Des Marocains dénoncent « l’esclavage » dans des exploitations agricoles françaises
« Rien n’est respecté. On a profité de la situation précaire de salariés démunis dont la seule volonté est de travailler », a plaidé l’avocat des cinq trentenaires marocains détachés par Laboral Terra, entre 2012 et 2017, pour effectuer des missions dans huit entreprises spécialisées dans le conditionnement de fruits et légumes des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse et du Gard.
« Certains mois d’été, on a travaillé 260 heures, puis d’autres mois plus du tout et notre contrat s’arrêtait sans préavis », a raconté aux journalistes Yasmine, 36 ans, avant l’audience. La jeune femme explique avoir travaillé sept jours sur sept, jusqu’à 12 heures par jour, et touché entre 300 et 1.500 euros les mois les plus remplis.
« Ce n’est plus du travail détaché, mais de l’esclavage », a dénoncé Yasmine qui a constaté que « de nombreuses personnes étaient dans le même cas, mais n’osaient pas parler de peur d’être renvoyées dans leur pays ».
Les travailleurs détachés demandent la requalification de leurs contrats de travail en CDI et le versement de 13.800 et 37.000 euros de rappels sur salaires et d’indemnités notamment pour « licenciement sans causes réelles et sérieuses », ainsi que 6.500 euros de dommages et intérêts pour « marchandage » et « prêt illicite de main-d’oeuvre ».
La loi espagnole et non française doit s’appliquer, a fait valoir de son côté Laboral Terra. « L’adresse des salariés était en Espagne, leur contrat de travail rédigé en langue espagnole et régi selon des textes de loi espagnols », a relevé l’avocate de la société d’intérim Charlène Martane.
En début d’après-midi, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour soutenir les travailleurs détachés à l’appel du syndicat CGT qui s’est joint au dossier.
« C’est de l’esclavage moderne. Ces agences d’intérim mettent à la disposition des exploitations agricoles françaises, une main-d’oeuvre flexible et contrainte à la soumission sous peine d’être renvoyée dans son pays d’origine », a fustigé Franck Ariès, de l’union locale de la CGT.