour que chaque région puisse avoir de la visibilité sur le nombre de médecins qu’elle peut avoir et les moyens. Je donnerai aussi l’exemple de l’enseignement primaire et préscolaire qui ne doit plus être du seul ressort du centre.

Vous avez dit que le vrai hégémonisme (tahakom) est celui qu’exercent les hommes d’affaires pour défendre leurs propres intérêts.
Je vous donne un simple exemple. Nous avons des cadres dans le parti que j’encourage à participer aux élections, mais ils se trouvent confrontés dans chaque province à des hommes d’affaires qui financent la compétition politique et reprennent ainsi un vrai facteur d’hégémonisme, mais je pense que nous allons inexorablement vers la fin de ce phénomène, que l’USFP était parmi les premiers à dénoncer en pleines années de plomb. Par la suite, chaque pouvoir prendra pleinement ses responsabilités, que ce soit dans la majorité ou dans l’opposition.

Vous avez aussi déclaré que lorsque la pluie tombe à Istanbul, il y en a au Maroc qui ouvrent leurs parapluies. Que voulez-vous signifier par là ?
En effet, j’ai été choqué de voir qu’après la tentative de putsch, certains au Maroc étaient plus loyaux envers Istanbul qu’envers leur propre pays. Aujourd’hui, les Marocains doivent être conscients des enjeux qui taraudent le pays. Il n’y a pas que les élections. Ce qui se passe à New York concernant l’intégrité territoriale du Maroc doit être suivi avec autant sinon plus d’intérêt. Malheureusement, nous avons un gouvernement qui est loin de ces considérations.  

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