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«La lutte contre l’analphabétisme est l’affaire de tous les acteurs»

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Abdessamih Mahmoud, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA)

Les efforts d’alphabétisation doivent s’accélérer. Certes, l’analphabétisme au Maroc a beaucoup diminué au cours des dernières années; cependant, son taux demeure encore élevé (32%). Le phénomène est complexe et nécessite de faire davantage de progrès. Le point avec Abdessamih Mahmoud, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme (ANLCA).

Les ÉCO : Le Maroc a déployé de grands efforts en matière de lutte contre l’analphabétisme. Quelles sont les contraintes qui empêchent  l’éradication totale du fléau ?  
Abdessamih Mahmoud :  Le Maroc a parcouru un long chemin en matière de lutte contre l’analphabétisme puisque le taux d’analphabétisme est passé de 87% en 1960 à 32% en 2014. De grands efforts ont donc été accomplis, particulièrement en termes d’accélération du rythme des réalisations, puisque près de 6,8 millions de personnes ont pu bénéficier des programmes d’alphabétisation durant cette dernière décennie, soit une moyenne de 680.000 bénéficiaires par an. Cependant, la complexité de ce phénomène nécessite de faire davantage d’efforts et de progrès. L’avènement de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme est une valeur ajoutée et vient donner un nouvel élan aux actions entreprises et menées dans ce cadre, avec une vision stratégique qui tient compte des spécificités des bénéficiaires en mettant à la disposition des différentes catégories des programmes d’alphabétisation adaptés à leurs besoins. Le renforcement du cadre de gouvernance, la mise en place d’un système de suivi et d’évaluation efficace permettant de disposer de données fiables et actualisées et aux décideurs de réajuster la stratégie et la politique d’alphabétisation, sans oublier le développement du partenariat et de la coopération avec les partenaires techniques et financiers, les opérateurs publics et privés sont tous des facteurs déterminants qui devraient contribuer à la réalisation des objectifs aussi bien quantitatifs que qualitatifs.


Faut-il constituer une alliance nationale contre l’analphabétisme ?
La réduction de l’analphabétisme voire son éradication nécessite la mobilisation des différents partenaires comme les opérateurs publics, le secteur privé, les conseils territoriaux, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers dans le cadre de la coopération internationale, pour venir à bout de ce fléau. Dans ce sens, plusieurs partenaires au niveau national et international sont mobilisés aux côtés de l’agence, et des actions sont entreprises, dont le renforcement quantitatif et qualitatif des modalités de mise en œuvre du partenariat avec les ONG, l’initiation d’activités de partenariat avec différents départements ministériels, la mise en œuvre en cours des plans régionaux d’alphabétisation en partenariat avec les conseils territoriaux ainsi que la réalisation d’activités de coopération internationale avec les partenaires techniques et financiers.

Quelle est  l’implication de la société civile et du secteur privé dans l’effort national d’alphabétisation ?
L’action de la lutte contre l’analphabétisme est l’affaire de tous. La société civile, le secteur privé, les opérateurs publics et les conseils territoriaux sont tous impliqués et interviennent dans cette action. Ils sont d’ailleurs représentés dans le Conseil d’administration de l’ANLCA et contribuent à l’élaboration des politiques et stratégies d’alphabétisation. Les ONG constituent le partenaire principal de l’agence dans ce domaine. En effet, en raison de la flexibilité de leur mode d’action et de leur proximité avec les populations concernées, les associations jouent un rôle important dans la réalisation des objectifs dans le domaine d’alphabétisation puisqu’elles forment annuellement plus de la moitié du total des bénéficiaires. L’implication du secteur privé via l’alphabétisation des salariés des entreprises est également d’une grande importance pour l’ANLCA puisqu’elle permet la mise à niveau de la population active, chose capitale pour relever la productivité et la compétitivité dans ce secteur.
 
