Maroc

MRE d’Espagne: comment vivent-ils la crise diplomatique ?

La crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne pourrait-elle avoir des conséquences néfastes sur le quotidien d’environ 1 million de Marocains présents sur le sol espagnol, surtout avec cette montée en puissance de l’extrême droite ?

Dimanche dernier, à Séville, le leader du parti d’extrême droite et ultranationaliste Vox, Santiago Abascal, distillait son animosité envers le Maroc, devant une foule exaltée agitant le drapeau espagnol et scandant des vivats. «Ce n’est pas la haine de celui qui est dehors qui nous mobilise, mais l’amour de ceux qui sont à l’intérieur», a clamé celui qui n’a aucun mal à accuser les migrants de tous les maux pour gagner en popularité.


Ce rassemblement était programmé à Sebta, où le chef de ce parti réactionnaire voulait faire une démonstration de force, afin d’intimider le gouvernement de Pedro Sanchez, qui traverse l’un de ses pires moments durant ce chancelant mandat. Mais, les autorités locales sebties ont décidé de suspendre tout acte ou rassemblement, par crainte de troubles à l’ordre public.

Mais cela n’est que la version officielle, car officieusement, il s’agit surtout d’éviter que cette formation xénophobe et réactionnaire perce davantage et tire profit de cette crise. «Il faut défendre les intérêts des Espagnols contre ceux qui veulent livrer l’Espagne aux communistes, au séparatisme (sic), et maintenant à l’immigration illégale», a clamé Abascal. Seulement, cette fois-ci, il n’y a pas que l’extrême droite qui s’acharne contre le Maroc.

L’extrême gauche marxiste a, elle aussi, organisé de nombreux sit-in devant les représentations consulaires du Royaume, appelant à la «rupture des relations» avec Rabat. À Madrid, Valence et Majorque, les manifestants ont brandi des pancartes et des drapeaux rouges, tout en appelant à couper les ponts avec le Maroc. Faut-il craindre une montée en puissance de la «morophobie», cette haine historique contre «los moros», c’est-à-dire les Marocains ?

Ceci, d’autant plus qu’il s’agit de la première tension diplomatique avec la forte présence d’un parti d’extrême droite xénophobe, qui affiche publiquement son ressentiment vis-à-vis du royaume. Pour Rachid Quaraoui, sociologue marocain résidant en Espagne, les relations sont tendues entre les deux pays, mais cela ne devrait pas se répercuter sur la plus importante communauté étrangère établie en Espagne.

«Les Marocains ne se manifestent pas et tentent de passer inaperçus. Ce qui est fort bien en ces temps de crispation et de tension», souligne notre interlocuteur.

Celui-ci n’écarte pas, toutefois, quelques incidents sans conséquence comme des regards de travers ou des commentaires à fort relent raciste. Néanmoins, il est préférable que la communauté marocaine évite les tensions et privilégie l’apaisement pour écarter toute confrontation directe, préconise-t-il. «Quoi que que l’on dise, les droits des citoyens sont protégés et nous sommes dans un État de droit en Espagne. Donc, si un membre de cette communauté se sent attaqué ou insulté, il ne devrait pas hésiter à porter plainte», recommande cet acteur associatif marocain.

En tout cas, la tension est à son comble et il y a de la poudre dans l’air. À ce propos, dimanche dernier toujours, la délégation du gouvernement central à Sebta a réitéré son refus d’autoriser des manifestations, qui semblent se multiplier. «Ce n’est pas le moment d’envenimer la situation et de crisper la cohabitation pacifique entre les Sebtis», a appelé la délégation, en guise de justification de son refus d’autoriser les multiples demandes relatives à l’organisation de sit-in devant son siège.

En parlant de cohabitation et de vivre-ensemble, celle-ci faisait allusion à ses scènes de tension entre une femme voilée espagnole et une autre qui la prenait pour une migrante marocaine. «J’avoue que je suis inquiète et j’évite de parler en arabe avec mes enfants dans la rue, d’autant plus que je vis dans un quartier dit chaud, où il existe une grande présence de sympathisants de la droite.

Déjà, durant les attentats terroristes, on sentait le poids des regards sur nos épaules… J’espère que cette crise s’estompera le plus vite possible», souhaite cette mère de famille marocaine établie en Espagne.

Amal Baba Ali, DNC à Séville / Les Inspirations Éco

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