Politique

Onzième législature : une opposition douce ou farouche ?

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Après le PJD, le PPS et l’USFP, le Mouvement populaire opte, lui aussi, pour l’opposition. Quant au parti de l’Union constitutionnelle, il privilégierait plutôt le soutien critique au gouvernement. La coordination n’est pas exclue entre les composantes de l’opposition.

L’opposition sera composée du moins du tiers des sièges de la Chambre des représentants. Disposant d’une majorité confortable dépassant 68%, le prochain gouvernement pourra toujours tirer son épingle du jeu au sein du Parlement, en comptant sur les députés des trois partis politiques qui le composent, à condition de lutter contre le fléau de l’absentéisme et de mobiliser les troupes aux moments décisifs tant en commissions qu’en séances plénières.


Compte tenu de son poids numérique, l’opposition pourrait avoir du mal à faire entendre sa voix auprès des ministres surtout qu’elle n’est pas homogène. Elle est composée de sept composantes politiques : l’USFP, le Mouvement populaire, le PPS, le PJD, le FFD, la FGD et le PSU. L’Union constitutionnelle, qui a décidé de créer un groupe parlementaire en commun avec le Mouvement démocratique et social, n’entend visiblement pas se ranger dans l’opposition, du moins pas pour le moment.

D’après une source interne à l’UC, le parti du cheval optera plutôt pour le soutien critique au gouvernement en raison des relations qui le lient avec le Rassemblement national des indépendants. Les deux partis, rappelons-le, formaient un groupe commun à la Chambre des représentants lors de la précédente législature. Contrairement à l’Union constitutionnelle, le Mouvement populaire a opté pour l’opposition. Contacté par Les Inspirations ECO, le secrétaire général du MP, Mohand Lanser a une position tranchée, précisant que le gouvernement de Aziz Akhannouch n’a pas besoin d’un soutien critique car il dispose d’une majorité confortable de 269 sièges. Le chef de file des harakis estime que la nature de l’opposition qui sera exercée par son parti sera décidée en fonction du programme gouvernemental qui présentera le chef du gouvernement. Le MP ne compte s’opposer qu’aux mesures qui ne sont pas en harmonie avec les principes et valeurs du parti. Le Mouvement populaire entend prendre en considération la continuité de certains programmes auxquels il a participé au sein du gouvernement. Sera-t-il en mesure d’exercer une opposition farouche ? Nombreux sont les observateurs qui affirment que le nouveau positionnement du MP ne constituera pas une véritable valeur ajoutée pour l’opposition. A ce titre, Laenser tient à nous préciser que l’opposition qui sera exercée par son parti «sera dure ou douce» en fonction du contexte et des dossiers.

«Si on touche par exemple aux principes ayant trait à la ruralité ou à l’identité, on est prêt à descendre dans la rue», indique-t-il.

Avec 28 sièges, le Mouvement populaire pourra constituer un groupe parlementaire et être représenté aux instances de la Chambre des représentants, tout comme l’USFP qui a décroché 34 sièges et le PPS qui a considérablement amélioré son score en obtenant 22 sièges. Le reste des composantes de l’opposition ne pourra pas constituer de groupes parlementaires, à commencer par le parti de la justice et du développement qui ne formera qu’un groupement parlementaire. Le PJD sera, ainsi, faiblement représenté au bureau de la Chambre des représentants et risque de ne présider aucune commission parlementaire. Quant au reste des composantes politiques (FFD, FGD et PSU), leur représentation au sein de la Chambre basse est plutôt symbolique. Il sera en effet difficile pour leurs députés d’exercer une opposition farouche au sein de l’hémicycle car le temps de parole qui leur sera imparti sera presque insignifiant.

Quid de la coordination ?
Contrairement à la majorité qui est obligée de sceller une alliance pour pouvoir faciliter la mission du gouvernement, les composantes de l’opposition ne sont pas tenues de travailler en rangs serrés. Lors de la dernière expérience parlementaire, quelques partis de l’opposition (PAM, Istiqlal et PPS) se sont parfois serrés les coudes pour exercer une pression sur le gouvernement, notamment sur le volet législatif. La même coordination pourrait être nouée entre certains partis politiques à l’occasion de l’examen de certains textes ou dossiers stratégiques même si la composition de l’opposition a changé. Mohand Laenser n’exclut pas une possible coordination avec les autres composantes de l’opposition sur certains dossiers; une coordination qui ne signifie pas, selon lui, que «les différences et les sensibilités soient effacées». Même son de cloche auprès du premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguer qui estime que la coordination avec d’autres composantes de l’opposition reste possible malgré les différences. Le parti de la rose entend exercer une opposition farouche, comme l’a si bien laissé entendre son chef de file. On s’attend à ce que l’USFP anime l’action parlementaire durant la onzième législature. Il pourrait mener une opposition socialiste qui sera composée du PPS, de la FGD et du PSU. D’aucuns estiment que ce sera l’occasion de colmater les brèches de la gauche. Celle-ci demeure toujours laminée et n’arrive pas à séduire les électeurs. Mais dans le contexte actuel, il parait clairement qu’il s’avère difficile d’unir les rangs des partis de gauche. Même l’USFP et le PPS qui étaient des alliés dans le cadre de la Koutla se regardent dernièrement en chiens de faïence. Les deux partis pourraient constituer ensemble une opposition forte et constructive.

Plusieurs mécanismes constitutionnels

L’opposition dispose de plusieurs mécanismes constitutionnels pour exercer sa mission au sein du Parlement, à travers notamment le recours à la motion de censure. L’article 105 de la constitution donne la possibilité à la chambre des représentants de mettre en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de censure qui est recevable si elle est signée par le cinquième (20 %) au moins des membres composant la chambre. Certes, cette motion n’est approuvée que par la majorité absolue des membres. Mais, il s’agit d’un coup politique dur si elle venait à être engagée. La création des commissions d’enquête parlementaires est également un mécanisme important de contrôle du gouvernement. Il ne nécessite que l’approbation du tiers des élus de la chambre des représentants. Au-delà de son poids quantitatif, l’opposition est très attendue sur la nature des débats et la présentation des alternatives pour pouvoir convaincre l’opinion publique et restaurer la confiance perdue dans l’action parlementaire.

Jihane Gattioui / Les Inspirations ÉCO

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