Maroc

Accélération du marché intérieur : l’agroalimentaire rafle la mise

Sur les 89 projets identifiés par le département de l’Industrie pour encourager la substitution aux importations et l’export, 22 sont dans l’agroalimentaire. Sur 17 conventions signées, le 11 novembre dernier, 8 relèvent également de ce secteur pour la réalisation de premiers projets d’investissement d’un montant de 620 MDH.

L’agroalimentaire a vraiment la part belle dans le programme d’accélération du marché intérieur, mis en place par le ministère de l’Industrie, du commerce, de l’économie verte et numérique, pour encourager les industriels marocains à lancer des projets de substitution aux importations et d’exportation. Sur les 89 projets identifiés par l’équipe de Moulay Hafid Elalamy dans les 9 secteurs d’activités ciblés, 22 sont dans ce secteur, contre 18 dans les industries métallurgiques et mécaniques, 16 dans le textile, 12 dans la chimie parachimie, 11 dans l’industrie électrique, 9 dans la plasturgie, 7 dans la mobilité et transport, 5 dans le cuir et seulement 1 dans les matériaux de construction.


8 conventions d’investissement sur 17
Sur les 17 conventions, signées le 11 novembre dernier, 8 relèvent aussi du secteur agroalimentaire pour la réalisation de projets d’investissement d’un montant de 620 MDH sur une enveloppe globale de départ de 857 MDH.

Selon le ministère, ces 8 projets permettront la création de 1.630 nouveaux emplois et la génération d’un chiffre d’affaires additionnel de plus de 914 MDH à l’horizon 2023. Ils concernent notamment la réalisation d’unités industrielles de production dans le secteur de la pêche, l’industrie laitière, la confiserie-biscuiterie-chocolaterie et dans la transformation d’agrumes, de fruits et légumes (Voir encadré ci-contre). Des projets triés sur le volet et tous apparemment pleins de potentiel. En effet, si on prend le cas de l’édification de l’unité de production de poissons et fruits de mer surgelés, le ministère avance plusieurs arguments très solides qui ont plaidé en faveur de son choix et puis de son lancement en cours. D’abord, il s’agit de «produire des poissons et fruits de mer surgelés pour la consommation des ménages et/ou de la restauration/hôtellerie». Ce qui est une bonne orientation parce que la surgélation prolonge la qualité sanitaire et organoleptique (texture, odeur…) pendant plusieurs mois (5 à 6 mois pour poissons gras), voire plusieurs années (1 à 2 ans pour poissons maigres). Ensuite, il n’y a aucun doute sur la disponibilité de la ressource. Les ressources halieutiques du royaume sont, en effet, abondantes ; et dans ce domaine, le Maroc bénéficie d’une image positive à l’international. Autre chose : cette idée offre l’opportunité d’augmenter la valorisation des produits via des projets à forte valeur ajoutée qui, à la longue, vont structurer l’appareil productif traditionnel en le tirant vers les standards internationaux les plus exigeants. Ce n’est pas tout ! Les demandes locale et mondiale sont croissantes.

Entre 2016 et 2019, les importations de poissons et fruits de mer surgelés ont enregistré une hausse de 24,6%. Ce qui veut dire qu’il y a une place à prendre sur ce créneau pour satisfaire le marché intérieur. Pendant ce temps, les exportations du Maroc n’ont connu qu’une faible hausse de 2,3%, alors que, là aussi, le marché mondial est très demandeur.

En effet, selon les estimations du ministère, «aussi bien les demandes intérieure qu’extérieure en ces produits vont continuer à croître. La croissance tournerait en moyenne autour de 7% par an à l’horizon 2030 au niveau mondial». Ce qui est également une vraie opportunité de développement des exportations vers le marché de l’UE, mais également vers celui de l’Afrique, soutient le ministère. Last but not least, ce projet est très peu capitalistique. Selon les estimations de l’équipe d’Elalamy, il ne nécessiterait en effet que 10 à 50 MDH d’investissement. Par contre, il pourrait générer un chiffre d’affaires compris entre 40 et 100 MDH, et dégager une marge brute potentielle de 20% à 30%.

