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Investissement vert : quel rôle pour les institutions financières ?

L’engagement des institutions financières, des banques de développement et des acteurs multilatéraux, mais aussi celui des banques nationales, est fondamental pour accélérer la finance verte. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour sensibiliser davantage et simplifier les processus d’investissement.

La finance verte est un secteur en pleine expansion, mais encore largement méconnu et complexe pour de nombreuses entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME). Les institutions financières jouent un rôle clé dans l’accélération de ce marché en facilitant l’accès à des financements verts et en sensibilisant les acteurs économiques aux enjeux environnementaux.

Lamiae Derraji, principal banker à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), souligne l’importance des programmes lancés par des institutions telles que la BERD depuis 2014. Ces initiatives visent à soutenir le financement de projets verts en les cofinançant avec des acteurs comme le Fonds vert pour le climat et l’Union européenne.

Elle précise que «la BERD a financé, pour plus de 400 millions d’euros équivalent dirhams, des projets verts. […] Nous travaillons de pair avec d’autres bailleurs de fonds, surtout via les institutions financières locales, qui ont un impact réel sur le terrain», explique-t-elle.

Ces institutions ont lancé des programmes spécifiques pour rendre la finance verte plus accessible, notamment à travers des guides de financement, comme celui de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc), qui centralise les financements disponibles.

Cette démarche a contribué à la vulgarisation et à la démocratisation de la finance verte, tout en soulignant l’importance de la communication pour sensibiliser les entreprises, notamment les PME. Mamoun Tahiri Joutei, directeur central de l’intelligence économique et du développement durable à Bank of Africa, évoque, lui, la nécessité de mener un véritable travail de terrain pour convaincre les PME et TPME d’adopter des pratiques durables.

«Il y a un vrai travail à faire, et il ne suffit pas de tourner autour du pot pendant des années. Il faut aller voir les gens un par un, leur expliquer, et ce travail, on le fait bien avec la BERD et la BEI», souligne-t-il.

Il précise que son institution a mis en place plusieurs programmes pour accompagner les entreprises dans la transition vers une économie plus durable, en particulier à travers des incubateurs et des programmes de formation.

Dérisquage et soutien technique
De plus, la banque a développé l’Observatoire de l’entrepreneuriat et la chaire de durabilité des finances à impact, des outils permettant de renforcer l’accompagnement des entreprises en région, et pas seulement à Casablanca. Mamoun Tahiri Joutei insiste à ce titre sur l’importance d’intégrer la durabilité dans les programmes de formation et d’accompagnement. La question du financement reste cependant complexe pour de nombreuses entreprises. C’est pourquoi, selon Hamza Tber, associate director chez Boston Consulting Group (BCG), un des rôles principaux des institutions financières est de «dérisquer» les investissements dans des pays à faible et moyen revenu.

Ce concept renvoie à l’idée que les banques de développement doivent prendre en charge une partie du risque, rendant ainsi les investissements dans des projets verts plus attractifs pour les investisseurs étrangers. Hamza Tber explique que ces derniers cherchent un accompagnement pour réduire le risque, notamment en ce qui concerne les investissements dans les énergies renouvelables et d’autres projets verts.

«Les banques de développement doivent donc offrir un soutien technique et des financements concessionnels pour aider à structurer des financements hybrides, tels que le blended finance», ajoute-t-il.

Lors des débats, la question de la fluidité du mécanisme de la finance verte a également été soulevée. En effet, pour encourager l’adoption de la finance verte, simplifier le processus d’investissement s’avère essentiel. Cela étant, Mamoun Tahiri Joutei fait remarquer que, même si certains produits sont présélectionnés et que des audits énergétiques sont effectués, les institutions bancaires ont mis en place des outils pour faciliter l’acte d’investir.

«Nous, en tant que banque, nous avons la capacité de réaliser des audits énergétiques et de vérifier les projets une fois qu’ils sont installés». Selon lui, le secteur bancaire est particulièrement ouvert à l’idée d’investir dans des projets énergétiques.

«Le secteur bancaire est à la recherche de bons projets. Si un projet énergétique nous parvient, nous ferons tout pour l’aider à se concrétiser», précise-t-il, avant de conclure que le véritable défi réside dans la capacité des entreprises à présenter des projets intéressants, bancables et rentables.

Lamiae Derraji
Principal Banker – BERD

«La BERD a financé, pour plus de 400 millions d’euros équivalent dirhams, des projets verts. […] Nous travaillons de pair avec d’autres bailleurs de fonds, surtout via les institutions financières locales, qui ont un impact réel sur le terrain.»

Hamza Tber
Associate Director – Boston Consulting Group

«Les banques de développement doivent donc offrir un soutien technique et des financements concessionnels pour aider à structurer des financements hybrides, tels que le blended finance. Elles doivent prendre en charge une partie du risque, rendant ainsi les investissements dans des projets verts plus attractifs pour les investisseurs étrangers.»

Mamoun Tahiri Joutei
Directeur central, intelligence économique et développement durable – Bank Of Africa

«Nous, en tant que banque, nous avons la capacité de réaliser des audits énergétiques et de vérifier les projets une fois qu’ils sont installés. Le véritable défi réside dans la capacité des entreprises à présenter des projets intéressants, bancables et rentables.»

Ilyas Bellarbi / Les Inspirations ÉCO



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