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Formation du gouvernement : Les clés de l’efficacité

L’entame du compte à rebours pour l’aboutissement d’un accord entre les 5 partis concernés par la formation du nouvel Exécutif se fait parallèlement à la finalisation de l’ingénierie gouvernementale qui conditionnera l’homogénéité et l’efficacité de la nouvelle équipe de l’Exécutif. Un Exécutif resserré de 20 à 25 ministres et l’orientation africaine et sociale du prochain gouvernement sont parmi les pistes les plus plausibles pour les alliés du PJD. 

L’accélération des pourparlers autour de la formation du nouveau gouvernement a fait ressortir les mesures préconisées pour la mise en place du nouvel Exécutif, après la rencontre préliminaire qui a eu lieu entre les leaders du PJD et du RNI. Les réactions affichées à l’issue de cette rencontre laissent présager une très probable «cohabitation» entre le parti de la colombe et celui de la balance, ce qui sera synonyme d’une annonce d’une formation gouvernementale avant la fin de cette semaine, selon les prédictions d’Aziz Akhannouch, après sa rencontre avec Benkirane.


Le chef de gouvernement désigné devra poursuivre ses concertations avec l’USFP et l’Istiqlal dans un esprit positif, avec cette fois des discussions portant sur le vif du sujet, essentiellement la nouvelle ingénierie gouvernementale et la répartition des portefeuilles ministériels. Sur ce volet, plusieurs questions semblent faire l’objet d’une concordance de points de vue, à commencer par éviter le risque de l’hypertrophie du corps ministériel. Ainsi, et selon plusieurs sources, l’orientation générale sera celle d’un gouvernement «restreint», avec au maximum 25 portefeuilles, qui sera dirigé par des leaders «incontestés», non seulement au sein de leurs partis respectifs, mais aussi au sein de l’opinion publique en général.

En plus de la réduction des dépenses, cette formule sera de nature à assurer une plus grande convergence entre les départements ministériels, que ce soit pour les stratégies sectorielles que pour la mise en œuvre des programmes sociaux. Hormis cette problématique de taille de la nouvelle équipe gouvernementale, la vision relative aux pôles économiques et sociaux qui a prévalu lors du premier mandat de la Constitution de 2011 devra se confirmer durant cette nouvelle législature. Les pistes les plus plausibles tournent actuellement autour du maintien des exigences liées au développement durable, l’environnement et l’Afrique au sein des attributions qui seront accordées aux nouveaux départements créés.

Exit , les ministères délégués
Parmi les clés de la réussite de l’homogénéité gouvernementale recherchée par les 5 partis se trouve l’idée de reléguer au second plan le modèle d’un ministère qui dépend entièrement des ministères délégués qui lui sont rattachés. Cela sera le principal challenge de la nouvelle majorité, ou la notion «de l’intérêt suprême de la nation» devra logiquement se traduire par l’octroi de pleins pouvoirs aux départements qui seront concernés par la nouvelle répartition des attributions. Sur cet aspect, ce sont pas moins de 4 départements qui pourront voir leurs missions changer au cours du prochain mandat. C’est le cas essentiellement pour le département des Finances qui pourra s’adjuger le vaste champ de l’économie solidaire et celui de l’artisanat, ainsi que du département de l’Énergie et de l’environnement qui pourra s’occuper directement de certaines missions dans la gestion des eaux et forêts.

Le département de l’Emploi est parmi les ministères qui sont concernés par la nouvelle ingénierie avec les exigences du dialogue social qui imposeraient que ce ministère se charge également des affaires des entreprises. Cette nouvelle entité serait en effet en mesure de faciliter les rapports entre les partenaires sociaux, notamment les ailes syndicales de l’Istiqlal et de l’USFP. Pour l’orientation africaine, les réglages à apporter portent en fait sur tous les départements qui sont chargés de la question de la migration, mais aussi l’exécution des accords conclus avec les partenaires du continent.

Sur ce point, le renforcement du budget alloué au département des Affaires étrangères ainsi que le vaste mouvement de réforme des consulats seraient les préludes d’un rattachement de la politique africaine du Maroc dans ses dimensions humaines et politiques aux diplomates marocains. Les affaires culturelles qui sont citées souvent comme étant le secteur le plus oublié par les programmes gouvernementaux pourra, quant à lui, se greffer au département de la Communication, comme cela figure déjà depuis 2011 au sein du Parlement avec des commissions qui se chargent à la fois des affaires culturelles et de l’évaluation du rendement des médias publics.

Enfin et pour l’épineuse question de la réforme éducative, le scénario le plus réaliste serait de dissocier le département de l’Éducation nationale de celui de la formation professionnelle, eu regard aux chantiers urgents qui devront focaliser l’attention du futur ministre de l’Éducation nationale concernant la mise en œuvre échelonnée de la vision 2015-2030. À côté de ces réglages qui devront être tracés au moment de l’établissement du programme gouvernemental qui sera présenté devant les deux chambres du Parlement se trouve d’autres idées qui veulent calquer le modèle adopté lors du mandat 2011-2016, essentiellement le renforcement des missions des ministères de la Santé, de l’Agriculture, de l’Habitat et de l’urbanisme ainsi que de maintenir l’Équipement et le transport entre les mains des mêmes décideurs.


Mohamed Yatim
Membre du secrétariat général du PJD

«Il serait illusoire de croire que la logique de la coopération et du partenariat pourra être abandonnée lors de la formation du gouvernement, qui est cruciale pour toute majorité, quelles que soient ses composantes. Il n’y a qu’une issue : mener des négociations collectives et objectives entre les partis concernés, sur la base de la méthodologie démocratique et avec une souplesse et un compromis suffisants pour former un gouvernement homogène, qui dépassera les calculs liés au positionnement. Il est temps après la rencontre du chef de gouvernement désigné avec les conseillers du roi de mettre en commun les efforts et d’adopter un discours unificateur sur la base d’un compromis créateur. Il est temps aussi de délaisser les discours destinés à la polarisation et l’auto-renforcement au détriment des autres partenaires.


L’approche genre fortement pesante

La présence des femmes au sein du prochain gouvernement ne semble pas être une question secondaire lors de ce sprint final des concertations. Plusieurs suggestions seront débattues durant l’étape décisive du choix des ministres, lesquelles seront prises en compte par les 5 partis les plus pressentis pour former le nouvel Exécutif. La question intéresse également la Chambre des représentants, avec «des concessions» qui seront prises de part et d’autre, en vue de permettre aux femmes d’être représentées de manière équitable au sein du nouvel Exécutif mais aussi au sein des diverses instances décisionnelles de la 1re Chambre. Même si rien ne filtre encore sur les candidates qui seront proposées avant de se mettre d’accord sur la liste définitive des ministres, tout laisse à penser que la nouvelle équipe devra assurer aux femmes des postes qui vont au-delà des ministères délégués, comme cela a été le cas durant le précédent mandat, aux supers ministères.

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