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«Pas de développement sans biodiversité»

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Ameenah Gurib-Fakim : Présidente de la République de Maurice

Les 20 et 21 juin, la Fondation L’Oréal et le Women’s Forum for the Economy et Society ont rassemblé, à l’Île Maurice, plus de 400 scientifiques, décideurs, chefs d’entreprise afin de déterminer de quelle manière on peut transformer en actions concrètes les promesses issues de la COP 21. Il a surtout été question de savoir comment l’Afrique, notamment les pays les plus vulnérables ainsi que les États insulaires, peuvent faire face aux enjeux climatiques. Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République de Maurice, explique sa vision.

Les ÉCO : Que représente pour votre pays, très menacé par le réchauffement climatique, l’organisation du Forum des femmes pour l’économie et la société ?  
Ameenah Gurib-Fakim :  Le Women’s Forum de Maurice est une plateforme de choix où des experts du monde entier ont pu débattre de sujets d’actualité qui concernent l’avenir de la planète. On a eu deux journées de travail extraordinaires. Beaucoup d’expériences ont été partagées autour de thèmes liés aux solutions en matière de climat et de santé, des meilleures pratiques pour l’agriculture et la biodiversité, des énergies renouvelables, de l’occupation des sols, de la préservation des ressources hydriques, etc. On a commencé vraiment à réfléchir sur des mesures concrètes pour faire face aux changements climatiques.


Lesquelles ?
Il faut préciser que les actions ont déjà été déterminées à l’issue de la COP 21, marquée par la signature à Paris du premier accord international sur le climat. La plus importante des décisions est celle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les différentes Nations ont affiché leur ambition de devenir des pays à «zéro carbone» et se projettent dans un avenir où les énergies renouvelables auront une place privilégiée. Je pense au développement des parcs éoliens et solaires. La biomasse-énergie contribue aussi à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette énergie intéresse tous les pays confrontés au dérèglement climatique. L’Île Maurice, qui cultive beaucoup de cannes à sucre, peut produire de la biomasse énergie. Toutes ces actions vont se mettre en place à travers des résolutions prises dans le cadre de la COP 21, des réseaux qui se sont tissés à l’issue de cette conférence, le Conseil des Nations des pays du Nord et des pays émergents.

Cela nécessite des mesures d’accompagnement et des fonds…
Bien sûr. Beaucoup de réunions ont été tenues et, d’ici la COP 22 à Marrakech, d’autres rencontres sont prévues pour voir comment les pays du Nord vont être en mesure d’aider les pays du Sud. Il faut être réaliste, ce n’est pas une question d’altruisme. Cette solidarité est nécessaire car les problèmes environnements concernent l’ensemble de la planète. Les problèmes ne sont pas nationaux mais globaux. (ndlr: 175 pays se sont mis d’accord pour mettre en œuvre l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables. Un fonds de 10 milliards de dollars a été promis aux pays africains). Les travaux de la COP 22 seront déterminants pour l’avenir de la planète.
 
En tant qu’experte de la biodiversité, et de par votre statut de cheffe d’État, vous avez les moyens de faire sauter les verrous et de mettre en place un processus de développement durable. Quelles sont vos idées ?
La protection de la biodiversité est une question cruciale qui concerne tout le monde. Et le poids porté par les pays en développement et les pays les plus pauvres et vulnérables est disproportionné par rapport à leur contribution au réchauffement climatique. Il est essentiel de protéger la biodiversité ainsi que les écosystèmes; sans cela, il ne peut y avoir de développement durable. On doit repenser nos comportements pour avoir moins d’effets néfastes sur l’environnement. Il faut vraiment travailler sur l’information et la sensibilisation pour changer les habitudes et avoir un comportement plus écologique.

Scientifique, vous avez promis de promouvoir la science dans votre pays et sur le continent africain. Comment ?
J’ai participé au lancement, après mon accession à la présidence de Maurice, d’une ONG internationale qui s’appelle Planet Earth Institute et qui œuvre pour la promotion de la science, la technologie et l’innovation en Afrique. Il s’agit d’accroître la capacité des universités et des centres de recherche dans des thématiques que je considère comme prioritaires, à l’instar de l’eau et de l’agriculture. Car à mon avis, c’est dans l’éducation à donner aux générations futures que réside l’espoir de préserver la biodiversité. Les jeunes doivent avoir accès au savoir, car c’est la science qui peut contribuer au changement.

Vous répétez souvent que Maurice a de bonnes pratiques à exporter. Lesquelles ?
Pour un petit pays comme Maurice, on est arrivé à sauvegarder 16% de la biodiversité mondiale. Tout cela grâce à un travail commencé il y a presque 30 ans avec la restauration des écosystèmes et l’on a pu sauver beaucoup d’espèces d’oiseaux et de la faune endémique de Maurice. Il faut comprendre que l’on ne peut pas préserver la biodiversité sans sauver les écosystèmes.

Enfin, l’économie frugale verte fait son chemin. Pensez-vous vraiment aujourd’hui que l’on peut faire plus avec moins ?
La vérité, c’est que l’on n’a plus le choix ! 


 

Fabuleux destin
Le 5 juin 2015, l’Île Maurice a écrit l’une des plus belles pages de son histoire. Pour la première fois, une femme est élue présidente du plus grand territoire de l’archipel des Mascareignes, qui abrite plus de 1,2 million d’habitants. Ameenah Gurib-Fakim, mère de 2 enfants et de confession musulmane, apolitique revendiquée, accède à 53 ans au sommet de l’État mauricien. Scientifique émérite, Ameenah Gurib-Fakim a été aussi la première professeure d’université de l’île, première doyenne de la Faculté des sciences. Elle a obtenu en 2007 le prix L’Oréal-Unesco pour son inventaire des plantes médicinales de Maurice. Le magazine Forbes la classe comme l’une des cent femmes les plus puissantes du monde.

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