Maroc

Khalid Karbouai : «Notre pays peut et doit capitaliser sur ses ressources naturelles»

Khalid Karbouai
Consultant et Docteur en entrepreneuriat

Le Maroc a fait le choix de se tourner vers la mondialisation et d’ouvrir son économie. Il a donc accéléré la modernisation des structures économiques et financières afin de soutenir un rythme de croissance de l’économie marocaine et améliorer les conditions de vie des citoyens.

Mais s’inscrire dans cette globalisation de l’économie nécessite des adaptations permanentes, des entreprises et des ressources humaines du pays. Ainsi, tout changement qui affecte le monde, notamment les pays du Nord, peut engendrer un impact négatif ou positif sur l’économie du pays. Des changements rapides ont touché plusieurs pays ces derniers temps.

La Covid-19 représente la crise qui a bouleversé les vies, mais aussi l’économie des pays. L’emploi, étant un des leviers fondamentaux de la croissance du pays, a connu une crise sans précédent marquée par un ralentissement de l’économie mondiale et une hausse du chômage presque dans tous les continents. Comment peut-on donc répondre aux besoins ressentis sur le marché du travail dans un environnement soumis à des mutations socio-économiques ?

Notre analyse s’inscrit dans cet axe de réflexion en mettant en évidence les transformations sur le marché du travail en termes d’emplois, puisque certains métiers apparaissent quand d’autres disparaissent. Dans ce contexte une parfaite connaissance du capital humain, qui structure l’interaction «individu-organisation», et les potentialités de l’environnement, qui structurent l’interaction «individu-environnement», nous paraissent nécessaires pour mieux positionner le pays sur les métiers de demain en tenant compte de ses capacités liées au contexte.

S’agissant de l’interaction «individu-environnement», la situation technologique actuelle constitue un réel facteur de vulnérabilité pesant sur notre économie : insuffisances en termes d’infrastructures et de compétences. La transformation rapide induite par le digital bouscule la société et les modèles économiques établis : big data, e-learning, robotique, intelligence artificielle, fintech, ville intelligente…

En effet, une étude du cabinet McKinsey, publiée récemment, estime que, d’ici 2030, 800 millions d’emplois vont disparaître dans le monde au profit des innovations technologiques alors que Dell et «l’Institut pour le Futur» affirme que 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.Qu’ils soient jeunes diplômés candidats au marché de l’emploi ou salariés, le pays doit préparer un environnement technologique propice et accompagner les entreprises formant son tissu économique.

Cela permettra à ses entreprises de conduire des changements organisationnels afin de s’adapter aux nouveaux impératifs du marché, que ce soit en matière d’investissement technique ou en ressources humaines à travers la formation et la mise à niveau. Rappelons que les métiers qui seront très plébiscités dans le futur, sans parler de fonctions précises, relèvent du digital, du numérique et de l’intelligence artificielle.

Le monde de demain, selon les enquêtes, connaîtra l’avènement d’une véritable intelligence cognitive, capable d’imaginer des solutions, d’interpréter des données, même imparfaites, comme le font les humains actuellement. La troisième phase, selon la même étude, sera tout bonnement l’apparition de l’«être humain virtuel», pour après 2030 néanmoins. L’enjeu donc pour l’individu est de se recentrer sur ce qu’il peut faire de mieux qu’un robot. L’individu est amené alors à être plus flexible et plus disponible pour ces changements.

Selon le Bureau du Travail américain, les étudiants d’aujourd’hui seront passés par 8 à 10 emplois lorsqu’ils auront 38 ans, et l’étude de Dell ajoute qu’un bon nombre de salariés seront substitués à des «indépendants freelance» travaillant sur plusieurs missions avec plusieurs employeurs. Aussi, la fonction RH va devoir s’organiser pour anticiper les conséquences des évolutions liées à son environnement, tant interne qu’externe.

Pour ce faire, les fonctions RH doivent mettre en adéquation les compétences disponibles avec les métiers émergents, tout en respectant les aspirations du salarié, et les choix stratégiques de l’entreprise.  Même si le développement technologique est désormais indispensable pour soutenir l’économie et rester compétitif sur la scène internationale, cela ne représente pas le seul créneau qui pourra faire le bonheur de nos jeunes futurs diplômés. Notre pays peut et doit capitaliser sur ses ressources naturelles.

Ainsi, de nouveaux métiers peuvent émerger dans le secteur marin en exploitant la localisation géographique du royaume avec deux côtes, atlantique et méditerranéenne. De même le secteur de l’agriculture, qui représente le secteur primaire du pays, pourra présenter de réelles opportunités à nos jeunes notamment dans l’agriculture bio. Quant à l’approche interactive «individu-projet», la question est de savoir si l’on peut s’adapter aux changements de l’environnement et mieux répondre aux besoins ressentis sur le marché du travail local.

Il s’agit de proposer un modèle économique basé sur un type d’éducation capable de soutenir le développement du pays. A cet effet, une approche basée sur la relation «orientation–formation– emploi» serait la source de toute évolution socio-économique. Elle permet à la fois aux jeunes de décrocher un emploi basé sur les aspirations des individus et aux entreprises de trouver les profils qui répondent le mieux à leurs besoins en termes de compétence et de comportement.

Une meilleure orientation des jeunes permet de limiter le taux de chômage en aiguillant les jeunes vers les formations les plus plébiscitées par les recruteurs et qui représentent pour l’économie une source de création d’emplois et de richesse. Pour réussir ce défi, l’accompagnement des jeunes vers les métiers de l’avenir doit commencer dès la première année du lycée.

Il s’agit de les informer plus et plus tôt pour mieux choisir plus tard. Cette information devrait être assurée par des conseillers, mais avec l’implication des professionnels et des entreprises qui sont en contact avec le terrain. L’implication de la région serait d’un atout considérable. Elle pourra contribuer à la création d’emplois en aidant le ministère de l’Éducation nationale et celui de l’enseignement supérieur à concevoir des dispositifs de formations qui tiennent compte des spécificités de la région et des métiers les plus demandés.

Enfin, le développement d’une culture économique des professeurs de toutes les disciplines s’avère indispensable. Les métiers de l’avenir évoluent constamment. La flexibilité des professeurs reste donc la clé pour accompagner et conduire tout changement.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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