Des projets structurants et peu capitalistiques…
Prenons un autre exemple de projet également soutenu par le ministère pour booster l’industrie laitière, notamment la production de fromages, traditionnellement laissée entre les mains des multinationales. Le ministère a également décidé d’encourager la production de fromage de types à pâte pressée cuite ou pâte dure comme Edam, Emmental, Camembert, Comté, Gruyère, etc. Pourquoi ? Là encore, parce que le Maroc a les dotations factorielles qu’il faut pour se lancer sur ce créneau, également, très porteur. La ressource est disponible : la filière laitière assure la sécurité alimentaire du pays en produisant 96% des besoins nationaux en lait et dérivés. La main-d’œuvre aussi. La technologie de fabrication est très simple : il suffit de presser le caillé au moment du moulage afin d’obtenir la tome en éliminant le maximum de lactosérum, puis laisser à l’affinage. Le marché existe aussi. Le ministère estime que la croissance de la consommation au niveau local se situe à un taux de 5% à 7% annuellement, avec le développement du marché du fastfood et le changement des habitudes de consommation. Entre 2016 et 2019, les importations du Maroc, pour satisfaire sa demande intérieure, ont connu une croissance de 12%. Une croissance à deux chiffres qui montre que le marché intérieur est vraiment intéressé par ces types de fromage. À l’export aussi, le Maroc a enregistré une croissance de 12,1% entre 2016 et 2019. Sur ce plan, le potentiel est énorme, puisque les quantités exportées sont encore très faibles. Face à un marché européen difficile sur ce créneau, le ministère recommande au «royaume de s’orienter vers le marché dans la région de l’Afrique de l’Ouest pour y capturer des parts». Enfin, ce projet est également peu capitalistique. Il requiert un investissement compris entre 20 et 50 MDH. Il pourrait générer un chiffre d’affaires de 40 à 90 MDH, une marge brute de 20 à 25% et permettre un retour sur investissement dans cinq ans au maximum. Bref, l’ensemble des 22 projets de l’agroalimentaire va nécessiter un investissement global de 1,772 MMDH.

… Pour reconfigurer le paysage de l’agroalimentaire
Au-delà de la relance attendue par la tutelle, ils devront aider à reconfigurer complètement le paysage de cette industrie, dont les opérateurs sont très déterminés. En effet, Abdelmounim El Eulj, le président de la Fédération nationale de l’agro-alimentaire (FENAGRI) et son équipe sont en train de finir la réalisation d’une analyse approfondie des retombées du Covid-19 et la proposition d’une stratégie de relance à moyen terme du secteur des industries agro-alimentaires. L’objectif est à tout prix d’éviter le coût de l’inaction dans leur secteur qui est estimé à 17,3 MMDH. Pour ce faire, des actions ont été déjà engagées dans un plan de relance. « Sachant que cette crise a touché l’offre et la demande, nous avons essayé de proposer, dans le cadre de ce plan de relance, des mesures transverses, ainsi que des mesures spécifiques pour les filières les plus impactées par la crise, et ce, afin de protéger l’offre et de booster la demande », avait notamment expliqué courant juin le président de la FENAGRI. En effet, ce plan avait pour objectif principal de promouvoir la demande à travers l’engagement des acteurs économiques à répercuter toute baisse de TVA décidée par l’Etat sur les prix au consommateur dans le but d’améliorer le pouvoir d’achat du consommateur, de protéger l’offre de la concurrence déloyale des importations massives à travers l’application de la réciprocité en termes de barrières non tarifaires, et enfin de maintenir les emplois industriels et les nouveaux investissements pour continuer à développer le secteur. A côté, d’autres mesures transverses urgentes ont été également prises « Nous avons proposé la création d’un label Maroc pour stimuler et promouvoir les produits fabriqués dans le royaume ; d’instaurer un fonds spécial Industrie agroalimentaire pour financer la trésorerie des entreprises et les investissements ; de mettre un fonds de défaisance «Bad Bank» pour permettre au secteur banquier de jouer pleinement son rôle dans le financement des entreprises ; de mettre en place, en partenariat avec l’État, un observatoire pour piloter et évaluer tout ce programme d’action ainsi que de reconduire les mesures sociales et fiscales prises par le gouvernement », expliquait à l’époque Abdelmounim El Eulj. En somme, pour l’après-Covid-19, les opérateurs de l’agro-industrie semblent sereins avec tous les avantages dont ils bénéficient déjà. En attendant leur nouvelle stratégie de relance à moyen terme qui va les éclairer davantage sur les axes prioritaires à adopter, ils ont décidé de continuer à travailler, entre autres, dans la poursuite du renforcement de l’investissement dans le capital humain, l’accélération de la digitalisation au sein de l’entreprise et de son écosystème en tant qu’outil de relance et de développement et l’accélération de l’intégration de l’informel. 

Les projets identifiés dans l’agroalimentaire

Unité de fromages fondus
Unité de production de biscuits
Unité de production de produits à base de céréales
Unité de valorisation et de transformation de fruits secs
Unité de production de conserves et sauces tomate
Unité de production de préparations à base de fruits
Unité de production de fromages à pâte pressée et cuite
Unité de production de jus de fruits et légumes pressés – Boulangerie industrielle
Unité de valorisation et de conditionnement d’œufs
Unité de production de poissons et fruits de mer surgelés
Unité de production de chips et autres snacks
Unité de production de confiseries
Unité de production de chocolats
Unité de production d’additifs alimentaires
Unité de production de conserves d’olives et de câpres
Unité moderne de production d’huile d’olive
Unité de fabrication de plats cuisinés appertisés
Unité de lyophilisation de fruits
Préparation et conditionnement de pizzas surgelées
Valorisation et conditionnement d’épices et plantes aromatiques et médicinales
Transformation de fruits et légumes à fort potentiel

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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