Maroc

Maroc-Espagne : Sanchez souffle le chaud et le froid

Le chef du gouvernement espagnol persiste et signe : la crise avec le Maroc revêt un caractère migratoire ! C’est ce qu’il a rappelé dans sa dernière sortie médiatique après son remaniement.

Quelques jours après le remaniement de son équipe, Pedro Sanchez s’est exprimé sur les plateaux de la chaîne privée Telecinco, sur les motivations de la profonde refonte opérée au sein de son cabinet. Bien entendu, la question de la crise avec le Maroc figurait parmi les thèmes sur lesquels le chef du cabinet espagnol a été interpelé. Et, comme il fallait s’y attendre, Sanchez a botté en touche en évoquant la question migratoire, une attaque contre, non seulement l’Espagne, mais l’ensemble du «projet européen, qui regardait avec beaucoup de sympathie le Maroc», a-t-il martelé. Au sujet de l’éviction de la ministre des Affaires étrangères Laya, celle-ci, selon les propos de Sanchez, aurait toujours veillé à entretenir les meilleures relations avec un pays ami comme le Maroc, «un partenaire prioritaire pour l’Espagne», a-t-il rappelé. Un ton qui n’a pas évolué d’un iota par rapport aux discours solennels tenus avant la crise, mais qui ne se traduit guère sur le terrain par des actions concordantes. D’ailleurs, les médias espagnols ne paraissent pas convaincus par ces affirmations, considérant que l’éviction de la ministre traduisait la volonté du chef de l’Exécutif espagnol «d’entamer une nouvelle page dans les relations bilatérales avec le Maroc». «La pièce sacrifiée pour tenter de calmer le Maroc», titrait un journal de la péninsule. Pire, le départ de Laya était, selon la presse, réclamé par l’opposition pour qui la diplomate en cheffe espagnol était la première responsable de la dégradation des relations avec le Maroc. En somme, si cette éviction est vue comme un geste d’apaisement en direction du Maroc, sera-t-il suffisant ? Le départ de Laya ouvrira-t-il la voie à une réconciliation maroco-espagnole ? La ministre fût, certes, maladroite dans son approche, mais il est important de souligner qu’elle n’a jamais adopté un ton belliqueux, comme ce fut le cas avec la ministre de la Défense espagnole, Margarita Robles, qui a qualifié la vague migratoire qui s’est abattue sur Sebta de «chantage». La diplomate espagnole était sur le départ depuis quelques temps, non seulement à cause de ses déboires dans la gestion de la crise avec le Maroc, mais aussi pour ses multiples autres faux-pas. Concernant le dossier marocain, Laya n’a jamais «digéré» le fait que les autorités marocaines ne l’aient pas mise dans la confidence au sujet de la reconnaissance américaine du Sahara marocain. Présentée comme la bête noire des autorités marocaines, Laya était vouée à être sacrifiée sur l’autel des bonnes relations entre les deux pays voisins.


Toutefois, le remplacement de Laya par un fidèle des fidèles de Sanchez ne risque pas non plus de faire avancer les choses. Le nouveau diplomate en chef a, certes, adopté un ton cordial à l’adresse de son voisin du sud, en le qualifiant d’ami, un mot-bateau qu’utilise la diplomatie espagnole à tout bout de champ, mais cela ne l’a pas empêché d’accueilir en catimini le chef du Polisario, une action dont il ne saurait ignorer les conséquences explosives potentielles. Car il ne faut pas se leurrer, le fond du problème réside au palais de la Moncloa, qui abrite la primature espagnole. C’est le locataire de cette résidence qui a donné le feu vert pour la prise en charge du chef des séparatistes. La question est de savoir si les dernières mésaventures avec les autorités marocaines lui sont restés en travers de la gorge ? Sanchez n’a pas apprécié que le sommet bilatéral soit reporté à deux reprises, pour des motifs liés à la pandémie. La sortie de Carmen Calvo, que l’on présentait comme proche des milieux diplomatiques marocains, et à qui Sanchez aurait confié la gestion de la période post-crise, démontre que le chef du gouvernement veut gérer en personne ce dossier en le confiant à des personnalités rapprochées. Sachant par ailleurs que la logique aurait voulu que ce poste soit confié à Luis Planas, l’actuel ministre de l’Agriculture et ex-ambassadeur auprès du Maroc. Planas était un candidat crédible. Modéré et proche des «éléphants» historiques du PSOE, il aurait pu oeuvrer dans le sens du rapprochement des deux camps. Sa nomination aurait été apprécié par le Maroc, lui qui est proche des poids lourds du PSOE, lesquels soutiennent bec et ongles le projet marocain d’autodétermination. La volonté de Sanchez d’affermir son «indépendance» face aux ténors du parti, qui avaient tenté de l’éliminer au profit de sa rivale politique Susana Dias, la favorite de l’appareil du parti, l’a poussé à faire ce choix. Ce qui prouve que ses motivations sont d’ordre interne, et que la crise avec le Maroc n’est pas vraiment au centre de ses préoccupations. En tout cas, pas avant de calmer les critiques au sein de ses propres partisans, le grand défi qui l’attend à présent étant de resserrer les rangs du parti socialiste ouvrier espagnol, avant la tenue du prochain congrès.

Un remaniement pour corriger la donne

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a procédé, samedi dernier, à un vaste remaniement de son cabinet, le but annoncé étant de revitaliser le gouvernement avant la seconde moitié de son mandat. Le changement le plus important a été le départ de la vice-première ministre Carmen Calvo. La deuxième vice-première ministre et ministre des Affaires économiques, Nadia Calvino, a été promue à sa place. Les autres départs importants sont ceux d’Arancha Gonzalez Laya, qui a perdu son poste de ministre des Affaires étrangères, d’Isabel Celaa (Éducation et formation professionnelle), de Juan Carlos Campo (Justice), de Jose Manuel Rodriguez (Culture), de Pedro Duque (Sciences et innovation) et de Jose Luis Alabos (Transports). M. Sanchez est apparu à la télévision pour expliquer les changements. Il a nommé Jose Manuel Albares comme nouveau ministre des Affaires étrangères, Pilar Alegria, ministre de l’Éducation et de la formation professionnelle, Pilar Llop, ministre de la Justice, Miquel Iceta, ministre de la Culture, Diana Morant, ministre des Sciences et de l’innovation et Raquel Sanchez, ministre des Transports. «Il nous reste 30 mois de mandat et le gouvernement entame une nouvelle période. Nous avons constitué une équipe qui se concentrera sur une reprise économique équitable… Je tiens à souligner l’incorporation de jeunes hommes et femmes qui ont de l’expérience dans le secteur public», a affirmé le Premier ministre, ajoutant que les changements abaissent l’âge moyen de son cabinet de 55 à 50 ans.

Amal Baba Ali, DNC à Séville / Les Inspirations Éco

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