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Abdelilah Benkirane défend son bilan

Invité de l’émission Fi’Samim d’Horizon TV, le secrétaire général du parti de la Justice et du développement, Abdelilah Benkirane, rejette en bloc les accusations de ses détracteurs. Le chef de file du parti de la lampe dresse un bilan gouvernemental plutôt positif tout en reconnaissant quelques défaillances. La réforme de l’enseignement est un chantier inachevé, au grand regret du Chef du gouvernement.


Les Inspirations ÉCO : Après cinq ans de gestion des affaires publiques, qu’est ce qui a changé pour le PJD ?
Abdelilah Benkirane : Quand j’arrive au siège du parti, je retrouve les voitures des ministres (rires). La disparition d’Abdellah Baha constitue un grand changement. Mais, nous avons pu poursuivre notre chemin.

Vous avez souligné que certaines choses échappent à ceux qui n’ont jamais été aux commandes des affaires publiques. Comment allez-vous tirer profit de cette question en cas de votre retour au gouvernement?
C’est une réalité avérée. Quand nous étions dans l’opposition, notre action était limitée au parlement et au contact avec les ministres au sein de l’institution législative ainsi qu’à la visite parfois de l’un d’entre eux. La gestion du gouvernement constitue un monde à part. Le PJD est prêt à interagir positivement avec l’ambiance à laquelle il s’est adapté en vue d’atteindre de nouvelles réalisations pour le pays. Les cinq dernières années n’ont pas été stériles. Je pense que dans les années à venir, les choses s’amélioreront.

Vous avez édité un livre retraçant le bilan gouvernemental. Pourriez-vous nous citer trois réalisations qui vous tiennent à cœur ?
Parfois, je me demande si je suis bien au Maroc ou dans un autre pays. Par mauvaise foi, une certaine presse accuse le gouvernement de n’avoir rien réalisé. Je pense que la société va les tourner en dérision ainsi que ceux qu’ils représentent. Quand je consulte le livre du bilan du gouvernement, je suis moi-même surpris. Les réalisations sont multiples au point que j’oublie certaines d’entre elles. Il est difficile de n’en citer que trois. Toutefois, je tiens à souligner qu’en dépit des progrès, il est difficile d’ignorer les blocs de béton qui barrent le chemin. Nul ne peut nier que le gouvernement a sauvegardé les équilibres macro-économiques alors que les indicateurs étaient au rouge à travers notamment la décompensation des carburants. Nul, non plus, ne peut nier que le gouvernement a mis en place la réforme des retraites pour rassurer quelque 300 milles citoyens sur leur pension malgré sa baisse et la prolongation de la période de travail. Nul ne pourra avoir le courage d’enlever au gouvernement ces mérites.

Pourtant, les critiques sont nombreuses…
Ce sont quelques personnes sans vergogne qui travaillent dans la politique et les médias. Nul ne peut enlever à ce gouvernement le mérite d’avoir stoppé les grèves anarchiques. Les élèves n’étaient scolarisés que 60 à 70 jours par an alors qu’actuellement, ce chiffre a été porté à 200 jours. Les collectivités locales ne travaillaient que deux jours par semaine. Ces personnes devaient reconnaître les réalisations du gouvernement tout en relevant ce qui n’a pas été réalisé. On estime que le gouvernement a tiré profit de circonstances favorables dont la pluie et la baisse des cours du pétrole. Je pense qu’il faut se féliciter car nous avons été bénis.

Ces accusations portent plutôt sur vos efforts qui auraient pu être plus difficiles en l’absence de ces circonstances…
Il faut prendre en considération le résultat et la manière dont le gouvernement a interagi avec toutes les circonstances. Pour la première fois, le gouvernement a porté un intérêt à une catégorie sociale marginalisée. Je fais référence notamment aux veuves. Les étudiants ne sont pas en reste. On ne peut pas supprimer ces initiatives du registre du gouvernement. Pour brouiller les actions du gouvernement qui choquent ses adversaires, des journaux et des sites sont mobilisés.  

