Politique

Élections 2021 : quid des profils des élus ?

L’amélioration des critères d’accréditation des candidats est l’un des grands défis à relever pour réussir les élections de 2021. Une grande responsabilité incombe aux partis politiques pour coopter des candidats capables de mener à bien leurs missions au niveau tant de l’institution législative que des collectivités territoriales. 2021 sonnera-t-elle la fin de l’analphabétisme chez nos élus ?

Les élus de 2021, seront-ils différents de ceux qui siègent aujourd’hui dans les différentes institutions représentatives ? Les partis politiques feront-ils mieux, cette fois-ci, en matière d’accréditation des candidats ? En tout cas, les formations partisanes sont très attendues pour mettre fin à l’analphabétisme et au faible niveau d’instruction parmi les élus, tant au niveau national, que communal et régional. De grands efforts restent encore à déployer même si le niveau d’instruction des parlementaires et des élus locaux et régionaux s’est nettement amélioré au cours des derniers mandats. Les chiffres officiels sont, en effet, très inquiétants. Au sein de la Chambre des représentants, le quart des députés n’a pas un niveau supérieur. Pire encore, l’analphabétisme est toujours présent parmi les représentants de la nation. Parmi les 395 députés, 1,27% sont analphabètes, 4,56% ont un niveau primaire et 19,49% un niveau secondaire, selon les données officielles de la Chambre basse. Des chiffres qui donnent froid dans le dos et ternissent davantage l’image de l’institution législative, qui est déjà écornée auprès de l’opinion publique. Difficile de croire qu’un député analphabète ou ayant un niveau d’instruction primaire ou secondaire pourrait accomplir, comme il se doit, ses différentes missions parlementaires. Au niveau de la Chambre des conseillers, les données officielles manquent sur le niveau d’instruction des parlementaires. Mais il paraît clairement que la Chambre haute n’est pas meilleure que la Chambre des représentants en matière d’action parlementaire à cause du profil de nombre de parlementaires. Sur les 120 parlementaires de la seconde Chambre, seuls 15 ou 20 conseillers exercent pleinement leurs différentes missions parlementaires, comme le souligne, aux Inspirations ÉCO, Abdelali Hamieddine, président de la commission de l’Enseignement et des affaires culturelles et sociales à la Chambre des conseillers. Ce dirigeant du parti de la lampe (PJD) déplore cette situation et estime que l’action législative nécessite un certain niveau d’instruction pour pouvoir comprendre et analyser les textes et saisir leur portée sur la société. «La majorité des parlementaires de la Chambre des conseillers se contentent de voter, sans accomplir les véritables missions pour lesquelles ils ont été élus», précise Hamieddine. Pire encore, l’absentéisme frappe de plein fouet la deuxième Chambre. Les textes sont, en effet, souvent votés par moins de la moitié des conseillers.


Profils inadéquats
L’inadéquation des profils des parlementaires avec la nature de l’action parlementaire a toujours été vertement critiquée par les observateurs qui estiment qu’il ne faut pas badiner avec l’avenir des Marocains, car le Parlement fait passer des lois de la plus haute importance ayant un impact direct sur la vie des citoyens. Lesquels comptent sur leurs représentants au sein de l’institution législative pour adopter des législations justes et équitables. Or, il s’avère difficile pour un parlementaire analphabète ou ayant un faible niveau d’instruction de marquer les lois de son empreinte. Et même s’il est assisté par des experts, il serait incapable d’assumer sa mission de législation. Celle-ci est très complexe et nécessite de grandes capacités d’analyse. Il faut dire que parfois même les parlementaires, les plus instruits, se sentent désarmés face à certains textes qui nécessitent des connaissances approfondies comme le projet de Budget qui trace la ligne économique du pays pendant toute une année, voire plus. Un constat qui s’applique aussi sur le plan du contrôle qui nécessite un examen minutieux des dossiers et le suivi des engagements du gouvernement. La diplomatie parlementaire n’est pas en reste. Le CESE, rappelons-le, épingle les députés à cet égard en pointant le problème de la maîtrise des langues étrangères par les députés qui se pose avec acuité. Ce problème constitue, selon le conseil, un facteur de blocage, dans la mesure où il entrave la possibilité de faire de la diplomatie parlementaire une diplomatie d’influence, notamment dans les groupes d’amitiés. Un autre problème de taille est soulevé par le parlementaire du PJD, à cause du profil des parlementaires : le conflit d’intérêts entre la mission de nombre de parlementaires et leurs activités professionnelles : «Une grande partie des parlementaires de la Chambre des conseillers ont des affaires économiques ; et leur présence au Parlement leur permet de servir leurs intérêts auprès des ministres et des administrations». Il faut dire que le problème des conflits d’intérêts devra être pris en considération dès la phase d’accréditation des candidats aux élections et géré avec délicatesse après les élections au sein des institutions représentatives. À cet égard, le Maroc est encore loin des meilleures pratiques internationales. La sensibilisation est un élément clé pour favoriser la transparence. Un parlementaire est appelé à être au service de l’intérêt général, à veiller à ne pas utiliser sa casquette parlementaire à des fins personnelles ou professionnelles et à décliner toute proposition susceptible de déteindre sur sa neutralité. Ce principe est érigé en priorité dans plusieurs pays.