Le Maroc pourra-il atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2024 ?
La deuxième session du Conseil d’administration de l’ANLCA, tenue le 22 février, a validé la feuille de route 2015/2024 qui met l’accent sur l’objectif visant la réduction de l’analphabétisme au Maroc notamment l’accélération des rythmes des réalisations. Ainsi, l’ANLCA œuvre pour réunir les conditions favorables à la réalisation de cet objectif, par plusieurs actions. Il s’agit notamment de la simplification des procédures de réalisation des programmes d’alphabétisation, l’augmentation du nombre des bénéficiaires des programmes d’alphabétisation mis en œuvre en partenariat avec les ONG et la a mise en œuvre d’un cadre organisationnel adéquat.

Et  en milieu rural et pour les femmes surtout ?
En 2014, le taux d’analphabétisme chez la femme est de l’ordre de 41,9%. Ce taux s’élève à 47,7% en milieu rural. En comparaison avec l’année 2004, ces taux s’élevaient à, respectivement, 55% et 60%, ce qui signifie un gain de 13 points pour les femmes et de 12 points pour le milieu rural. De même, au niveau des réalisations, les femmes constituent plus de 80% des bénéficiaires inscrits annuellement, alors que les bénéficiaires dans le milieu rural constituent près de 50% de l’ensemble des inscrits. Cependant, beaucoup d’efforts restent encore à déployer à ce niveau. C’est pourquoi la priorité est accordée aux segments des femmes et de la population analphabète en milieu rural, à côté du segment des jeunes âgés de 15-34 ans.

Croyez-vous que le développement de compétences de base de la population analphabète est aujourd’hui suffisant?
L’ANLCA, dans sa vision stratégique, lie l’alphabétisation à l’apprentissage tout au long de la vie. Cette vision est non seulement fondée sur l’aspect quantitatif, mais elle met également l’accent sur des actions d’ordre qualitatif visant l’amélioration de l’intervention des différents acteurs à tous les niveaux de la chaîne d’apprentissage. À cet égard, des actions de renforcement des capacités des intervenants ont été concrétisées, principalement la formation des formateurs dans les techniques andragogiques. À cela s’ajoute un système de certification et de validation des acquis qui a été mis en place, sans oublier le système d’information de management des programmes d’alphabétisation qui a été développé. Un ensemble de programmes d’alphabétisation initiés par l’agence visent à répondre aux besoins spécifiques de chaque catégorie de bénéficiaires.

Ces programmes, matérialisés par des manuels didactiques permettant de couvrir l’ensemble de la population cible selon des contenus adaptés. Quatre programmes sont déjà opérationnels. Le Programme communautaire (ou programme alphabétisation) est destiné à toutes les personnes analphabètes ou insuffisamment alphabètes qui ne peuvent pas bénéficier des autres programmes. Ce programme constitue un tronc commun et vise le développement des compétences de base. Un deuxième programme porte sur l’insertion socio-économique (ou programme post-alphabétisation). Il est destiné à la population active, occupée ou en chômage ayant déjà acquis les compétences de base. Considéré comme une continuité à la formation de base, ce programme vise la consolidation et l’enrichissement du niveau d’alphabétisme du bénéficiaire tout en l’accompagnant dans le montage, la réalisation ou l’amélioration de son projet économique ou de son activité génératrice de revenus. Le troisième programme est  destiné aux bénéficiaires appartenant à la population active dans les secteurs productifs et/ou de services déterminés.

Les contenus sont conçus, en concertation avec les secteurs concernés, pour répondre à des besoins spécifiques conformément aux profils des bénéficiaires, à la nature des services et des qualifications demandés, tout en liant la formation initiale à la formation continue. Le quatrième programme est destiné aux jeunes analphabètes ou faiblement alphabétisés actifs ou en chômage, âgés de 15 à 34 ans. Il vise la contribution à l’insertion socioprofessionnelle de la population cible via l’amélioration de leurs compétences de base ainsi que le renforcement de leurs capacités de communiquer en langues étrangères.  

Quelles sont vos priorités pour cette année?
La priorité est accordée à plusieurs axes. L’objectif est de poursuivre le processus de l’institutionnalisation de l’agence et mettre en place les bases de la bonne gouvernance. On vise aussi à ériger l’agence en un véritable centre d’expertise en matière d’ingénierie d’alphabétisation, à développer le partenariat national et international et à renforcer la communication et le plaidoyer en faveur de l’alphabétisation.

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