Maroc

Recherche scientifique : l’amélioration de la gouvernance financière s’impose

Le ministère de l’Économie et des finances est appelé à revoir le système de contrôle du financement des projets de la recherche scientifique. Le ministre de tutelle, Saaid Amzazi, plaide pour «un contrôle d’accompagnement voire un contrôle a posteriori».

Le constat n’est pas nouveau, mais le fait qu’il vienne du chef de département de tutelle en dit long sur la situation alarmante d’un secteur qui devrait être stratégique: uniquement 0.8% du PIB est dédié à la recherche scientifique y compris les salaires. Il faut dire que, jusque-là, la recherche scientifique au Maroc n’a jamais été considérée comme un secteur prioritaire malgré sa plus haute importance pour le développement. La faiblesse du financement n’est pas l’unique problème qui mine le système et freine son développement, comme le précise Saaid Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique: «Le problème n’est pas uniquement d’ordre financier mais il s’agit d’une question de gouvernance financière des projets de recherche». Il faut dire que la gestion administrative et financière des projets de recherche scientifique est totalement incompatible avec la nature et les spécificités des activités de recherche scientifique et d’innovation. Une inadéquation totale est relevée par le département de tutelle entre, d’une part, les procédures administratives d’engagement des financements alloués à la recherche, et d’autre part, les réalités de la recherche scientifique acculée à une réactivité et une compétitivité extrêmes.


Cette situation impacte de plein fouet la production scientifique nationale et décourage les chercheurs. Amzazi déplore le fait que le financement des projets de la recherche scientifique, dans le cadre des conventions et de la coopération étrangère, soit traité de la même manière que les subventions par l’État: «il passe par un filtre tellement compliqué que les chercheurs, eux-mêmes, n’ont plus envie de s’investir… Le système actuel tue les initiatives des chercheurs».

Le ministre estime que le département de l’Économie et des finances est appelé à revoir sa manière de contrôle. Il plaide pour un contrôle d’accompagnement voire un contrôle a posteriori, car le contrôle a priori n’est pas adapté à la recherche scientifique. Le manque à gagner est énorme. En tant qu’ancien président d’université, Amzazi sait de quoi il parle : pour lancer un marché il faut six mois alors que la recherche a besoin de souplesse en matière de gestion. Le système actuel ne permet pas au Maroc de développer une recherche compétitive contrairement à beaucoup d’autres pays. La mise en place des fondations partenariales au niveau des universités permettra «de mieux gérer le financement de manière souple et agile, sachant que des dispositifs de contrôle existent (Commissaires aux comptes, l’Inspection générale des finances, la Cour des comptes)», comme le relève le chef de département de tutelle.

Aujourd’hui plus que jamais, l’amélioration de la gouvernance financière du système de recherche scientifique s’impose. Amzazi a récemment exprimé cette doléance au ministre de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration, Mohammed Benchaaboun, lors de sa présentation de la réforme des entreprises publiques dont font partie les universités. C’est au prochain gouvernement de mettre sur les rails ce projet qui devra libérer les énergies des chercheurs. Le futur Exécutif devra aussi prendre en considération les recommandations de la Commission spéciale sur le modèle de développement qui a pointé du doigt les insuffisances en matière de recherche scientifique au Maroc et qui a recommandé également l’amélioration de la gouvernance du secteur.

Sur le plan du financement, la CSMD préconise la mise en place d’un dispositif cohérent au cœur duquel une agence de moyens indépendante doit être capable de mobiliser des ressources importantes locales et internationales en évitant l’émiettement des financements. Il s’agit de créer un fonds de financement de la recherche et de l’innovation géré directement par un conseil scientifique indépendant et orienté directement vers les inventeurs et les chercheurs.

Ce financement doit permettre aux chercheurs de voir augmenter leurs salaires et la gestion des ressources du projet doit être sous la responsabilité du chercheur avec la plus grande souplesse: au moins 2 millions de dirhams sur cinq ans par professeur. Un mécanisme d’accompagnement doit être prévu à la fin de chaque bourse pour faciliter un éventuel transfert industriel. Idéalement, le financement de la recherche subventionnée par l’État, doit uniquement provenir de ce dispositif, en évitant le saupoudrage qui encourage souvent un nivellement par le bas, selon la commission. Pour les chercheurs, le guichet de financement unique leur permettrait d’éviter de se disperser à la recherche de petits financements. Cela assurerait également une cohérence globale de la recherche au niveau national.

D’après la CSMD, l’agence sera chargée de sélectionner des projets de recherche proposés par des chercheurs et de les financer sur plusieurs années. Lors de la première étape, des candidatures périodiques à des bourses seront présentées. Le processus ne doit pas être lourd ni dans la candidature ni dans le suivi. En second lieu, chaque bourse devrait être allouée à un chercheur pour que la responsabilité soit clairement identifiée. Il peut s’agir d’un projet réunissant plusieurs chercheurs dans un cadre pluridisciplinaire par exemple, ou d’un projet impliquant un partenaire industriel dans le cadre d’un transfert industriel.

Jihane Gattioui / Les Inspirations ÉCO

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