Communes : 15% d’élus analphabètes
Au niveau des collectivités territoriales, le constat n’est pas non plus reluisant. La répartition des élus communaux par niveau d’instruction montre que 15,11% d’entre eux n’ont aucun niveau d’instruction, contre 21% lors des élections communales de 2009, et que 58,62% d’entre eux ne dépassent pas le niveau d’enseignement secondaire. S’agissant des conseils régionaux, 1,03% des élus sont analphabètes et 6,49% ont le niveau primaire. Des chiffres qui devront interpeller les dirigeants politiques à l’heure où le Maroc tend à donner un coup de fouet à la régionalisation avancée et à la déconcentration administrative. L’évolution escomptée de ces deux chantiers reste tributaire de la qualité des élus locaux et régionaux qui sont appelés à améliorer la gouvernance locale et le développement territorial qui est un choix stratégique irréversible. D’aucuns soulignent qu’une grande responsabilité incombe à cet égard aux partis politiques pour améliorer le profil des élus dans les différentes instances représentatives nationales, locales et régionales. Seront-ils capables d’inverser la tendance en ce contexte marqué par une grande défiance à l’égard de l’échiquier politique ? Rien n’est moins sûr. L’expérience démontre que la majorité des partis politiques «entrent aux élections pour gagner et non pas pour présenter les meilleurs profils», pour reprendre l’expression de Rahhal El Makkaoui, membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal (PI) et président de la Commission des finances à la Chambre des conseillers. Il estime qu’aujourd’hui plus que jamais, il faut œuvrer pour que les cadres des partis politiques puissent percer dans les élections et faire en sorte que l’élite puisse être présente sur le terrain, à proximité des bases. De grands efforts restent à déployer dans ce cadre, car la réalité montre que globalement, «l’élite ne participe pas à l’effort de proximité, alors que la politique nécessite de l’endurance et des années de travail sur le terrain. On ne peut pas devenir parlementaire du jour au lendemain. Malheureusement, notre élite n’est pas prête à faire ce sacrifice», selon El Makkaoui. Outre l’engagement politique à long terme, les instances décisionnelles doivent s’ouvrir aux cadres et leur donner une chance de participer aux élections.

Faut-il imposer un seuil scolaire ?

La question s’est déjà posée à la veille des précédentes élections au sein du Parlement, lors de l’examen des projets de lois organiques régissant les élections locales et régionales. Le débat avait porté en particulier sur le niveau d’instruction des présidents des communes et des régions. Certaines composantes de la majorité appelaient à exiger le baccalauréat comme condition d’éligibilité à la présidence des communes et des régions. Techniquement, il s’avère difficile d’imposer un certain niveau scolaire pour les candidats aux élections au niveau des textes, selon les professeurs de droit constitutionnel. Cette responsabilité revient plutôt aux partis politiques. L’expérience démontre que la plupart des formations partisanes ne sont pas très exigeantes quant au niveau d’instruction de leurs candidats et privilégient plutôt les cartes gagnantes, capables d’élever leurs scores aux élections. C’est uniquement au niveau de la liste nationale des élections législatives que les accréditations prennent en considération le niveau d’études des candidats : 94,44% des députés de la liste nationale ont un niveau d’instruction supérieur et 5,56% un niveau secondaire.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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