Quelles sont les choses que vous n’avez pas pu réaliser et qui vous laissent un goût amer ?
Je n’ai cité que quelques réalisations. Je n’ai pas mentionné, à titre d’exemple, la réforme dans le secteur de l’eau et l’électricité, la contribution libératoire qui a drainé au pays des milliards de DH… Bien sûr, nous n’avons pas atteint tous les objectifs escomptés. Certaines questions me tiennent à cœur, à commencer par les accidents de la circulation, qui est l’un des problèmes épineux. Le nombre des accidents de la circulation reste élevé au Maroc. Leurs victimes se comptent par milliers. Certains qui sortent handicapés de ces accidents deviennent un fardeau pour leurs familles et l’État… Par ailleurs, l’enseignement figure aussi en tête des problématiques. C’est un grand chantier ouvert, sans l’accomplissement duquel l’avenir ne sera pas prospère. Ce secteur nécessite le déploiement de grands efforts. Sur le volet de l’emploi, il est nécessaire de s’atteler à la formation des enfants que ce soit au niveau de l’enseignement ou de la formation professionnelle, afin  d’en faire des profils recherchés tant au niveau intérieur qu’extérieur. Cette approche nécessite d’être développée. Il faut réfléchir à une formule comme celle de la promotion nationale. L’idée est de permettre aux travailleurs journaliers de ne pas rentrer bredouille chez eux. Cela est possible en cas de suppression de la Caisse de compensation, qui a coûté quelque 57 MMDH en 2012. Nizar Baraka soulignait d’ailleurs que le Maroc ne pouvait supporter que 30 MMDH. Ce budget doit être plutôt engagé dans le sens de l’atteinte de l’équilibre dans la société. Certaines tâches comme l’embellissement des avenues, l’action sociale dans les hôpitaux et au profit des personnes âgées peuvent être accomplies par les citoyens. Il faut penser à certains métiers qui ne sont pas matériellement rentables pour éviter de faire concurrence à l’économie nationale. Les bénéficiaires doivent être réintégrés dans la production nationale.

En cinq ans, vous avez économisé quelque 100 MMDH grâce à la réforme de la compensation. D’aucuns vous accusent d’avoir consacré la majorité de cette somme aux dépenses de fonctionnement…
Le coût de la compensation était de 57 MMDH en 2012 et 46 milliards en 2013, soit une baisse réalisée de 11 MMDH. Sans cela, nous aurions aurait été obligés d’emprunter cette somme. Des programmes, dont certains lancés par Sa Majesté le Roi, n’auraient pas pu être réalisés en raison de la pression de la Compensation qui a baissé à 35 MMDH en 2014 puis à 24 MMDH en 2015 et 15 MMDH voire 12 en 2016. Le directeur du Budget, Faouzi Lakjaa, m’a déjà souligné que sans la réforme de la Compensation, il était impossible d’élaborer le Budget. En effet, nous avions frôlé l’asphyxie. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons contracté la ligne de précaution et de liquidité du FMI. Si la Compensation était maintenue, nous aurions aurait utilisé cette ligne.

Mais, le prix du pétrole a baissé sur les marchés…
Les prix du pétrole ont baissé vers la fin. Nous avons augmenté le prix des carburants en 2012, puis nous avons mis en place l’indexation. Vers la fin de 2014, les cours du pétrole ont commencé à baisser. Ainsi, nous n’avions pas besoin d’augmenter les prix. Malgré l’économie opérée au niveau de la Caisse de compensation et la baisse des cours de pétrole, l’endettement a augmenté.

Que répondez-vous aux accusations de vos adversaires quant au niveau élevé de l’endettement?
Mohamed Boussaid (ndlr : ministre de l’Économie et des finances) a affirmé aux parlementaires que l’endettement est destiné à financer le déficit. Le Maroc a une excellente réputation car il paie ses dettes. Quand on n’a pas de quoi payer, on contracte un crédit. Notre système comprend les dépenses fixes et l’investissement public qui atteint 189 MMDH. Nous étions devant deux choix : faire baisser l’investissement ou préserver son niveau à travers l’endettement. Notre choix était de maintenir le rythme des investissements. Mais, nous commençons à contracter de moins en moins de dettes. Selon Mohamed Boussaid, pour la première fois, le niveau d’endettement de cette année est égal à celui de l’année précédente alors que la tendance était à la hausse. En 2017, la baisse sera entamée pour pouvoir arriver à un certain équilibre. La réduction de l’investissement, comme on l’a déjà fait, a un impact négatif sur l’économie. Elle est ressentie par les investisseurs mais aussi les employés. Le niveau d’endettement actuel est le cumul de plusieurs années. Il faut maintenir l’effort en modifiant notre modèle économique, en passant de l’encouragement de la consommation à l’encouragement de la production, ainsi que par la révision du mode de fonctionnement de l’administration. C’est pour cette raison qu’il était impossible d’augmenter les salaires des fonctionnaires. Le Maroc a encore besoin de déployer de grands efforts pour maîtriser les dépenses à travers plusieurs mesures.

