Les Cahiers des ÉCO

Mohamed Mouftakir : «Faire un film est une grande responsabilité»

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Mohamed Mouftakir, cinéaste

Président du Jury court métrage et enfant chéri du Festival du film de Tanger, Mohamed Mouftakir s’y sent toujours chez lui, gardant un regard à la fois critique et bienveillant. Pause cinéma avec le réalisateur de Pégase et de l’Orchestre des Aveugles.

Les Inspirations ÉCO: Qu’avez-vous appris du cinéma marocain cette semaine?
Mohamed Mouftakir : On apprend toujours, quelle que soit la nature de l’expérience. Pour moi, l’expérience est toujours la même, sauf que l’angle à partir duquel on voit la chose a changé. Il y a quelque chose qui se confirme pour moi: faire un film est un grande responsabilité. Ce n’est pas de la rigolade. C’est un acte d’humilité et de respect. On ne le fait pas uniquement pour soi. Si on se respecte, on respecte l’autre. Pour faire un film, il faut avoir quelque chose à dire à l’humanité. Pas aux gens, à l’humanité! Je commence à apprécier les films à partir de cet angle de vue. Que veut me dire ce film? Sur tous les plans: thématique, dramatique, esthétique… Quelle est sa sa valeur ajoutée?


Est-ce selon ces critères-là que vous regardez un film, le jugez?
Oui! C’est le cas pour chaque film que je regarde, que j’entame! Je deviens de plus en plus exigent…

Selon vous, le cinéma marocain ne sera universel que s’il assume sa marocanité…
Quand je dis qu’un film doit être marocain, il faut qu’il tire sa force de sa marocanité. Un film doit être personnel, il doit partir d’une expérience personnelle. Cela ne veut pas dire qu’il doit être autobiographique. Cela n’a rien à voir. Le cinéaste marocain, comme le romancier, le plasticien, le musicien, doit partir -je pense- de quelque chose qui lui ressemble, de ses racines. Nous devons entamer un voyage pour que notre culture puisse mûrir. C’est très important. L’Occident a fait un grand parcours pour esthétiser sa culture; je pense que le Maroc doit emprunter la même voie. L’artiste marocain doit repenser sa culture pour pouvoir la rendre plus universelle.

Pour vous, qu’est-ce qu’un film réussi?
C’est l’harmonisation entre les trois propositions qui constituent l’essence de l’art, à savoir la proposition thématique, la proposition dramatique et la proposition esthétique. Souvent, on est face à des films qui ne sont pas réfléchis. Que veut-on raconter? Pourquoi veut-on le raconter? Comment le raconte-t-on? Ce processus est très important. Le fait de bien le penser et de l’harmoniser confère à un film son caractère universel. Ce n’est pas en filmant des images, en mettant un générique de début et de fin qu’on peut prétendre avoir fait un film. C’est faire quelque chose, certes, mais ce n’est pas faire un film. Le vrai jury d’un film, c’est le temps. Si un film a quelque chose à raconter au-delà de ce que l’on voit, je pense qu’il résistera à l’usure du temps. Et c’est cela qui est important.

Comment orienter cette jeune génération de cinéastes de sorte à ne pas passer à côté d’un film?
Cela ne se pense pas comme cela. Le rapport au cinéma est personnel. Chaque jeune cinéaste a sa façon d’approcher le cinéma, et c’est à lui de développer cette personnalité unique. Ce que l’on peut faire, c’est créer un marché, avoir suffisamment de salles, impliquer l’enseignement au cinéma, développer notre politique culturelle parce qu’on ne peut pas dissocier le cinéma des autres arts! On ne peut pas uniquement miser sur le cinéma. L’art est un organisme: si l’un souffre, les autres sont touchés aussi. On a vu des films qui sont porteurs de projets et d’espoir, énonciateurs de quelque chose. C’est à leurs cinéastes d’aller de l’avant et de développer leur démarche. On ne fait pas de films pour obtenir le label de réalisateur, on fait des films parce qu’on a quelque chose à dire.

Quelles sont les grandes leçons à tirer de cette édition?
Ce qui s’est passé lors de cette belle et importante édition: on a vu que des tendances importantes peuvent jalonner le parcours du cinéma marocain. Cela va se jouer entre Jahiliya, un beau délire narratif, Apatride, d’une beauté radicale, et Volubilis, qui est un compromis réussi entre les deux! Tout va s’articuler autour de cela. Ces trois films ont constitué trois pôles qui doivent nous pousser à penser le cinéma au Maroc. Ils se distinguent par leurs différences, leur approche. Ce sont de vrais films de cinéma, bien réfléchis. Ce ne sont pas des accidents de parcours, leurs cinéastes savent ce qu’ils veulent! Ils savaient où aller et assument leurs choix. C’est cela, leur force! Que l’on aime ou non, cela est un autre débat.

Et du côté du court métrage?
C’est la même chose! Leurs cinéastes savent ce qu’ils veulent et sont allés loin dans leur démarche! Il y a certes des maladresses, mais celles-ci sont légitimes parce qu’on les trouve dans les bons films. Mais si ces cinéastes sont humbles et ont cette capacité de repenser leur travail, je pense qu’ils vont évoluer! Si j’ai à décortiquer ces trois films, et si on pallie les quelques faiblesses qui les jalonnent, ces films seront de très très grands films! 

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