Maroc

Jamal M’Hamdi : “Notre activité est très réglementée”

Jamal M’Hamdi. Président de la Fédération interprofessionnelle des activités céréalières et de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses .

Une récente sortie d’un organisme défendant les droits des consommateurs faisait état d’un danger présenté par le pain pour la santé des Marocains. Cet avis a été récemment rejoint par la Fédération marocaine des boulangeries et pâtisseries. Faut-il se méfier de la farine produite localement et de ses produits dérivés ?
Nous userons de toutes les voies pour lever ces propos fallacieux et mensongers. Bientôt cela sera acté par recours judiciaire. Ces personnes devront assumer leurs propos. S’ils soutiennent que la farine que nous produisons est destinée à la volaille et au bétail, qu’ils nous envoient des échantillons. Il faut des preuves ! Ils parlent d’études ; nous serions intéressés de les voir. Le Maroc n’est pas un pays de non-droit. Dans la profession de meunier, qui est hyper réglementée, 1 kilogramme de blé ne peut intégrer le processus de production s’il n’est pas conforme. Aucune farine ne peut être commercialisée si elle ne répond pas aux normes. Savez-vous que la minoterie doit communiquer, quotidiennement, à l’Office national des céréales et à la préfecture de laquelle il relève son volume de ventes, les quantités produites, leur destination ? Chaque produit répond à un cahier des charges. Cela signifie qu’il n’est pas possible de nommer une farine et, du jour au lendemain, produire selon une autre spécificité. Notre activité est très réglementée et suivie de près. Tous nos process sont contrôlés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), et toute personne ne respectant pas les normes est poursuivie en justice. Que ce soit le boulanger, le minotier, l’importateur… Tous répondent à un cahier des charges.


Le Maroc compte à peu près 160 moulins en exercice, qui s’approvisionnent sur un marché international en céréales françaises, allemandes, américaines, canadiennes, lituaniennes, suédoises, russes, ukrainiennes… Est-il logique que tous ces pays nous vendent du blé fourrager ? D’autre part, s’agissant du fait de soutenir que le pain est cancérigène -ou que nous importons du blé OGM- ce sont des aberrations visant certainement à créer la zizanie, d’autant plus que le blé OGM et les farines génétiquement modifiées n’existent pas chez nous. C’est donc à ces parties d’apporter la preuve de ce qu’ils avancent. Veulent-ils aussi dire que le couscous est mauvais, puisqu’il est produit à base de blé dur ? Nous avons des conventions avec différents pays, des accords de libre-échange avec plusieurs pays pour importer des céréales et pouvoir satisfaire les besoins nationaux. C’est un sujet très sensible et, par leurs aberrations, ils balayent tous les processus en vigueur d’un revers de la main.

Au-delà de la gravité de ces sorties et de leurs sous-entendus, quelles sont les insuffisances, qu’est-ce qui ne va pas ou doit être amélioré dans la farine produite localement ?
La farine boulangère a des spécifications et répond à des normes, que ce soit en termes de taux de protéines, de force boulangère… Je déplore, par ailleurs, le fait que l’on parte du principe qu’il y ait des axes d’amélioration. L’industrie de boulangerie marocaine est aussi performante qu’en Europe et dans les autres pays internationaux desquels le Maroc exporte de la farine. Il y a une école de formation de meuniers au Maroc, satisfaisant des standards internationaux et ses diplômés travaillent dans des multinationales de par le monde. Nous avons une école pour former des boulangers et pâtissiers cofinancée par la France. Nous ne voulons pas être en position défensive pour justifier que nous sommes professionnels, sérieux et rigoureux quant au respect de la qualité de nos produits, surtout que notre contradicteur n’est pas de bonne foi et que son intérêt n’est pas de défendre le consommateur, mais plutôt verser dans le populisme ou quelques intérêts obscurs.

Plus de 80 pays ont mis en place une législation pour enrichir la farine de blé ou de maïs en micronutriments et vitamines. Qu’est-ce qui est fait au Maroc pour bonifier ce produit, omniprésent dans notre alimentation de base ? Quels sont les principaux leviers législatifs, agronomiques, technologiques à actionner pour que la farine «made in Morocco» soit irréprochable ?
Nous l’améliorons en l’enrichissant en fer. Le ministère de la Santé exige d’enrichir la farine en fer parce qu’il a été constaté que les Marocains avaient une carence en ce nutriment. Au-delà de cela, nous avons une qualité de blé exceptionnelle. De plus, nous avons un institut agronomique qui développe les semences.

Le contrôle qualité des blés et farines nécessite de maîtriser un grand nombre de paramètres et de variables afin d’assurer constamment un produit de qualité pour le consommateur. Qu’est-ce qui est à améliorer sur le volet «contrôle qualité» ?
C’est comme si on nous reprochait quelque chose alors qu’il n’en est rien. Nos produits répondent à un processus de traçabilité. Il y a une matière première qui correspond à 80% du coût. Nous avons tous les process pour produire de manière automatisée, selon les meilleures normes de qualité.

Pouvez-vous faire un benchmark sur la qualité de la farine produite au Maroc ?
Que ce soit au Maroc, en Algérie ou en Tunisie, vous trouverez un pain identique, qui permet de consommer les sauces de type tajine. Ce pain se rapproche de la baguette française et de certains pains français. En Égypte, au Liban et en Arabie saoudite, vous trouvez un pain différent.

Un commentaire sur la campagne agricole ?
Globalement, jusqu’à février-début mars, les indicateurs étaient bons. Il nous faut encore attendre les pluies d’appoint du mois d’avril. Il faut encore un petit peu de pluie, de manière à ce que le grain puisse prendre du poids et développer ses qualités intrinsèques. Mais, objectivement, la campagne agricole s’annonce bonne. Tout dépendra des précipitations d’avril. Il y a de toutes petites inquiétudes sur le plan de la qualité, si la pluie n’est pas au rendez-vous courant avril. Les régions du Sud du Maroc auront une moisson précoce, dès début mai prochain et, au fur et à mesure, on montera vers le Nord. 

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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