Le gouvernement aurait pu diminuer les dépenses en s’attaquant aux dizaines de milliers de fonctionnaires fantômes…
Nous n’avons pas de chiffre précis sur le nombre des fonctionnaires fantômes. Chaque année, entre 1.000 et 2.000 personnes sont suspendues. Cette question est certes importante, mais elle n’est pas la plus essentielle. Dans l’administration, plusieurs choses sont à relever.
Il faut une approche rationnelle pour pouvoir détecter avec exactitude le nombre et le lieu d’affectation des fonctionnaires fantômes. Et, sincèrement, c’est cela que nous ne sommes pas ce qu’on n’est pas parvenus à faire.

Le dossier de la réforme des retraites vous tient à cœur. Que diriez-vous aux fonctionnaires qui affirment ne pas être prêts à supporter le coût de la réforme d’autant plus que les Caisses connaissent des dysfonctionnements ainsi que des détournements ?
Le fonctionnaire ne va pas supporter, seul, le coût de la réforme. Les fonctionnaires paient actuellement 10 points et l’État 10. Ce taux va passer progressivement à 14 pour chaque partie. Si quelqu’un détient un dossier sur un quelconque dysfonctionnement ou détournement, il n’a qu’à me le transmettre et je le porterai en justice. À une certaine époque, l’État ne payait pas sa part à la CMR. En 2004, les syndicats et le premier ministre Driss Jettou se sont mis d’accord pour injecter 11 MMDH à la Caisse. La question a été réglée. Il ne sert à rien de revenir au passé. Quand je suis arrivé au gouvernement en 2012, j’ai tiré la sonnette d’alarme sur la retraite selon les recommandations des experts. Il fallait opérer ce changement. Les raisons de cette crise sont objectives. Notre système était, en effet, généreux et la pension était basée sur le dernier salaire. Cela n’existe nulle part ailleurs. Les acquis des retraités n’ont pas été touchés. Si je n’avais pas opéré cette réforme, j’aurais quitté le gouvernement avec une grande amertume. Contrairement aux apparences, cette réforme est populaire et est dans l’intérêt des citoyens.

Dans votre programme électoral, vous ambitionnez de faire du Maroc une économie émergente. Les témoignages des citoyens de la marche de Casablanca laissent un grand doute sur cette question. Ne pensez-vous qu’il est difficile de faire d’un pays une économie émergente sans un capital humain adapté aux besoins du développement économique ?
Les citoyens qui m’ont demandé de quitter le gouvernement ont peut-être raison compte tenu de leur situation et leur culture. En tant que Chef de gouvernement, je dois déployer un effort pour que les citoyens ne soient pas manipulés. Le Marocain doit avoir un minimum de conscience. Dimanche dernier, le Maroc a été humilié. Mais, il faut dire qu’on ne peut pas réformer en un laps de temps court le niveau d’enseignement des citoyens. Pour réformer le système d’enseignement et atteindre les objectifs escomptés, il faut des dizaines d’années. En cinq ans, le secteur a été dirigé par des ministres connus pour leur sérieux, mais la gestion de ce dossier est difficile. Il ne s’agit pas uniquement de l’enseignement mais aussi de la culture. Dans l’avenir, il est indispensable d’accorder plus d’intérêt à ce dossier. Il faut mettre en œuvre des mesures urgentes en faveur de l’ensemble des citoyens. La vision stratégique du Conseil supérieur de l’enseignement doit être mise en œuvre.

L’on vous reproche l’utilisation de la religion à des fins politiques. Qu’en dites-vous?
La religion est le fondement de ce pays depuis l’avènement de Moulay Idriss. Sa Majesté le Roi est le commandeur des croyants. La gestion de la religion n’est pas l’affaire du gouvernement. C’est une prérogative de Sa Majesté le Roi. La Constitution est claire à ce niveau-là. C’est plutôt le parti qui est pointé du doigt en raison de son discours… Veut-on contrôler aussi notre discours ? Nous sommes Marocains et il est normal d’utiliser des formules faisant référence à l’Islam dans notre discours. L’Islam est une référence même pour ceux qui n’en suivent pas les préceptes. Le PJD a un référentiel islamique. Dans la gestion des affaires publiques, le parti n’intervient pas au niveau des libertés des citoyens en vérifiant à titre d’exemple s’ils font la prière ou pas. Mais, en même temps j’appelle les fonctionnaires à ne pas toucher aux fonds publics et à éviter la corruption. 

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