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Liquidation de la Samir : Une cession à haut risque

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Mohamed El Krimi, syndic judiciaire chargé de la liquidation de la Samir, a tenu, jeudi 9 février, une conférence de presse pour faire le point sur la procédure de cession des actifs de la société. Critères de sélection, prix de cession, valeur des offres de rachat reçues…Le syndic a précisé les règles qui encadreront le processus de liquidation, sans pour autant dévoiler toutes ses cartes.


Après plusieurs mois de gestion de ce dossier aux multiples rebondissements, Mohamed El Krimi, syndic judiciaire chargé de la liquidation de la Samir, a décidé d’organiser, jeudi 9 février, un point de presse. À l’ordre du jour : la procédure de cession des actifs de la société. Le choix de l’organisation de la conférence, au siège social de la Samir à Mohammédia, n’est guère anodin. «La valeur d’une entreprise, c’est aussi son emplacement. Il faut entre 5 à 10 ans pour implanter une raffinerie et des années pour se doter de la main-d’œuvre et des cadres qualifiés pour faire tourner la machine», insiste d’emblée le syndic judiciaire, qui a publié la veille un appel à manifestation d’intérêt pour l’acquisition de l’ensemble des éléments de production de la Samir. Du coup, c’est une opération-séduction : il s’agit de vanter les atouts de la société ou, pour ainsi dire, embellir la mariée et faire monter les enchères.

Fondamentaux solides !
Mohamed El Krimi est convaincu que la Samir sera cédée dans de bonnes conditions. Toute l’importance est de garantir sa reprise par un investisseur solide capable de réussir son redressement. «Mon premier souci est le redémarrage de l’activité et la préservation des emplois. C’est le critère qui sera déterminant dans le choix du repreneur», indique El Krimi. Pour lui, le tribunal de commerce a été très sage en décidant la liquidation de la société avec continuation de l’activité. «Deux facteurs font qu’aujourd’hui la Samir est attrayante. D’abord, le maintien de l’outil de production. Le futur acheteur devra investir quelque 40 MDH et commencer l’activité dans 4 à 6 semaines. S’il n’y avait pas ce maintien, il fallait compter des milliards de dirhams d’investissements et pas moins de 18 mois pour redémarrer. Ensuite, le maintien des salariés et cadres de l’entreprise qui sont une denrée rare dans ce domaine», explique le syndic judiciaire. Suivant cette logique, «le prix de cession n’est guère le critère le plus déterminant. Nous cherchons un investisseur qui ait un business plan clair et structuré et qui présente des garanties quant à l’exécution de ses engagements», poursuit-il. À le croire, les investisseurs se bousculent au portillon. «Nous avons commencé à recevoir des manifestions d’intérêts depuis juin 2016. De grands noms se sont manifestés. Il s’en est suivi un échange d’informations, la signature d’un protocole de confidentialité, des visites des sites de production…À l’issue du processus, tous ces investisseurs ont affiché un intérêt fort pour la Samir», assure Mohamed El Krimi. Seulement, au bout du compte, seules deux «offres» de rachat ont été reçues. Et encore…

Prix : qui dira mieux ?
La première, qui avait fait couler beaucoup d’encre, émane du cabinet d’avocat italien Studio Mazzanti & Partners pour le compte d’un client dont l’identité n’a pas été dévoilée. L’on parle d’une «proposition» de 31 MMDH. La seconde «offre», quant à elle, émane d’une société du nom d’Anglo Energy qui aurait allongé 31,5 MMDH. Question : pourquoi un investisseur proposerait un prix de rachat plus élevé de près de 10 MMDH que la valeur de l’entreprise ? L’évaluation des actifs de la Samir, réalisée par 14 experts mandatés par le tribunal de commerce et validé par le juge-commissaire par une ordonnance du 30 janvier, est en effet largement en dessous des montants évoqués.

En tout et pour tout, la valeur des actifs de la Samir (l’unité de production, le foncier, les biens meubles et immeubles, les biens meubles logés chez sa filiale de Sidi Kacem, les œuvres d’arts, les participations dans le capital social, les titres fonciers, les moyens de transport de la société, etc) ne dépasse pas les 21,6 MMDH. «Plusieurs évaluations sont sur la table et les investisseurs potentiels ont de leur côté engagé des cabinets spécialisés pour avoir une idée claire sur la valeur de l’entreprise.

Dans tous les cas, le montant validé par le tribunal est donné à titre indicatif», commente Mohamed El Krimi, sans pour autant convaincre. Le mystère demeure en tout cas entier sur les deux «offres». Pourquoi un grand investisseur engagerait un (très) petit cabinet d’avocats italien, basé à Bologne, pour formuler une proposition d’achat de 31 MMDH ? Si la Samir est convoitée par de gros calibres de l’industrie mondiale des hydrocarbures, pourquoi (jusque-là) l’on compte dans la liste des prétendants Anglo Energy, un nom inconnu au bataillon ? Et puis le timing de la communication autour des deux «offres» est aussi suspect. Le 28 décembre dernier, alors que le juge-commissaire s’apprêtait à valider l’évaluation des actifs de la société et décider de la mise à prix, il est saisi par le syndic qui lui fait part d’une offre de rachat de la Samir d’un montant de 31 MMDH. Résultat, le juge-commissaire temporise en attendant l’étude de la «proposition» de rachat. Le 30 janvier, quelques heures après la décision du juge-commissaire ordonnant la mise en vente des actifs de la société sans fixer un prix d’ouverture, le syndic annonce la réception d’une deuxième offre à peu près au même prix que la première : 31,5 MMDH. Une manière de faire monter les enchères? On en saura un peu plus dans les jours qui viennent…

Le repreneur idéal
Conformément à l’appel à manifestation d’intérêt, les investisseurs intéressés devront soumettre leur offre dans un délai de 30 jours en l’agrémentant des garanties nécessaires (prévisions d’activité et de financement sur les cinq prochains exercices ; le prix de cession et les modalités de paiement ; le niveau et les perspectives d’emplois justifiés par l’activité considérée ; les garanties nécessaires pour l’exécution de l’offre…). Ensuite viendra l’étape de l’étude des dossiers et de la sélection du «mieux-disant». Pour encadrer au mieux cette opération, le syndic et ses équipes ont élaboré un cahier des charges détaillé. «C’est un travail colossal qui n’a jamais été réalisé dans l’histoire des liquidations au Maroc. Un cahier des charges de 135 pages accompagné de 15 annexes qui contiennent toutes les données dont un investisseur aura besoin», annonce Mohamed El Krimi en brandissant fièrement les documents en question. Présentation de la société, acteurs du marché, cadre réglementant le secteur, rapports d’activité annuels, plans d’investissement, évolution de l’activité de raffinage, port de Mohammédia, présentation de la raffinerie, états des stocks, les immobilisations corporelles et incorporelles, les contrats courants…tout y est. «Après la réception des offres, le syndic fera une première étude sur un certain nombre de critères. Le prix est un critère parmi d’autres, mais le plan d’investissement sera le plus déterminant», insiste El Krimi. Une vente en dessous de 21,6 MMDH, montant de l’évaluation des actifs de la société ? «Tout dépend de l’offre dans sa globalité. Même la proposition d’un dirham symbolique, associé à un plan de développement de l’activité et à une création massive d’emplois, sera étudiée», rétorque le syndic judiciaire.


La Samir en chiffres

1er janvier 1959
Date de création

330 hectares dotés de plus de 185 titres fonciers
Superficie globale des sites d’activité

Mohammédia, Sidi Kacem et El Jorf
3 sites régionaux

5 filiales à 100% et participation dans 3 sociétés
Filiales et participations

900 collaborateurs
Effectif global

50 à 60%
Part de marché

20 à 25% de la production
Exportations

10 millions tonnes/an
Capacité de raffinage

2 millions de m3
Capacité de stockage

200 sociétés marocaines
Sociétés de sous-traitance

Plus de 27 MMDH depuis 1997
Investissements

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